Klaus Regling, le président du Mécanisme européen de stabilité (MES), déclarait au début du mois que l’Union européenne aurait besoin d’au moins 500 milliards d’euros supplémentaires pour survivre à la crise. Une nouvelle difficulté pour l’organisation, dont l’unité était déjà mise à mal.

Quel avenir pour l’Union européenne ? Au cours d’un entretien au journal italien Corriere della Sera, le président du Mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling, a fait part de ses inquiétudes sur le futur de l’organisation.  L’UE va devoir « discuter de nouveaux instruments avec un esprit ouvert. Elle devra aussi faire appel à des institutions existantes, parce que c’est plus facile. Je pense notamment à la Commission européenne » explique Klaus Regling.

La crise du covid-19 a définitivement mis l’Union européenne face à ses faiblesses. La résidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l’a elle-même reconnu dans une lettre adressée aux Italiens. «Je vous présente mes excuses » a-t-elle écrit, admettant le manque de réactivité de l’Union alors que l’Italie était déjà empêtrée dans la crise. 

Une réaction trop tardive, des mesures insuffisantes et inadaptées : l’UE est accablée par les critiques. Sébastien Waszak, juriste en droit européen, observe que « la solidarité entre États membres reste marginale par rapport aux efforts menés au niveau national ». Un constat renforcé par « un manque de cohésion » dans la gestion des équipements sanitaires, illustré par les révélations de L’Express sur la réquisition par la France de masques appartenant à une entreprise suédoise et destinés à l’Espagne.

Source: Flirck. Ursula von der Leyen, Présidente allemande de la Commission européenne élue à une courte majorité en 2019, est désormais critiquée pour sa gestion de la crise du Covid-19.

Alors que l’Union se veut fondée sur la solidarité et l’unité, la crise fait état d’une fracture Nord-Sud. A titre d’exemple, l’Allemagne a en effet refusé catégoriquement d’apporter son aide à l’Espagne ou l’Italie.

Les citoyens européens ne sont pas dupes et 88% des Italiens considèrent que l’UE ne les aide pas. Les États en détresse tentent d’obtenir l’aide de l’organisation, mais leurs appels semblent sans réponse. Si l’Union européenne est en train de mourir sous nos yeux, rien ne lui garantit une place en réanimation. 

La tentation nationaliste des États membres

Non seulement cette crise sanitaire met à rude épreuve les États membres de l’Union européenne, mais elle montre aussi l’inaptitude des institutions à en assumer les conséquences. Les États membres sont seuls aux commandes de la crise. Sébastien Waszak le rappelle : les traités européens stipulent que les membres conservent leurs compétences en matière de santé et de respect de l’ordre public. Ils sont donc « appelés à être en première ligne dans la gestion de la crise ». Ce sont donc les États qui définissent leurs mesures de confinement, et qui ont décidé de la fermeture de l’espace Schengen.

Pour Maxime Nébule, consultant en affaires européennes, « Le Brexit a montré que les États pouvaient survivre sans l’Union, même en période de crise. » Face à une Union européenne absente, il observe « une montée de l’euroscepticisme parmi les populations et un repli nationaliste des États ».

Une situation qui n’est pas prête de s’améliorer : « Sur le plan sécuritaire, l’espace Schengen est mis à rude épreuve. Il faudra s’attendre à des contrôles renforcés après le déconfinement, dans les ports ou aéroports, avec un impact non négligeable sur l’économie », analyse Sébastien Waszak. Une économie qui crée  des divergences au sein des États membres : ils se divisent déjà sur la création des « coronabonds », un outil destiné à mutualiser leurs dettes afin de relancer la croissance sur le long terme. 

L’Union européenne, entre problème et solution 

Adina Revol, conseillère économique à la Représentation de la Commission européenne en France, est toutefois convaincue que l’Union européenne « sera plus que jamais une solution car aucun pays ne pourra répondre seul à la pandémie ». À l’heure où les discussions se concentrent sur un « jour d’après », axé sur l’écologie et le développement, elle considère que le Pacte vert européen, « restera une priorité ». 

L’Union a d’ailleurs déjà proposé des mesures d’urgence comme l’octroi de 3 milliards d’euros pour épauler les systèmes de soins de l’UE, ou la levée de 140 millions d’euros de fonds publics et privés destinés à la recherche d’un vaccin contre le covid-19. Bien qu’elles soient jugées insuffisantes par l’opinion publique, ces mesures permettraient de raviver un sentiment d’appartenance européenne bien ancré dans les populations des États membres.

+ posts

Étudiante en journalisme à l'ISCPA, je m'intéresse particulièrement aux affaires politiques et internationales. Je suis active sur Twitter (@AngelaLebreton) et LinkedIn (Angela Lebreton).

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici