La propagation du coronavirus n’est que le dernier exemple d’une longue série d’épidémies. Ces dernières se font de plus en plus nombreuses avec les années et trouvent en partie leur origine dans nos actions.

Sars-Cov 2, Ebola, grippe aviaire, ou encore VIH (virus de l’immunodéficience humaine), tous résultent d’une transmission de l’animal à l’Homme. Ce sont des zoonoses. Elles représentent aujourd’hui 75% des maladies avec lesquelles nous vivons et sont en forte augmentation ces dernières années : Avant 1970, on en découvrait tous les 10 à 15 ans seulement, mais depuis les années 2000 une maladie émergente fait son apparition tous les 14 mois environ. « Ces épidémies, comme la rage, sont difficiles à éradiquer par ce qu’elles ont des réservoirs animaux parfois très importants et il ne suffit pas de traiter les humains contaminés », explique Anne-Marie Moulin, chercheuse émérite du CNRS au laboratoire Sphere.

La déforestation comme moyen de transmission

Le franchissement de la barrière inter-espèce est en partie rendu possible par la déforestation et l’artificialisation massive des sols : « Quand on perturbe les écosystèmes, on modifie en profondeur les interactions entre l’Homme et les espèces qui y sont établies. Si des animaux sont atteints d’un virus, alors il peut être transmis à l’Homme », explique Etienne Decroly, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des virus émergents.

C’est particulièrement vrai dans les zones proches de l’équateur, là où la biodiversité est la plus importante. La superficie forestière par habitant y a été divisée par deux en presque 25 ans, les animaux qui vivaient là sont condensés et par conséquent, les échanges de virus sont facilités.  

Cette transmission s’effectue rarement directement. Dans la majeure partie des cas, une espèce « relais » intervient. Pour le COVID-19 une maladie propre aux chauves-souris appelée RAT-G13 a été transmise à un autre intermédiaire, probablement le pangolin. 

Le virus aurait alors réalisé une « recombinaison homologue » s’imprégnant de caractéristiques propres à l’hôte : « C’est un peu comme une loterie où un virus hérite de nouvelles caractéristiques » simplifie Etienne Decroly. Cet échange est nécessaire pour qu’il puisse par la suite contaminer l’être humain.

Les animaux, vecteurs de maladie

L’élevage intensif, la domestication d’animaux et la consommation d’espèces sauvages favorisent alors ce phénomène comme l’explique Christophe Bécavin, chercheur à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire : « On a déplacé des espèces sauvages d’un côté de l’Asie aux fins fond d’un marché chinois, et avec elles, les virus dont elles étaient porteuses. »

Pour le chercheur, que l’on parle de consommation d’espèces sauvages ou d’élevage intensif : « Le problème reste le même ». La vache a par exemple apporté à l’Homme la variole, la rougeole ou encore les oreillons. Les troupeaux ont souvent servi d’hôtes intermédiaires, comme dans le cas de la grippe porcine en 2009.

La forte concentration de ces animaux sur un même terrain entraîne irrémédiablement une augmentation des maladies : « Comme nous, quand il y a des épisodes de grippe. En côtoyant les mêmes endroits, souvent clos on échange des microbes. »

Le réchauffement climatique modifie quant à lui le climat de certains territoires, permettant à de nouvelles espèces potentiellement porteuses de virus de s’installer. Une fois établies de manière endogène, c’est-à-dire durable, les transmissions deviennent possibles.

Avec l’apparition du moustique-tigre entre le sud de la France et le nord de l’Italie, on recense déjà des micro-épidémies de dengue. Ces cas se sont pour l’instant faits assez rares mais d’après Etienne Decroly : « Il faut probablement s’attendre à voir émerger des maladies virales causées par les changements climatiques. »

Le développement de nos moyens de transport permet également aux virus de s’étendre à travers le globe. Le VIH, zoonose issue du singe aurait déjà infecté plusieurs populations bien avant 1981 mais il restait alors confiné dans un secteur assez restreint. La population était touchée, des décès étaient à déplorer et la chaîne de transmission s’arrêtait là.

Une fois que la mondialisation offre à ces virus les moyens d’atteindre les grandes villes, les épidémies deviennent alors des pandémies incontrôlables.

Pour Etienne Decroly, nos comportements permettent le développement de ces pandémies et avec le temps, elles seront de plus en plus nombreuses : « On ne peut pas continuer à exploiter des ressources de manière non durables alors que nous sommes désormais conscients des conséquences. »

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Etudiant en deuxième année de journalisme à l'ISCPA je suis à la recherche d'un stage d'une période de trois mois en presse écrite.

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