Le pangolin pourrait être à l’origine de la pandémie. ©Garras

Le pangolin, l’un des animaux les plus braconnés au monde, est aujourd’hui au cœur des interrogations autour du Covid-19. Au-delà de son implication, la question du trafic illégal d’animaux revient sur le devant de la scène.

Il n’existe pas moins de huit espèces de pangolins dans le monde, réparties entre l’Afrique et l’Asie et présentes depuis des millions d’années sur Terre. Aujourd’hui, le pangolin se retrouve en haut de la liste rouge des espèces menacées de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Didier Sicard, professeur et spécialiste des maladies infectieuses, estime qu’il est nécessaire d’enquêter sur l’origine animale de l’épidémie de Covid-19 : « La recherche sur les animaux transmetteurs n’est pas à la hauteur des enjeux. Il faut que l’on mène des travaux sur ces animaux. » De par leur complexité et leur dangerosité, ces études sont méprisées par les laboratoires, juge Didier Sicard, rappelant que la chauve-souris est porteuse d’une trentaine de coronavirus à elle seule. Selon lui, il ne fait pas de doute que « si l’on n’interdit pas définitivement le trafic d’animaux sauvages, les épidémies vont recommencer dans les années à venir de façon répétée. »

Pour Didier Sicard, le trafic illégal d’animaux n’est pas le seul en cause, il juge aussi les élevages intensifs comme étant à l’origine chaque année de nouvelles crises grippales : « Rassembler comme cela des animaux, ce n’est pas sérieux. » Le professeur évoque aussi les raisons de la présence du pangolin sur les marchés de Wuhan : « Dans de nombreux pays, en raison de la culture locale, il y a beaucoup de marchés où les animaux sauvages sont vendus comme des poulets ou des lapins. » Didier Sicard plaide ainsi pour la création d’un tribunal sanitaire international totalement indépendant – un peu à l’image de ce que peut être la Cour Pénale Internationale (CPI) – avec des « inspecteurs indépendants enquêtant sur le terrain. » Sa volonté est motivée par le fait que la Convention internationale pour encadrer toutes les ventes d’animaux sauvages n’est absolument pas respectée partout, en Chine notamment.

Le trafic d’animaux mis en cause

Un gigantesque commerce illégal s’est développé autour de l’animal en raison de la très forte demande du marché chinois. Chaque année, ce ne sont pas moins de 200 000 pangolins qui sont victimes de braconnage. L’épidémie a peut-être été causée par le comportement de certains hommes, absolument irrespectueux et dangereux, à l’égard de la faune sauvage depuis des dizaines d’années.

Le biologiste Gilles Bœuf l’assure : « 75% des nouvelles maladies affectant les humains sont des zoonoses, des pathologies transmises par les animaux. » Selon une équipe de chercheurs chinois, le pangolin serait à l’origine de la transmission du virus chez l’Homme. Il aurait pu être un « possible hôte intermédiaire » entre la chauve-souris et l’Homme. En effet, un animal peut héberger un virus sans pour autant être lui-même malade et a la capacité de le transmettre à d’autres espèces. Dans ce cas précis, l’animal serait la chauve-souris. Or, le virus de chauve-souris n’est pas équipé pour se fixer sur les récepteurs humains, il est donc sans doute passé par une autre espèce pour s’adapter à l’Homme. D’où le principe d’ « hôte intermédiaire. » Les chercheurs ont par la suite déterminé que les « génomes de séquences de virus » prélevés sur les pangolins étaient identiques à 99% à ceux trouvés sur des patients atteints du Covid-19.

S’il ne s’agit à l’heure actuelle que d’une simple hypothèse, certes grandissante, la polémique aura au moins permis l’apparition d’un point positif : la Chine a annoncé le 24 février dernier, l’interdiction du commerce et de la consommation d’animaux sauvages.

L’occasion pour notre société de repenser notre alimentation et nos modes de production. Mais rien n’est moins sûr : par le passé, les changements attendus ne se sont jamais produits. Pourtant, de nombreux scandales ont émergé, que ce soit après la grippe aviaire ou la grippe porcine. Malheureusement, les conditions des élevages intensifs ne se sont pas améliorées, bien au contraire.

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