Les carabiniers italiens ont arrêté 334 personnes lors d'un raid contre la mafia calabraise 'Ndrangheta en décembre 2019. ©iwona.hanh, Flickr

Les organisations mafieuses adaptent leurs activités pendant la crise du Covid-19. L’Italie, avec son macabre bilan de 23 000 décès, est le deuxième pays le plus touché. La population vulnérable et précaire devient alors une proie facile pour étendre leur emprise.

Pas de répit pour la mafia italienne. « Les groupes criminels s’organisent pour continuer à tirer profit de leurs affaires », affirme Barbara Gigi, anthropologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.13,2 % du total des salariés ne peuvent pas travailler et ne reçoivent pas la totalité de leur salaire.

Les activités de la mafia tournent autour de la prostitution, du commerce d’armes et de drogue, et se sont introduites dans les secteurs financier et immobilier. Si la crise a en partie réduit leur champ d’action, les groupes mafieux se sont tournés vers « la vulnérabilité des plus démunis de la société. » Dans une dépêche Agence-France Presse, Roberto Saviano, journaliste expert des organisations criminelles, a dénoncé les actions de la « Camorra ». La mafia napolitaine prête de l’argent et distribue des produits alimentaires pour se créer un clientélisme.

L’Etat italien a pourtant mis des aides à disposition. Mais pour les habitants des régions les plus pauvres, comme la Calabre, régie par la « ‘Ndrangheta », il est difficile d’y accéder : « Ces personnes n’ont pas internet, voire pas de carte d’identité ou de code fiscal, qui sont essentiels pour accéder aux aides alimentaires et financières de l’Etat », rapporte Barbara Gigi. Pour Roberto Saviano, la mafia se sert de cette précarité pour étendre son pouvoir et, ainsi, obtenir « des suffrages aux élections » ou « des prête-noms dans des contrats. »

La nature du lien entre l’Etat et ces organisations pose un réel problème, la mafia est même considérée comme un « pouvoir parallèle ». Ces deux entités sont « opposées l’une à l’autre » mais avec « les mêmes objectifs » : gouverner une population et avoir une production économique. L’historien Paolo Pezzino souligne « l’absence de tradition étatique forte en Sicile », expliquant les difficultés de la transition institutionnelle. Très vite, les « groupes d’entrepreneurs de violence » ont cherché à acquérir un rôle social autonome et se sont rapprochés des pouvoirs officiels qui souhaitaient conserver des avantages économiques.

Des liens politico-mafieux persistants

Les premières législations antimafias apparaissent dans les années 1980-1990 après assassinats du général Della Chiesa en 1982 et des juges Paolo Borsellino et Giovanni Falcone en 1992, orchestrés par la « Cosa Nostra », la mafia sicilienne. Un an plus tard, Giulio Andreotti, principale figure politique de la première République italienne et dirigeant de la Démocratie Chrétienne, est inculpé pour son rôle dans l’assassinat d’un journaliste dénonçant les complicités entre organisations criminelles et hommes politiques.

Malgré les nombreuses dénonciations, ces liens persistent encore aujourd’hui. Saviano a décrit et dénoncé les crimes de la « Camorra » dans son livre Gomorra et vit sous protection policière permanente depuis 2006. Une protection menacée d’être levée par Matteo Salvini, chef de la Ligue, parti d’extrême-droite, dont les échanges houleux sont régulièrement rendus publics dans les journaux italiens.

Le contexte de la crise laisse ressurgir l’ombre de cette rivalité entre l’Etat et la mafia. Selon l’Institut nationale de statistiques, 3,7 millions de personnes travaillent sans être déclarées en Italie. « La tension médiatique, d’habitude dédiée aux organisations criminelles, connaît une pause en ce moment. Ce silence est considéré comme un atout qui donne une marge de manœuvre majeure à ces organisations », rapporte Barbara Gigi.  Les contrôles se retrouvent réduits, facilitant ainsi le passage des frontières pour poursuivre les activités illicites. Paola Severino, ancienne ministre de la Justice, a également tiré la sonnette d’alarme. Lors d’un entretien avec l’Institut Montaigne, elle précise que « le problème n’est nullement limité à l’Italie » et que le « large éventail de trafic illicite qui, tout comme le coronavirus, ne s’arrête à aucune frontière et se jette dans l’économie internationale. » Paola Severino lance un appel à la vigilance afin de limiter au maximum la circulation d’argent sale à travers l’Europe.

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Etudiante en deuxième année de journalisme, je suis à la recherche d'un stage de trois mois dans une rédaction de presse.

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