Une image prise au microscope du virus SARS-CoV-2, le 27 février 2020 © Flickr

Depuis le début de l’épidémie, des théories conspirationnistes autour d’une création par l’Homme du coronavirus circulent. À partir de faits scientifiques, Damien Goutte-Gattat, biologiste à Barts Cancer Institute à Londres, rattaché à la Queen Mary University of London, défend l’idée d’un virus d’origine naturelle.

Damien Goutte-Gattat est chercheur au Barts Cancer Institute à Londres, rattaché à la Queen Mary Université of London. Dans le cadre du collectif KezaCovid19, créé par Tania Louis il y a un mois, le biologiste a publié, mercredi 15 avril, un article sur l’origine du virus. À partir de données scientifiques, il démontre que le Sars-Cov-2 est une création naturelle, et non humaine. Son principal terrain d’étude étant les tumeurs cérébrales, le chercheur s’est appuyé sur des faits entièrement biologiques et scientifiques, avec la vérification de virologues. Il en a conclu que l’hypothèse d’une création par manipulation génétique est hautement improbable. Celle d’une évolution naturelle d’un virus provenant de chauve-souris ou de pangolin reste la plus vraisemblable.

Adèle Bari : Qu’est-ce qu’un coronavirus ?

Damien Goutte-Gattat : Les coronavirus sont une famille de virus connue depuis longtemps, puisque les premiers coronavirus pathogènes pour l’Homme ont été découverts dans les années 1960. Jusqu’en 2019, ils se comptent au nombre de six, dont quatre endémiques et faiblement pathogènes, et deux hautement pathogènes, dont le SRAS. Le virus à l’origine de l’épidémie actuelle est un nouveau coronavirus, qui s’ajoute aux six premiers. Le plus dangereux a été le SRAS, en 2002 et 2003, avec un taux de mortalité de 10 à 15%, beaucoup plus élevé que le Sars-CoV-2 (Covid-19).

Que démontrent les arguments tenus par le professeur Luc Montagnier, renommé pour son rôle dans la découverte du virus du sida, qui lui a valu le prix Nobel de médecine en 2008, à propos d’une ressemblance entre le coronavirus et le VIH ?

Selon lui, quatre petits morceaux présents dans le génome du Covid-19 se trouvent également dans celui du VIH. N’importe quel étudiant en biologie apprend dès les premiers cours qu’il y a des fragments similaires dans chaque génome et qu’il doit les étudier avec prudence. Par exemple, lors de l’étude d’un roman de 500 pages, un littéraire cherche à comprendre si le texte a été plagié, en le comparant avec d’autres livres. Il utilise un logiciel de plagiat et s’aperçoit qu’une phrase écrite dans le roman, comme « la nuit est tombée » se retrouve également dans les autres livres. La conclusion est telle que l’auteur a plagié, alors qu’il n’y a qu’une seule phrase. Il s’agit de l’argument du professeur Montagnier.

Est-il possible de fabriquer un virus ?

Créer un virus à partir de zéro n’a jamais été réalisé. Par contre, sélectionner un virus déjà existant et le modifier, c’est parfaitement possible en laboratoire de virologie afin de confectionner des vaccins. L’une des pistes pour créer un vaccin contre le coronavirus est de choisir un adénovirus, un autre virus déjà connu. Ensuite, de remplacer certaines séquences de cet adénovirus en combinant plusieurs morceaux, de plusieurs virus différents.

Au début de l’épidémie, plusieurs rumeurs ont circulé à l’égard du coronavirus : celle de la malveillance, en tant qu’arme biologique, et celle de l’accident, selon laquelle le virus se serait échappé involontairement du laboratoire P4 de Wuhan. Ces hypothèses sont-elles viables et quelle est la réelle origine du Covid-19 ?

Un scientifique ne parlera jamais en terme absolu, mais l’idée d’une création en laboratoire est extrêmement improbable. À l’heure actuelle, tous les éléments scientifiques prouvent qu’il est d’origine naturelle. Mon objectif principal, dans mon article, a donc été d’expliquer les raisons pour lesquelles le comité scientifique affirme que le virus est entièrement naturel, avec des données scientifiques.

Le génome des coronavirus a la particularité d’être très volumineux, puisqu’il est trois fois plus gros que les autres virus. Il est donc très difficile à manipuler en laboratoire. Des outils spécifiques ont été conçus pour pouvoir les manier. Aucune trace de l’utilisation de ce matériel n’a été trouvée dans le Sars-Cov-2. C’est un premier argument fort contre l’idée que le virus aurait pu être issu d’une quelconque manipulation.

Ensuite, la protéine S, un des composants du génome, situé à la surface du virus, qui lui donne son aspect en couronne, est responsable de l’entrée du virus dans les cellules humaines ou animales, et permet de déterminer un certain nombre de paramètres du virus, comme l’espèce qu’il peut infecter ou le type de maladies qu’il provoque. À la suite du SRAS en 2002-2003, plusieurs laboratoires dans le monde ont étudié ces éléments afin de comprendre le fonctionnement du virus et ce qui le rend aussi dangereux. Depuis 2015, des chercheurs ont publié des articles dans la presse scientifique prouvant qu’il est possible de rendre un virus redoutable.

L’idée que le coronavirus actuel ait été fabriqué dans le but de créer une arme biologique, montre que ses créateurs n’ont pas été très astucieux. Ils auraient modifié ce virus en ignorant les informations disponibles dans les publications scientifiques, qui auraient permis de le rendre beaucoup plus dangereux qu’il ne l’est.

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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