Palais des Doges vu du canal de la Giudecca © Jean Christophe Benoist

Venise revit depuis le début de la crise sanitaire. Jamais les canaux n’avaient été aussi limpides, une méduse a même été aperçue hier à la place des habituels déchets en plastiques jetés par les touristes. Une occasion pour que la cité des Doges se réinvente.

Un quota maximum de touristes pourrait voir le jour à Venise. C’est ce qu’a déclaré le maire de la ville, Luigi Brugnaro, en annonçant vouloir en finir avec le tourisme de masse. Déjà l’été dernier, à la suite de multiples incidents, il avait obligé les paquebots de plus de 1 000 tonnes à naviguer à distance du centre historique. Les critiques ne sont pas nouvelles quant à la sur-pollution liée au tourisme, mais ce secteur est pour beaucoup de Vénitiens leurs seule manne financière.

L’association « Les Ailes de Venise » œuvre pour un tourisme plus vertueux en proposant aux touristes d’avoir une action concrète sur le terrain. Une sorte de partenariat avec les associations vénitiennes de résidents afin d’accompagner des projets. Pour Isabelle Kahna la présidente de l’association : « Venise paie actuellement le modèle de développement économique qu’elle a eu jusqu’à présent, c’est-à-dire la monoculture touristique. Pour les Vénitiens qui ne vivent que du tourisme, la situation est dramatique. »

La protestation se fait entendre

Elle explique que depuis bien longtemps,  des résidents se battent contre le tourisme de masse, et ils commencent peu à peu à se faire entendre : « Ils protestent régulièrement pour pouvoir vivre dans leur ville, pour le maintien des services publics bien trop souvent délocalisés sur la terre ferme et pour que l’on arrête de transformer les bâtiments en hôtels. » Elle juge la crise du covid-19 révoltante mais « c’est aussi une chance, cela va permettre de mettre une pression plus forte auprès des autorités vénitiennes et italiennes pour que l’on consacre une partie de la ville  comme une telle, et non pas comme un centre d’accueil touristique. »

Le maire de Venise proposait déjà il y a quelque temps, de mettre en place une taxe sur le tourisme journalier. Selon Mme Kahna c’est une bonne chose : « C’est le principal levier sur lequel il faut essayer d’appuyer, car ces 10 millions de touristes par an qui ne viennent que pour un jour et qui descendent souvent d’énormes paquebots, ne rapportent rien économiquement et sont dévastateurs pour les rues et structures vénitiennes. »

De nombreuses associations plaident pour l’interdiction des bateaux de croisière :  c’est un désastre écologique, non seulement pour les fonds marins mais aussi pour les fondations vénitiennes qui tremblent à chaque passage. Le risque que ces bateaux heurtent des monuments est également bien réel. Isabelle Kahna déplore : « Il y a des intérêts financiers énormes, la ville touche de l’argent dès qu’un bateau passe et le port qui accueille ces paquebots emploie plus de 4000 personnes. »

Quant à la reprise du tourisme, « ça ne se fera pas avant 1 an minimum, et encore ce ne sera pas un retour à la normale. Une quête de sens doit être donnée au tourisme. » Il faudrait également repenser le tissu locatif : à Venise, un nombre très élevé de logements est mis à disposition d’Airbnb et bloque ainsi l’accès aux logements de la population locale. La ville pourrait prendre des mesures contraignantes, comme la mise en place à Paris d’un nombre maximum de nuitées sur l’année. Selon Mme Kahna : « Il faut inciter les jeunes à s’installer ainsi que les entreprises. Il y a une vraie réflexion à mener et des mesures fiscales à mettre en place. Si les jeunes ne s’installent pas à Venise, c’est à cause de  la gentrification. Il faudrait que pendant cette période d’un an sans touristes, les loueurs Airbnb se réinventent en louant ces biens à des locaux. »

Des habitudes bien ancrées

Le son des cloches est légèrement différent pour un tour-opérateur vénitien, qui souhaite rester anonyme : « Venise, comme toutes les villes d’art, verra le retour des touristes petit à petit, en fonction des gouvernements et en fonction de la mise sur le marché d’un vaccin et/ou d’un traitement contre le covid-19. Mais ce n’est pas pour autant que le tourisme de groupe est condamné. Leur nombre sera plus réduit, et les services qui leur sont réservés seront étalés sur plusieurs moments de la journée, afin d’éviter un trop grand nombre de rassemblements. »

Cette pause au niveau du tourisme est selon eux « bénéfique au niveau de la pollution, mais pas au niveau économique. » Concernant les mesures à prendre à Venise le tour-opérateur répond : « C’est un sujet qui ouvre un long débat. Peut-être que le nombre de touristes pourrait être limité à ceux qui dorment en ville au moins une nuit, avec un plus petit quota de touristes ‘journée’. » Rappelons qu’à Venise, les touristes représentent chaque année, 30 millions d’individus.

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