Le secteur automobile subit un coup de frein sévère depuis l’annonce du confinement. Crédit : Qimono

Usines à l’arrêt, concessions fermées, clients reclus chez eux… La pandémie a assommé un marché automobile qui tournait déjà au ralenti. Malgré des moyens limités, les acteurs du secteur se mobilisent pour épauler les salariés en première ligne, et anticiper la transition écologique.

Fabrice, concessionnaire Renault dans l’Orne, présente son « plan de combat. » Ses équipes et lui ont dû s’adapter à une situation extraordinaire : « L’annonce du confinement généralisé du 17 mars dernier a radicalement changé nos habitudes. Environ 55% des collaborateurs de l’entreprise sont en chômage partiel, 22% sont en arrêt de travail pour garde d’enfants. Près de 20% ont pris leurs congés à solder et 3% sont en télétravail. »

Ces effectifs dressent un tableau limpide du paysage automobile actuel : paralysé. Une enquête du Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA), rendue mardi au gouvernement, dresse un inquiétant bilan de la conjoncture actuelle. Selon le rapport, il reste en moyenne 45 jours de trésorerie aux 142 000 entreprises de la filière en France. « Le nerf de la guerre, c’est de conserver assez de trésorerie pour tenir en avril et en mai, au minimum, et d’éviter le chômage pendant la période suivante », explique Fabrice. Les fonds de sa concession sont encore dans le vert, mais les perspectives s’annoncent orageuses : « Nous bénéficions de la trésorerie suffisante pour payer tous les salaires d’avril et de mai. Au-delà de cette date, la situation peut devenir critique. »

Le gouvernement a octroyé à l’employeur, depuis les ordonnances du 23 mars dernier relatives au Code du Travail, le droit d’aménager les périodes de repos de ses salariés. Fabrice a de fait encouragé ses employés à prendre leurs congés payés(rémunération de 100%) avant le 30 avril : « Si l’activité reprend mi-mai dans un scénario optimiste, nous voulons tout le monde sur le pont. » Du côté du chiffre d’affaire, les activités de ce concessionnaire ont chuté de 95% en seconde quinzaine de mars : « Nous conservons un filet d’activité lié aux astreintes de l’après-vente. Ça mobilise 10% de la masse salariale de l’atelier. Mais nous facturons de 2 à 3% de notre chiffre d’affaire après-vente classique. » Certains acteurs du secteur ont également vu « leur activité baisser de 95%, comme les loueurs de courte durée », et ce malgré leur autorisation d’exercer, informe le CNPA.

Dérapage contrôlé

L’industrie automobile, déjà contrainte à des investissements massifs dans l’électrification des gammes (estimés à 300 milliards d’euros sur cinq ans), doit maintenant affronter un arrêt brutal de son activité. Alexandre Guillet, rédacteur en chef du magazine L’Automobile et l’Entreprise, estime quel’intégralité du secteur est à l’aube d’un changement de paradigme : « Cette crise du coronavirus va contraindre les acteurs de l’industrie à concentrer leurs synergies sur les mobilités futures, c’est-à-dire sur les véhicules électriques. Les coupes budgétaires vont fatalement accélérer ce processus de transition écologique », explique-t-il.Aujourd’hui, environ six entreprises automobiles sur dix envisagent de recourir à un prêt garanti par l’Etat (PGE). Des subsides à utiliser à bon escient : « S’il y a subvention de l’Etat, l’argent alloué devra obligatoirement être investi dans les énergies vertes. Il faut une législation coercitive pour ne pas répéter les erreurs du passé. »

Bertrand, employé au sein de l’équipementier automobile Faurecia, abonde dans le même sens : « Cette paralysie du marché et de la production doit nous permettre de penser en profondeur l’après crise. L’asphyxie économique connue par l’industrie me paraît être une mise en garde salutaire. La sortie du confinement va paradoxalement remettre au goût du jour la voiture individuelle. Les transports collectifs seront délaissés un certain temps. Mais il faudra veiller à limiter drastiquement l’empreinte carbone de ces mobilités post-Covid-19 », envisage-t-il.

Là est tout l’enjeu. Les conséquences de cette crise sanitaire sur l’activité automobile seront assurément bien plus difficiles à surmonter que celles qui avaient suivi la crise financière de 2008. En France, sur la base d’un repli du Produit Intérieur Brut (PIB) de 8% en 2020, le cabinet C-Ways se projette sur une chute du marché automobile de 19 à 22%. A ce jour, l’activité dans les usines repart doucement en Chine et en Corée du Sud, là où tout avait commencé.

Si la société dans son ensemble ne sort pas transformée par le coronavirus, cette pandémie participe au moins à modifier et responsabiliser les consciences du secteur de l’automobile. En route pour une révolution verte ?

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Etudiant en journalisme à l'ISCPA, je suis à la recherche d'un stage de trois mois au sein d'une rédaction de presse française ou espagnole.

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