Pierre-Yves Krywicki © Flickr

Comme tous les Français les adolescents et jeunes adultes sont confinés depuis 6 semaines. Un confinement qui peut parfois s’avérer difficile à respecter : quand certains sont tentés de faire des soirées, d’autres souhaitent entretenir leurs relations amoureuses. 

Aurélie*, jeune fille en 1ère année d’école d’infirmières est l’exemple type. Après avoir passé le premier mois de confinement à faire des soirées entre amis, ouvrant son studio a n’importe quelle personne qui acceptait de braver le confinement, elle a décidé de s’engager et de rejoindre les infirmières en 1ère ligne contre le coronavirus. Elle a été placée en maison de retraite, auprès des plus vulnérables. Selon ses dires, il y aurait une cinquantaine de patients atteints du Covid-19 dans cet Ehpad. 

Avec le recul, la jeune femme admet avoir pris conscience des risques, mais il est peut être déjà trop tard  : « Si je suis asymptomatique Je l’ai potentiellement attrapé, mais on ne peut pas le savoir. » L’Ehpad qui l’a employé n’a pratiqué aucun test à son arrivée : « On ne m’a pas demandé si je respecte le confinement, j’ai directement été prise. » Difficile à croire quand on sait que les principaux vecteurs du virus dans les Ehpad sont le personnel, les résidents étant confinés dans leurs chambres : « J’ai arrêté de faire des soirées depuis que je suis employée, je reste avec les mêmes personnes chez moi. » 

Autre exemple de confinement peu rigoureux : celui de Victoire*, 20 ans, vivant à Paris avec sa mère : « Je n’ai pas respecté le confinement à partir de là 4ème semaine. C’était mon anniversaire et mon copain habite à 10 minutes de chez moi, donc j’ai préféré aller le voir. La relation que j’entretiens avec ma mère est assez conflictuelle, je ne voulais donc pas passer mon anniversaire seule à broyer du noir. » Elle affirme que le besoin de voir son copain était quasiment « vital », car le confinement lui pesait beaucoup sur le moral : « J’étais souvent très triste, j’ai régulièrement pleuré. Le fait de sortir de chez moi m’a permis de recharger les batteries pour ce second mois de confinement… » 

Consommatrice de cannabis, Victoire a également bravé le confinement pour se réapprovisionner : « Une amie à moi s’est chargée d’aller chercher du cannabis et m’a proposé de me le ramener à mon domicile. » Elle a essayé d’appliquer le plus de gestes barrières avec son amie : « Nous nous sommes vues sur ma terrasse, à l’air libre. Je lui ai demandé de ne rien toucher, nous avons essayé de respecter la distanciation sociale. »

Une situation particulière à chacun

Selon le Dr. Masclet, psychiatre à Paris, chaque adolescent ou jeune adulte vit le confinement d’une façon différente : « Ça dépend du contexte familial, du lieu de confinement, des parents. Chaque situation est très individuelle, mais en général j’ai l’impression que les adolescents supportent plutôt bien le confinement, car ils sont habitués aux réseaux sociaux : ce sont pour eux, vraies relations . » Il nuance cependant, en affirmant que la cohabitation avec les parents peut être très mal vécue car « les adolescents sont dans ce processus d’affranchissement par rapport à l’enfance et aux parents. »

Quant aux addictions, il affirme observer un sevrage forcé des adolescents dont la consommation de cannabis est importante : « Ceux qui n’arrivent plus à s’en procurer sont en manque, et le sevrage est compliqué : non seulement il y a les parents, mais l’espace est aussi restreint. Cette forme de pression est assez efficace. Bien entendu, cela dépend aussi du degré de dépendance. » 

Selon lui, le confinement a pu avoir un effet bénéfique sur de nombreux jeunes atteints de pathologies : « La situation actuelle crée une sorte de structuration de l’espace et du temps qui rassure beaucoup les gens ayant de fortes angoisses, qu’elles soient névrotiques ou bien psychotiques. » Pour ces jeunes, le psychiatre craint l’arrivée du déconfinement : « On ne sait pas si l’impact sera ou non négatif.  Les gens vont-ils se ‘remettre’ à être malades comme avant ou alors, vont-ils avoir un élan de modification de ce qu’ils sont ? » 

Un phénomène qui risque d’avoir une plus grande ampleur chez ces jeunes patients : « Il faudra faire un travail de réaménagement identitaire pour chacun et d’autant plus chez les adolescents, car c’est la période où la question de l’identité se pose. »

*prénoms modifiés

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