© Patrice Woolley

Baisse des salaires de ministres, ou de grands patrons, un élan de solidarité des premiers de cordée semble se dessiner. Mais entre coup de com’ et bonnes actions ponctuelles, les réelles décisions politiques n’aideront en rien à construire le monde d’après.

La première ministre de Nouvelle Zélande, Jacinda Arden annonce une baisse de son salaire et de celui de son gouvernement de 20%. Cette baisse de 27 000€ est un soutien envers les habitants du pays, durement touchés par la crise du Coronavirus. À la bonne heure, me diriez-vous ! A quand une telle décision en France ?

Même si le gel des dividendes des entreprises a été demandé par le gouvernement en guise de solidarité, certaines grandes sociétés continuent de n’en faire qu’à leur bon vouloir, comme Publicis qui « croit en la robustesse de son bilan de 5 milliards d’euros. » Publicis compte bien débourser un dividende de 2,30€ par action, comme prévu. A l’inverse, les patrons de Renault, Jean-Dominique Senard et Clotilde Delbos diminueront leur salaire de 25% pour le deuxième trimestre 2020. Y aurait-il une scission entre les « bons » capitalistes et les « mauvais » ?

Toutes ces décisions éparses ne relèveront pas un pays tout entier et encore moins une économie mondialisée. D’autant plus en essayant de faire redémarrer une machine enrayée. La théorie du ruissellement est absurde, ce n’est pas en temps de crise que l’on va découvrir à cette dernière des pouvoirs magiques. 

Cette vaste opération de communication cache en réalité un projet de loi, discuté ce week-end. Le projet de loi de finance rectificative (PLFR), plan de sauvetage des grandes entreprises françaises s’élevant à 20 milliards d’euros, selon Greenpeace. Mais pour construire le monde d’après, avons-nous réellement besoin de réinvestir autant dans des compagnies comme Renault, Air-France, qui sont les premiers grands pollueurs et émetteurs de gaz à effet de serre, sans qu’aucune obligation écologique ne soit mise en place ? Seul un minimum syndical en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE), déjà acté avant la crise, est conservé. Accentuant le greenwashing de ces compagnies, souvent coactionnaires les unes des autres de façon quasi consanguines. 

L’urgence n’a pas le monopole de la bêtise. Le court-termisme a démontré son inefficacité. Il est temps d’investir dans des secteurs essentiels, ceux qui maintiennent actuellement le pays, qui a besoin d’une refonte sociale profonde. Une baisse de 300 millions d’euros pour le secteur de l’agriculture en 2019, un déficit dépassant le milliard pour les hôpitaux en 2019, un budget général de la Défense, essentiel certes, mais plus de trente fois supérieur que celui alloué en 2019 à la Santé. 44,354 milliards d’euros pour l’un, contre 1,421 pour l’autre. Sans oublier une évasion fiscale à hauteur de 89 milliards d’euros par an. La planche à billets ne doit pas se tromper de secteur.  

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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