L'Irak compte pour le moment 1 434 cas infectés par le Covid-19 tandis que la Syrie frôle les 400 cas. ©Mstyslav Chernov

La crise sanitaire s’est octroyée une place de choix parmi les préoccupations, générant un désordre au profit de l’Etat islamique. En France, l’opportunisme terroriste se heurte aux services de sécurité spécialisés.

Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont placé la lutte contre le terrorisme en tête de liste des préoccupations politiques et sécuritaires. Et pour cause, l’implantation presque ubiquiste de l’Etat islamique (EI) laisse planer une menace omniprésente, notamment en France qui est incontestablement devenue l’une des cibles prioritaires de l’EI. Selon l’entreprise de statistiques Statista, 263 personnes ont été tuées dans des attentats islamistes en France depuis 2012.

Les budgets alloués à la défense et la sécurité atteignent respectivement 35,89 et 13,54 milliards d’euros. De ce fait, l’une des réponses politiques au terrorisme et au phénomène de radicalisation a notamment suscité le déclenchement de l’état d’urgence et de l’opération Sentinelle, déployant 10 000 soldats de l’armée française en plus de 60 000 réservistes, en complément du plan Vigipirate. 

La mise en place dans chaque préfecture de Groupes d’évaluation départemental (GED), impliqués dans le suivi de personnes inscrites au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), et de Cellules de prévention de la radicalisation et d’accompagnement des familles (CPRAF) tend vers un désamorçage précoce de la radicalisation des individus. Cependant, le Comité interministériel de prévention de la délinquance de la radicalisation reconnaît que « beaucoup de territoires au-delà de la radicalisation violente continuent à être impactés par le repli communautaire et la montée de l’islamisme. » 

« L’EI est présent partout dans le monde. Il puise dans la communauté française une somme de frustration, de demande d’aventure et de désir. Il recrute des personnalités faibles qui ont besoin de trouver un sens à leur vie. Ces dernières vont commettre des actes terroristes personnels. L’EI a perdu de nombreux moyens depuis quelques années donc il redore son blason avec des actions spontanées », explique Jean François Daguzan, ancien vice-président de la fondation recherche stratégique.

La protection de la France sur son territoire est assurée par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), comptant 3 500 agents dont deux tiers sont rattachés à la lutte contre le terrorisme. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) gère, quant à elle, la lutte sur les théâtres extérieurs. Elle est composée de 6 000 agents. « L’organisation des institutions et des forces françaises en charge de la lutte contre le terrorisme s’est considérablement améliorée », se réjouit Jean François Daguzan. Au total, 58 tentatives d’attentat ont été déjouées depuis 2015. « Aujourd’hui, même en période de crise sanitaire, la situation est beaucoup plus structurée et cohérente. Ce qui nous permet d’espérer une action efficace », poursuit-il.

Aujourd’hui, noyés dans la crise sanitaire liée au Covid-19, les multiples services et institutions de lutte contre le terrorisme restent en alerte. « Alors que la pandémie mondiale du virus Covid-19 a atteint plus de deux millions de personnes dans le monde, la situation sécuritaire occidentale reste préoccupante. En France, les forces de sécurité intérieure sont engagées sur de nombreux fronts : gestion de la crise au sein des institutions, maintien du confinement, verbalisation des contrevenants et poursuite des missions habituelles », a écrit le Lieutenant Alexandre Rodde dans une note du Centre de recherche de l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale (CREOGN). 

« Le risque est omniprésent et ne date pas de la crise sanitaire », constate quant à lui Jean François Daguzan. « La vision de l’Etat est certes tournée vers la crise la plus aigüe, celle du Covid-19, mais, le secrétaire d’Etat auprès du ministère de l’Intérieur, Laurent Nunez, a affirmé ne pas lâcher la garde. Il sait que l’organisation EI peut profiter de cette situation de crise pour frapper. »

Un contexte délicat qui ne manque pas de rappeler une importante menace : en 2020, deux attentats ont été commis au cours du mois de janvier en plus de deux autres déjoués à Brest et Epinal. Un troisième attentat, le dernier connu en date, s’est déroulé le 4 avril, à Romans-sur-Isère (Drôme), où un individu radicalisé, a priori réfugié soudanais, a entraîné la mort de deux personnes en plus d’en blesser cinq autres en leur demandant s’ils étaient de confession musulmane.

La mort du chef de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, à la suite d’une opération américaine en octobre 2019, a provoqué, pour certains, un engouement illusoire suggérant la fin de l’EI. A contrario, d’autres se sont montrés bien plus réservés sur l’issue de l’opération, estimant que ce n’était qu’un chapitre clos dans l’histoire de « la guerre contre le terrorisme islamiste ».

Tirer profit de la crise sanitaire

L’EI a profité de la pandémie pour développer de nouvelles approches et stratégies. Au mois de janvier, l’organisation terroriste ne cache pas son enthousiasme quant à la propagation du virus en Chine, la considérant comme « une punition » en réponse aux traitements infligés à la minorité ouïghoure. Peu après, c’est l’Europe, grignotée par l’épidémie à son tour, qui se verra targuée des commentaires de l’organisation, prétendant à un « châtiment de Dieu » contre les « Croisés ». Dans le numéro de mars 2020 du journal de propagande Al-Naba, l’EI a appelé ses affidés à éviter « la terre de l’épidémie », soit l’Europe.

Les instabilités chroniques de la Syrie et d’Irak représentent également une réelle opportunité pour l’organisation terroriste, en particulier depuis le retrait des troupes occidentales de ces pays qui n’a produit qu’un avantage supplémentaire. « Le risque de prolifération est immense. Dans la mesure où les troupes américaines se retirent, les Etats occidentaux rapatrient leurs militaires sous l’effet du covid pour ne pas les exposer. Donc la faiblesse des États irakien et syrien constitue un réel atout pour l’organisation terroriste », expose Jean François Daguzan. Les 5 200 soldats américains se sont retirés d’Irak, rapidement imités par les Français, les Britanniques et les Tchèques.

Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient et vice-présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient, ne manque pas de confirmer que, malgré le peu d’information dont on dispose pour en mesurer l’ampleur, « il y a encore des éléments de l’organisation présents sur le territoire entre la Syrie et l’Irak. Donc l’organisation essaye très sûrement de profiter de ce vide pour se réimplanter. Maintenant, on a encore très peu d’éléments, et si le virus était amené à se développer de toute façon les membres de l’EI ne seraient pas non plus épargnés par l’épidémie. »

De plus, l’instabilité de certaines zones géographiques profite indéniablement à l’EI. Leur attention est notamment tournée vers les camps d’Al-Hol, dans le nord-est syrien, où vivent près de 66.000 personnes et où il n’y a, par ailleurs, aucun cas de Covid-19 confirmé (bien qu’il n’y ait pas non plus de kits de test). Il s’agit pour la majorité de femmes et d’enfants, membres de familles affiliées à l’EI.« Les prisons sont surveillées par les Kurdes, il est peu probable que ces personnes soient libérées par l’EI. Cependant, on assiste à un large relâchement de la surveillance. Cette situation peut toujours conduire à certaines évasions. Il existe un risque de renforcement de l’EI sur les zones tampons entre la Syrie et l’Irak. Cette situation de relâchement peut profiter à l’Etat Islamique », constate Jean François Daguzan. 

L’Etat islamique peut ainsi se concentrer sur la libération des djihadistes détenus dans ces deux pays, provoquant une véritable bombe à retardement. Le 30 mars, une révolte a éclaté dans une prison de la ville de Hassakeh. Passées sous contrôle des prisonniers, les Forces démocratiques Syriennes ont réussi après une journée, à réprimer le soulèvement.

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Etudiante en deuxième année de journalisme, je suis à la recherche d'un stage de trois mois dans une rédaction de presse.

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