Source: Flirck

Le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, annonçait le 19 avril que 45% des EHPAD avaient recensé au moins un cas positif de Covid-19. Il a pourtant décidé d’y autoriser les visites, à la demande des familles de patients.

Les proches des patients hébergés en EHPAD pourront rendre visite à leurs aînés dès aujourd’hui, malgré des conditions « extrêmement limitées ». Cette décision intervient après les vives réactions liées à l’interdiction de visite dans ces établissements, les seniors étant complètement isolés. Les familles avaient rapidement exprimé cette colère de ne pouvoir les accompagner, particulièrement pour les personnes en fin de vie.

Emmanuel Macron, lors de sa dernière allocution, avait souhaité que les maisons de retraite « puissent permettre d’organiser pour les plus proches, avec les bonnes protections, la visite aux malades en fin de vie ». C’est désormais chose faite, alors que la possibilité d’un confinement des seniors jusqu’à la fin de l’année est toujours évoquée.

Olivier Véran a cependant précisé les nombreuses limites qui encadrent la visite des personnes âgées en EHPAD : à  la demande du résident, pas plus de deux personnes par famille, ou sous le contrôle des directions d’établissements. Une mise en pratique qui interroge, alors que la France compte plus de 7 000 EHPAD.

Source: Photo Bertrand GUAY,AFP. Le Premier ministre Édouard Philippe et son ministre des Solidarités et des la Santé, lors d’une conférence de presse. Ils annonçaient hier l’ouverture du droit de visite dans les EHPAD.

Ambre Laplaud, doctorante en droit de la santé, craint que « les directeurs des EHPAD, pour ne pas risquer d’engager leur responsabilité en autorisant des visites, imposent des conditions trop strictes aux visites ». Et si les directeurs sont bien légitimes à encadrer le droit de visite, « la place du médecin est totalement absente des débats ». Un problème pour les seniors, parfois fragiles, alors que « d’autres préconisations médicales pourraient s’ajouter, comme une interdiction de visite pour les résidents présentant des difficultés respiratoires ou cardiaques ».

L’autorisation de visite était toutefois fondamentale pour les familles des patients. Eric Fregona, directeur adjoint de l’Association des Directeurs au service des Personnes âgées (AD-PA), affirme ainsi que ce droit était « très attendu par les professionnels de santé mais surtout par les personnes âgées, qui se trouvaient dans un état de détresse psychologique ». Désormais, les familles pourront « rendre visite à leurs parents une fois par semaine ». 

« On a peur des risques, on doit être prudents »

Afin d’assurer le respect des conditions sanitaires dans les EHPAD, Eric Fragona explique que les visites se feront « dans les jardins et espaces collectifs de la résidence, en respectant les mesures de distanciation ». Une charte devra également être signée par tous les visiteurs à leur arrivée, notamment afin de prévenir le risque de contamination par porteurs asymptomatiques. 

Ces mesures avaient déjà été pensées par les directeurs, mais M. Fragona aimerait qu’elles soient également assorties d’une augmentation des ressources humaines dans les EHPAD. C’est pourquoi l’AD-PA demande à ce que  « des bénévoles et des kinésithérapeutes puissent intégrer les établissements », qu’ils connaissent déjà et auxquels ils apporteraient un soutien précieux. De cette façon, les patients pourraient continuer à bénéficier de leurs soins et d’un accompagnement de qualité, tout en permettant d’augmenter le nombre de visites possibles pour les familles.

Dans les EHPAD, la mise en place du droit de visite est encore floue et devra être organisée de façon progressive. Personnel uniquement dédié aux visites, équipement sanitaire à fournir aux familles, précautions sanitaires à garantir… nombreuses sont les problématiques auxquelles doit faire faire les directeurs de ces établissements.

Gilbert Franguel, directeur d’un EHPAD rennais touché par plusieurs cas de covid-19, attendait ce droit de visite avec impatience. « Des patients me demandaient même ce qu’ils avaient fait de mal pour que personne ne vient les voir » confie-t-il. Il estime cependant que la mise en place du droit de visite sera variable selon les établissements. Pour ceux présentant ou ayant présenté des cas de contamination, les mesures seront renforcées et les visites plus rares. Pour Ambre Laplaud, cette situation devrait pouvoir être nuancée : pour les patients les plus fragiles ou en fin de vie, elle considère que « les règles d’humanité devraient prévaloir, donnant aux résidents la possibilité de voir leurs proches, mais seulement à leur demande ».   

Malgré toutes ces questions en suspens, et sans surprise, Gilbert a déjà eu des demandes de visite de la part de famille, mais dit avoir « besoin d’informations, de savoir comment les autres établissements l’ont mis place ». 

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Étudiante en journalisme à l'ISCPA, je m'intéresse particulièrement aux affaires politiques et internationales. Je suis active sur Twitter (@AngelaLebreton) et LinkedIn (Angela Lebreton).

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