À la fin du mois de mars, l’Inde a annoncé une aide de 20,6 milliards d’euros à destination de centaines de millions de pauvres © NOAH SEELAM / AFP

 En Inde, le dernier bilan fait état de 20 471 cas confirmés et 652 morts. L’extrême droite au pouvoir, la pauvreté éminente et la ségrégation des musulmans : le pays tente de survivre à la crise.  

L’enjeu épineux de l’Inde a été d’assigner à résidence ses 1,3 milliards d’habitants. Démarré le 25 mars, le confinement a été reconduit au 3 mai, par le Premier ministre Narendra Modi. Seule exception depuis lundi 20 avril, certaines activités, notamment agricoles, sont autorisées à relancer la boutique, tout en respectant les règles de distanciation sociale et le port du masque. Ce sont en particulier les zones rurales ou celles considérées comme hors de danger face au Covid-19, qui pourront progressivement reprendre leurs opérations. Ce retour progressif à l’activité économique permettra aux agriculteurs de livrer leur production aux petits commerçants, au moment où la chaîne d’approvisionnement rencontre une rupture. Rahul Vohra, acteur et metteur en scène à Bombay, l’en témoigne : « Depuis le confinement, tout le système des petites épiceries est bloqué, il n’y a donc plus de stocks, et les rayons sont vides. » 

Dans ce contexte épidémique, une autre problématique majeure s’intensifie : celle d’une fracture sociale mettant à mal les populations les plus pauvres.  Des millions d’Indiens, parmi les plus défavorisés, quittent leur village pour travailler dans les mégalopoles. Lorsque le confinement a été imposé dans le pays, ces populations n’ont pu rejoindre leur lieu d’habitation et son restées paralysées en ville. Rahul Vohra le certifie : « Au début du confinement, des bus sont venus chercher des pèlerins ou des étudiants pour qu’ils puissent rejoindre leur famille. Mais pour les travailleurs vivant dans les bidonvilles ou les usines, aucun moyen de transport n’a été mis en œuvre pour eux. C’est très discriminatoire. » Il poursuit : « Je suis très critique vis-à-vis de mon Premier ministre, puisque selon moi, avoir bloqué ces personnes, c’est criminel. » 

Les conditions sanitaires des bidonvilles s’ajoutent aux difficultés rencontrées par les pauvres. En journée, les femmes et les hommes se trouvent normalement sur leur lieu de travail, et les enfants à l’école. En temps de crise, ces logements précaires sont bondés et la promiscuité prédomine. Dans le bidonville de Dharavi, à Bombay, des dizaines de milliers de logements insalubres s’étendent sur 240 hectares. Certains estiment que les habitants y sont un million et demi, avec moins de 2 mètres carrés par personne. Dans ces conditions, il paraît difficile de respecter le confinement. Rahul Vohra expose un autre problème : « Je crains beaucoup les violences conjugales. En cette période d’isolement, les femmes et les enfants ne sont pas à l’abri et il y a en a beaucoup dans les bidonvilles. » 

Les musulmans en ligne de mire 

En Inde, les musulmans sont les boucs-émissaires de la crise sanitaire. Le terme de « corona jihad » se propage pour désigner les islamistes comme étant responsables de la propagation du Covid-19. « En Inde, nous rejetons souvent la faute sur les musulmans, ce sont les premiers ennemis des autorités et de la majorité de la population », déclare Rahul Vohra. Quelques jours avant le confinement, des membres de l’organisation islamiste Tablighi Jamaat, avaient organisé des rassemblements dans le quartier de Nizamuddin à New Delhi. Dès le confinement général, l’organisation a interrompu ces mobilisations, mais plusieurs d’entre eux ont été contaminés par le virus. Les autorités ont ainsi effectué un rapprochement entre les assemblées et la propagation du virus sur le territoire. « C’est facile pour les personnes d’extrême droite de réaliser ce parallèle. »

Selon la justice, le Tablighi Jamaat n’a pas respecté la loi, puisque l’Etat de Delhi les avait proscrits depuis le début du mois de mars. De leur côté, les dirigeants de l’organisation continuent de clamer leur innocence, et témoignent d’une série de discriminations et de violences. Rahul Vohra le déplore durement : « Ce n’est plus le pays de Gandhi, ni l’Inde que j’aime. » Les disparités sociales et de religion s’exacerbent durant cette période d’épidémie, dans un pays nationaliste, témoin d’une crise humanitaire. 

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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