L'infiniment petit peut avoir de grandes répercussions. © Pixabay

Après la théorie d’un virus fabriqué par l’Homme, échappé d’un laboratoire, voici une nouvelle théorie sur le virus où une bactérie entrerait en jeu dans l’aggravation de ce dernier. Possible chaînon manquant, Prevotella serait le cheval de Troie du Coronavirus.

Cette théorie, avancée par un docteur français, sous le pseudonyme de Bio Moon, et par un chercheur indien Sandeep Chakraborty, n’est pour l’instant « que pure spéculation », selon Marie-Bénédicte Romond, bactériologiste. Spécialiste des bactéries dites anaérobies (vivant sans oxygène), dont Prevotella fait partie, Marie-Bénédicte indique que « ces bactéries peuvent devenir agressives en fonction de différentes conditions » (infection virale, antibiotiques…), mais rajoute que « les coronavirus sont des virus humains, ne pouvant infecter que les cellules humaines et non des bactéries. »

L’hypothèse des deux chercheurs, indien et français, serait que les Prevotella, bactéries présentes dans le microbiote intestinal humain, pourraient, une fois infectées par le virus du Covid-19, déclencher une aggravation de ce dernier. Ils affirment, selon leurs recherches basées sur des études chinoises, que cette hypothèse expliquerait les différents profils de patients. Les Prevotella étant peu présentes chez les enfants et a contrario en grand nombre chez les personnes âgées et atteintes d’obésité, cela expliquerait le fort taux de mortalité chez ce type d’individu.

Le biologiste Hervé Seitz émet lui aussi de nombreuses suspicions quant à la véracité et la probabilité de cette hypothèse : « Beaucoup de patients atteints du Covid-19 ont reçu des antibiotiques mais sans effets. Or si la bactérie était l’origine de la maladie, le traitement aurait fonctionné. » La spécificité d’un virus est qu’il s’adapte et mute en fonction de son hôte : « Le coronavirus a muté et s’est adapté à l’être humain, même s’il y a eu quelques contaminations chez d’autres espèces comme les chiens et chat, voire un tigre à New York. L’hypothèse de contamination de bactérie me paraît improbable. » Même s’il considère cette théorie comme « une fake news », il laisse penser que tout est possible face à ce virus : « Ce serait la première fois qu’on aurait un virus qui puisse à la fois contaminer des humains et des bactéries. »

Entre fake news et intérêt médical pour le microbiote intestinal

Une des explications de cette possible contamination bactérienne serait, pour Marie-Bénédicte, « que les échantillons testés Covid+ ne sont pas simplement contaminés par de l’ADN bactérien, les deux pathogènes étant localisés dans la même partie du corps humain. » En effet, les Prevotella sont localisées en grand nombre dans la sphère buccale mais sont aussi également présentes dans le microbiote intestinal humain. 

Ce microbiote rassemble tous les micro-organismes vivant naturellement dans les parois intestinales et qui participent au bon fonctionnement de celui-ci. La bactériologiste explique que « le microbiote est lui-même une association de bactéries, certaines bénéfiques, comme les bifidobactéries (permettant de mieux digérer le lait), d’autres opportunistes, dont les Prevotella. Ces dernières vont exprimer leur agressivité (pathogénicité) lorsque nos défenses sont affaiblies, par exemple après l’infection de nos cellules par des virus. » Ces bactéries opportunistes pourraient donc profiter d’un système immunitaire amoindri et se révéler nocives pour l’Homme. Elle ajoute que « ce principe est observé pour la grippe. Si les Prevotella ont un rôle à la suite de l’infection virale, ce sera probablement via des composés de parois qui sont inflammatoires. »

Même si nous n’avons pas la preuve que les Prevotella puissent avoir un rôle dans l’épidémie du Covid-19, la spécialiste rappelle « qu’il faut éviter le passage de bactéries du microbiote intestinal vers d’autres localisations qui viennent amplifier l’inflammation et peut déboucher sur un sepsis, responsable d’un nombre important de morts après une infection par le Covid-19. »

Le virus reste toujours très mystérieux quant à son origine, son évolution et à son traitement. Lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron rappelait « qu’aucune piste ne sera négligée. »

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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