Manifestation contre la répression policière. Crédit : Flickr

« Nous sommes en guerre », martèle le président de la République. Une guerre dans laquelle la population doit être disciplinée contre son gré. Le contrôle n’a plus le luxe d’être intériorisé quand les mesures coercitives se multiplient.

Le gouvernement a délivré plus d’amendes que de masques à sa population, voilà une donnée frappante et affligeante après un mois de confinement. Alors que la prévention autour de la crise sanitaire était inexistante, c’est la coercition qui prend le dessus pour discipliner la population. Les violences policières se multiplient partout sur le territoire pour mâter « les indisciplinés ». 

La guerre contre le Covid-19 se retourne contre la population. Les exemples sont légions. À Sanary-sur-Mer, le maire a signé un arrêté interdisant les sorties à plus de 10m de son domicile, il avoue ainsi : « J’anticipe les mesures du gouvernement. » Pendant ce temps, Christophe Castaner déclare sur France Info que les gendarmes ont le droit de fouiller toute personne s’ils pensent que celle-ci tente de les « bluffer ».

Une stratégie vieille comme la guerre : faire culpabiliser les individus pour donner un nom et une image à un ennemi jusque-là invisible. Une stratégie familière au préfet de police Didier Lallement depuis la répression des manifestations de gilets jaunes. Il déclarait le 3 avril que « ceux qui sont en réanimation n’ont pas respecté le confinement ». Être malade, risquer de mourir par manque de soin et de place dans les hôpitaux pour un virus duquel ils ne connaissent rien, et contre lequel leur pays n’était absolument pas préparé, serait de leur responsabilité. 

Les récidivistes encourent maintenant jusqu’à 6 mois de prison ferme et 3.750 euros d’amende. Un habitant du Vaucluse a ainsi écopé de 2 mois de prison ferme, en plein confinement. Il est rassurant de voir que la justice n’est pas encore au chômage partiel, l’IGPN aura peut-être le temps de se pencher sur les violences policières qui explosent dans les banlieues. « Ils m’ont éclaté la tête à deux reprises contre le mur et ils m’ont mis un coup de crosse de flashball en pleine tête », raconte Yassim, habitant des Ulis dans l’Essonne.

La guerre comme prétexte à la répression

Gilles Deleuze définissait en 1987 la société contemporaine comme une société de contrôle où les individus intériorisent les règles et les normes disciplinaires. La discipline devient immanente. Le travailleur n’a plus besoin du contremaître, la servitude devient volontaire. Pourtant, le confinement marque le retour à ce que Michel Foucault nommait « la société disciplinaire », historiquement marquée par l’Empire de Napoléon, qui voit la création et la prolifération des « lieux d’enfermement », comme les prisons, les hôpitaux, les usines et les écoles. Des lieux où les individus sont gérés et disciplinés. L’État, plus seulement souverain, devient gestionnaire.

Le confinement, bien qu’il soit devenu inévitable aujourd’hui pour se défendre contre le virus, est la mesure disciplinaire par excellence. Le foyer devient un lieu d’enfermement dans lequel le travail s’immisce, par le biais des outils technologiques qui forment ce qu’Alain Damasio nomme le « techno-cocon ». À l’heure du télétravail, le techno-cocon devient une techno-prison où le prisonnier est son propre geôlier. « Il faut mettre en rapport le droit à la déconnexion et l’impossibilité de travailler autrement qu’en télétravail », selon Dimitry, ergonome apprenti chez Total.

Dépassé par l’urgence, le gouvernement se découvre un langage guerrier traduisant une remontée frappante de la discipline militaire à respecter. Dans cet ordre d’idées, le général Richard Lizuray, l’homme responsable de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, entre dans la gestion de la crise directement aux côtés d’Édouard Philippe pour le conseiller. Une nomination symbolique qui une fois encore souligne le renouveau de l’État disciplinaire.

Pour commenter sa nomination, Matignon déclare que le général apportera « une forme de contrôle qualité de nos décisions », une nouvelle pour le moins terrifiante qui use encore d’un langage technocratique hors de propos, puisque le contrôle qualité s’applique à des produits industriels avant de s’appliquer à des décisions portant sur la santé des citoyens.

La surveillance plus que la santé est la priorité du gouvernement, en témoigne un appel d’offre lancé par le ministère de l’Intérieur d’un montant de 4 millions d’euros pour plusieurs centaines de drones. Place Beauvau répond que ces drones ne sont pas en rapport avec la crise actuelle, mais correspondent à un besoin de sécurité intérieure. Un membre de l’association FAImaison affirme que « le technosolutionisme pose plus de problèmes qu’il n’en résout ». La surveillance et le traçage des individus se confrontent  toujours aux libertés individuelles. 

À défaut de masques et de tests de dépistage pour lutter contre le virus, le gouvernement prévoit la société de demain dont même Jean-Yves le Drian semble inquiet : « Dans le débat sur le meilleur modèle politique pour une résolution de la crise, il y a une tendance qui préconise le modèle autoritaire. » Malheureusement, la réponse autoritaire n’est pas incompatible avec notre Vème république, comme peuvent le montrer les réformes de l’état d’urgence sanitaire qualifiées de « scélérates » pas plusieurs avocats.

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Diplômé de l'École Normale Supérieure en philosophie contemporaine, cherche à comprendre pour mieux informer.

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