© Patrice Woolley

À chaque duplex, tous nos politiques, intellectuels ou intervenants s’improvisent bibliothécaires. Tous choisissent en arrière-plan visuel leur bibliothèque, bien remplie, en guise de légitimité intellectuelle.

Des livres partout. Tout le temps. Chaque personnalité télévisée se filme en visio devant leur étalage de bouquins. Bourdieu parlait de capital culturel, qui renforce une certaine légitimité à intervenir et à être entendu, et donc une forme de pouvoir sur les dominés qui ne peuvent s’en prévaloir. Quand on n’a pas de contenance, il faut savoir s’en donner. À chaque interview, son lot de livres, bien en évidence, pour se rassurer et montrer qu’on est intelligent. Même s’ils ont été lus, encore faut-il les avoir compris.  

Mais peut-être qu’en plus d’une recherche de légitimité, cette librairie obligatoire permet de dissimuler son intimité, de ne pas montrer son espace de vie. Pourtant les livres reflètent une partie de votre personnalité. On pourrait imaginer le roman 1984 d’Orwell, bien en évidence dans la bibliothèque du préfet Lallement. Ou encore un manuel d’origami chez Sibeth Ndiaye pour fabriquer des masques do it yourself. Elle saurait peut-être les mettre, si elle les fabrique. 

À la sortie de crise, il va falloir un peu plus que quelques livres pour retrouver une quelconque crédibilité envers le peuple. Ce ne sera pas vos livres qui vont nous donner des masques. Ce ne sera pas vos livres qui vont revaloriser les salaires des soignants. Ce ne sera toujours pas vos livres qui vont expliquer une si mauvaise gestion de cette crise sanitaire. 

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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