© Patrice Woolley

Pompier depuis une dizaine d’années, Alexandre* vit la crise sanitaire de plein fouet. Après un début compliqué, ses interventions liées au Covid-19 commencent enfin à diminuer, mais les risques sont toujours présents.

En première ligne pour sauver la population, les pompiers sont confrontés quotidiennement au virus. Dans son département, la caserne d’Alexandre a traité les premiers cas du Covid-19. Malgré une mobilisation sur le terrain sans précédent, les interventions du début de la crise sanitaire étaient assez complexes à mener : « Nous avons eu pas mal de personnes dans des états critiques. La situation était très difficile à gérer car nous n’avions pas assez de matériel, dont des gants et des masques », relate-t-il. Depuis quelques jours, leurs stocks se sont remplis progressivement, facilitant la prise en charge des patients infectés. 

Durant les premiers jours, le flux d’interventions des cas de Covid-19 était en forte hausse : « Au tout début nous en avons effectué une trentaine par jour, en plus des cinquantes opérations que nous faisons en temps normal. » Ce chiffre a depuis fortement baissé, passant à une dizaine de missions. Mais aujourd’hui, une nouvelle préoccupation mobilise l’ensemble des pompiers : les accidents domestiques. Les appels du 18 explosent pour ces interventions : « Les personnes craquent. À cause du confinement, nous nous occupons beaucoup plus des cas pour violences conjugales et sur les enfants. » De situations difficilement gérables demandant deux fois plus de vigilance à l’égard d’autrui. 

Psychologiquement, les pompiers tiennent le coup. Les difficultés rencontrées au départ se sont amoindries, mais à un détail près : celui des EPHAD. Lorsqu’ils interviennent dans ces hébergements, l’accompagnement d’un médecin est primordial, cependant, crise sanitaire oblige, certains ne peuvent plus être présents sur les lieux. « C’est très dur d’aller dans ces établissements. Depuis l’arrivée du coronavirus, nous faisons de la réanimation mais sommairement, parce que nous ne sommes pas sûrs qu’un médecin puisse venir. » Ce contexte chagrine Alexandre, mais les circonstances font que certains patients ne peuvent accéder rapidement à des soins adéquats.

La routine à la caserne

Le quotidien d’Alexandre n’a pas énormément changé. Toutefois, lui et ses compagnons ont dû adopter des nouveaux gestes et mesures d’hygiène : « Avant et après une mission, nous devons passer dans un sas de désinfection, il y a ensuite la prise de température, le lavage régulier des mains et de notre matériel. » Tout est mis en œuvre pour limiter au maximum la contamination, même pendant les entraînements sportifs : « Normalement, nous sommes une vingtaine dans la salle de sport, actuellement nous tournons avec des groupes de dix. » Des lieux de vie qui se désertifient, mais l’entraide est toujours présente.

Le dur labeur des pompiers se justifie également par leur cadre de vie si particulier. Le rythme de travail est très différent de celui d’un fonctionnaire, car leurs gardes se déroulent sous trois formes d’horaires : 24h, 48h ou 72h. Ce temps n’est pas réparti sur une semaine, mais effectué d’une traite et ce plusieurs fois par mois. Celui d’Alexandre est toujours le même qu’auparavant, il a même diminué : « Avant je tournais entre douze et quinze gardes de 24h par mois, aujourd’hui je suis plus entre huit et dix », précise-t-il. Ce changement d’horaire a été mis en place afin que les équipes soient au minimum en contact avec les patients infectés.

Alexandre reste optimiste et continue de répondre présent pour aider toutes les victimes de cette crise sanitaire. Mais vient la question des tests de dépistage : « Dans ma caserne, les pompiers ne sont dépistés qu’en cas de symptômes : toux, fièvre … » À force d’être confronté régulièrement avec des personnes contaminées, l’un de ses collègues a été testé positif. Pour éviter de propager le virus, ce dernier a été mis en arrêt maladie, afin d’épargner les autres.

Tout en continuant leurs missions habituelles, le risque de contracter le virus est réel. À l’issue d’un mois de confinement, le nombre de contaminés est en baisse, mais les pompiers, tout comme le personnel du SAMU et les forces de l’ordre, restent mobilisés du mieux qu’ils peuvent. 

* le prénom a été modifié

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Apprenti journaliste en quête de l'inconnu. Toujours à la recherche de sujets atypiques qui font bouger notre société.

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