Les quartiers de France se mobilisent durant le confinement © Christvy Kibendo

Face à cette crise sanitaire, de nombreuses personnes issues des quartiers dits sensibles se retrouvent dans des situations extrêmement précaires, ne serait-ce que pour se nourrir. De quoi susciter plusieurs élans de solidarité de la part de la jeunesse et des associations.

Les termes « quartiers », « cités » ou bien HLM ont depuis de nombreuses années une résonance négative au sein de la société française. L’image hostile qu’on prête aux quartiers peut être considérée comme exacerbée. Souvent délaissés par les autorités, de nombreux habitants de ces territoires sont confrontés à des conditions de vie des plus précaires, décuplées par le confinement.

Certains jeunes de quartiers ont décidé de prendre les choses en main en venant directement en aide à leurs voisins les plus affectés. Cette mission est prise à cœur notamment par Kofs, l’une des étoiles montantes de la scène du rap marseillaise. Originaire de la cité d’Air Bel, située dans le quartier de la Pomme au centre de Marseille, le rappeur de 29 ans ne lésine guère sur les moyens pour subvenir aux besoins de ses aînés.

Kofs, le rappeur du peuple

Accompagné de son groupe d’amis proches, Fouad Nabba, de son vrai nom, arpente tous les deux jours les magasins de déstockage alimentaire, en quête de beurre, de pain, de yaourts et d’autres denrées essentielles au quotidien. Payés de sa propre poche, ces produits sont ensuite chargés dans un camion, puis distribués aux habitants les plus nécessiteux d’Air Bel tels que les infirmes ou les personnes âgées.

Plus grand ensemble de la ville de Marseille avec plus de 1 200 logements, cette cité où le taux de chômage s’élève à plus de 30%, voit en sa pharmacie le seul commerce de proximité encore ouvert. L’opération de solidarité menée par Kofs et sa bande arrive donc à point nommé pour une communauté en grande difficulté. Loin de s’improviser super-héros ou sauveur du quartier, le rappeur marseillais veut surtout donner le sourire au gens et rendre ce qu’on lui a donné par le passé : « Je faisais partie de ces gens qui ont bénéficié d’aides et je ne m’étais jamais dit qu’un jour j’allais aider à mon tour, a-t-il déclaré au micro de TF1. Lorsqu’on est confronté à une situation pareille et qu’on a la chance d’avoir plus de moyens que d’autres, c’est une bonne chose de faire plaisir aux gens et je le fais de bon cœur. »

S’il peut compter sur l’indéfectible soutien de ses amis pour mener sa mission à bien, l’interprète du morceau « Tout s’achète » bénéficie également de l’appui de ses fans sur les réseaux sociaux. Par l’intermédiaire de Snapchat, Kofs partage son activité caritative tout en faisant appel à ses followers dans le but de trouver de nouvelles personnes vulnérables à soutenir. La démarche s’avère on ne peut plus efficace, au regard de l’important nombre de messages que reçoit que le marseillais.

Gagarine prêt à décoller

Dans le même élan de solidarité, plusieurs associations ont également mis le pied à l’étrier au sein dans leurs quartiers respectifs. A Romainville (Seine-Saint-Denis), dans le quartier Youri Gagarine, l’association Nouvelle G a aussi mis en place un système totalement gratuit d’aide à domicile consistant à faire les courses pour les personnes âgées ou encore à promener leurs chiens. Une proximité avec les séniors également traduite par un contact permanent avec les résidents d’un EHPAD de la ville. Les jeunes apportent un soutien moral de poids à leurs aînés, par le biais de courriers.

S’ils s’en donnent à cœur joie pour contribuer à l’évolution positive de leur quartier, les bénévoles n’en demeurent pas moins frustrés par l’apathie générale de l’Etat et de la municipalité : « Tout le monde ne vit pas le confinement de la même manière, être confiné dans un pavillon avec un jardin et dans un appartement situé au 18e étage d’une tour c’est complètement différent, déclare Yassin, l’un des bénévoles de Nouvelle G. On a créé notre association en 2018 pour combler les nombreux manques dont nos habitants pâtissent. Ce n’est pas normal qu’un grand quartier comme le nôtre n’ait jamais eu de structure associative. On essaye de montrer tous ces défauts aux institutions mais ça demande beaucoup de temps. On fournit certes du bon travail, mais il n’y a pas assez de moyens à disposition. »

Un message équivoque mettant plus que jamais en lumière la cassure existante entre l’Etat et de nombreux quartiers en France.

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