Reykjavik © Matteo Pasteau

L’Islande est un pays modèle dans la gestion du Covid-19. Dès le 31 janvier, ce pays insulaire a testé 43 143 personnes, soit environ 12 % de la population, c’est dix fois plus que la Corée du Sud souvent citée en exemple. Ils comptent pour l’heure 1 773 cas, et 8 décès liés au coronavirus.

Le confinement des 364 000 habitants n’a jamais été instauré en Islande. Les autorités ont pris au sérieux très tôt la crise qui se présageait. Un mois avant que l’OMS ne parle de pandémie, le gouvernement proposait déjà à qui le souhaitait de se faire tester. 

Cette politique a donc payé, en isolant durant 10 jours chaque personne positive et en testant tous ceux avec qui elle avait été en contact, l’état islandais a évité la création de « clusters » sur son sol. 

Kristján Andri Stefánsson, l’ambassadeur d’Islande à Paris explique la stratégie de son pays : « Début janvier, l’épidémiologiste en chef de l’Islande a alerté le système médical et le gouvernement sur la nécessité de se préparer à l’éventualité d’une épidémie du virus SRAS-CoV-2. L’Islande a peut-être été le premier pays à lancer des tests avant qu’un seul cas ne soit déclaré. » Selon lui l’efficacité de leur méthode s’explique par la faible démographie du pays, et la présence d’un seul point d’entrée : l’aéroport international de Keflavik.

Le civisme des Islandais est mis en avant par l’ambassadeur : « La population est très attentive à une éventuelle situation d’urgence, et elle respecte les institutions et les experts et leur faisant confiance. » Il ajoute également que l’Islande a commencé à tester, et mettre en quarantaine des individus bien plus tôt que les autres nations. Ce qui expliquerait actuellement le faible niveau d’hospitalisation et la tendance à la baisse du nombre d’infections. Selon lui, la réussite islandaise s’explique aussi par les tests des personnes asymptomatiques : « Contrairement à la plupart des pays du monde qui limitent les tests de dépistage aux personnes présentant des symptômes, l’Islande a effectué des tests aléatoires à grande échelle pour détecter le virus au sein de la population. »

Un système bien rodé

La mise en place massive de ces tests n’aurait pas été possible si la société privée deCode Genetics ne s’était pas portée volontaire pour travailler main dans la main avec le gouvernement. L’ambassadeur ajoute : « Les données recueillies fourniront, à l’avenir, des informations extrêmement précieuses pour les chercheurs et les décideurs politiques. » Sur la question des pénuries, qui frappent bon nombre de pays européens, l’Islande était préparée : « Le système sanitaire islandais disposait d’un stock suffisant d’équipement de protection individuelle et de tests COVID-19 au début de l’épidémie. Depuis, le stock a été reconstitué. Les autorités sanitaires ont connu une pénurie temporaire de coton-tige pour les tests, mais ce problème a été résolu en peu de temps. À ce jour, 43 143 personnes ont été testées, soit environ 12 % de la population. »

Quant à la réouverture du pays prévue le 4 mai, il explique : « Les autorités envisagent activement de lever les mesures prises en Islande. Les lycées et les universités seront autorisés à ouvrir, mais là – comme partout ailleurs – la limite des rassemblements publics sera fixée à 50 personnes. L’Islande a mis en œuvre les restrictions de voyage imposées pour l’espace Schengen et l’UE, et ces restrictions ont été prolongées jusqu’au 15 mai, à l’instar des autres pays de l’espace Schengen. »

Arnór Bohic, un restaurateur à Reykjavík a été infecté par le Covid-19 lors d’un voyage à Londres avec des amis. Une fois testé positif, il est mis à l’isolement chez lui et toutes les personnes avec qui il a été en contact sont également testées. Chaque jour Arnór, comme tous les Islandais infectés, reçoit un appel d’un médecin pour faire le point sur son état de santé. 

Au 4ème jour, celui-ci empire : « Je me sentais partir, j’essayais de ne pas m’endormir car j’avais l’impression que je ne pourrai pas me réveiller. » Il se rend à l’hôpital : les médecins lui diagnostiquent une infection pulmonaire et lui prescrivent de la chloroquine. Après 5 jours de traitement il était de nouveau sur pied. Alors qu’il n’a aucun antécédent cardiaque, le restaurateur reste vigilant sur cet antipaludique : « Quand je prenais ce médicament j’avais une sensation particulière au niveau du cœur,  la posologie doit être bien encadrée. »

Quant à la vie à Reykjavik, elle reprend peu à peu son cours. Arnór a récemment pu rouvrir son restaurant mais les affaires n’ont pas repris pour autant « Nous avons le droit d’être ouvert avec 20 clients au maximum et 2 mètres de distance entre chaque table. Mais ce weekend je n’ai même pas fait 20% d’un weekend normal. » Certains hôtels auraient d’ores et déjà fermé leurs portes pour toute la saison. A l’image du mythique Blue Lagoon, qui a déjà licencié environ 150 salariés. Et selon Arnór, « ça ne fait que commencer. » 

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