Au moment où le gouvernement a pris la décision de placer la France en confinement, de nombreux hôpitaux ont sollicité l’aide des étudiants de santé. Ces apprentis soignants luttent en première ligne face à la pandémie dans des conditions parfois dangereuses, et avec des salaires n’excédant pas 50 euros la semaine.

L’hôpital où travaille Mélanie*, étudiante sage-femme, vient de passer en confinement. Très vite généralisé, son école ferme à son tour ses portes et les périodes de stage sont annulées. Souhaitant se porter volontaire, Mélanie répond à l’appel du centre hospitalier de sa ville. 

Cette semaine, elle a effectué quatre gardes de 12 heures, limite maximale autorisée par la loi. A la fin du mois elle touchera 200 euros. Le calcul est simple, chaque heure passée à se battre pour les autres lui rapporte un euro et quatre centimes. C’est pour elle la 5ème et dernière année de son cursus, sa rémunération a donc doublé par rapport au stage précédent : « Waouh, c’est énorme ! » ironise-t-elle.

Soigner les autres mais mettre en péril les siens

Les équipes en place n’ont pas été prévenues qu’elle arrivait et elle a remplacé une sage-femme dès le premier jour : « Personne ne savait ce qu’on devait faire ni qui allait nous encadrer, alors on se sentait assez démuni. » déclare la jeune femme. Finalement elle a trouvé chez ses collègues beaucoup de bienveillance et de reconnaissance.

Sophie est également très heureuse de pouvoir aider pendant cette crise. S’étant déclarée bénévole, elle ne touche aucune compensation, ce qu’elle accepte totalement. Elle souligne tout de même que les vacataires, ces intérimaires rémunérés, n’ont depuis le début de la crise, pas été sollicités : «C‘est à nous, la main-d’œuvre gratuite, qu’ils font appel en premier. » 

L’étudiante habite avec ses parents et comme chez tous ceux qui ne vivent pas seul, la peur s’installe : « Rentrer chez soi après une journée à l’hôpital, c’est un peu jouer à la roulette russe avec toute sa famille. » Pour protéger au mieux ses proches elle a dû s’adapter au quotidien. Le matin, elle emporte dans un sac en carton sa tenue de travail et se change une fois arrivée. Le sac reste en quarantaine toute la journée dans son casier pour n’en sortir qu’à la fin du service. Le soir, c’est son père qui vient la chercher en voiture où une place à l’arrière lui est réservée.  

Lorsqu’elle rejoint son domicile, elle se déshabille, « presque sur le pas de la porte » et le rituel commence. Les chaussures sont laissées dehors pendant qu’elle se dirige vers la douche, en évitant tous contacts sur son passage. Elle doit ensuite laver tous ses habits à 90 degrés, pour tuer le virus.

Pour les médecins, c’est l’hôpital qui prend en charge le nettoyage des tenues alors que les étudiants doivent les ramener chez eux. Pour certains qui ont la chance d’avoir une machine à laver, le  danger reste toutefois bien réel pour leur famille. Mais pour ceux qui doivent se rendre aux Lavomatics, le risque est bien plus grand pour l’ensemble de la population. 

Des conditions de travail dangereuses 

Sirine continue ses services pendant ses vacances et se serait portée volontaire dans tous les cas, mais comme les autres étudiantes infirmières, elle a été réquisitionnée : son école lui impose de travailler. 

Vincent Opitz, vice-président de la fédération nationale des étudiants en soin infirmier alerte sur des conditions de travail qui pourrait engendrer des séquelles : « Les étudiants sont mobilisés sous couvert d’un stage avec un discours parfois menaçant des instituts de formation ce qui contribue à leur mal-être. »

Dans les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (Ehpad), où près de 40% des décès liés au virus sont à déplorer, les équipes soignantes fonctionnent en sous-effectif. Avec le personnel atteint par le COVID et donc immobilisé pendant quatorze jours, un besoin de renfort s’est vite fait ressentir. 

Laura Dorier vient en aide à un Ehpad où « la plupart des soignants sont tombés malades ». Ils fonctionnent dans l’urgence et arriver ainsi en période de crise peut s’avérer très compliqué : « Ils ont besoin de personnes efficaces tout de suite, mais il n’y a personne pour nous assister. Et c’est un réel problème car  je ne connais ni le matériel, ni les protocoles, et on a beaucoup de patients à gérer tout seul. »

Certains ont signé une convention de stage, mais l’encadrement pédagogique ne peut être assuré en cette période, ils travaillent alors souvent comme le personnel qualifié, pour 1,42 euro de l’heure : « Les étudiants ne sont pas là pour pallier un manque d’effectifs, et devraient normalement être les derniers réquisitionnés. Dans un mois, quand tout le monde sera épuisé, qui s’occupera d’assurer la continuité soins ? » déplore Vincent Opitz.

La surcharge mentale et les dangers physiques auxquels s’exposent ces jeunes ont fait réagir leurs représentants, qui se sont exprimés à travers un communiqué commun. 

Victoria Astezan, présidente de l’ANESF (association nationale des étudiant-e-s sage-femme) présente des chiffres alarmants qui existaient avant la crise : sept étudiants de sa filière sur dix décrivent des symptômes dépressifs et 41% d’entre eux admettent que leur santé s’est fortement dégradée depuis le début de leur cursus.

*Le prénom a été modifié

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Etudiant en deuxième année de journalisme à l'ISCPA je suis à la recherche d'un stage d'une période de trois mois en presse écrite.

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