51% des français se déclarent favorable au revenu universel selon un sondage statista. Illustration d'Amanda Wray

Les économies mises à mal par la pandémie cherchent à transformer des systèmes qui se montrent aujourd’hui défaillants. En Espagne, deuxième pays le plus touché au monde, la première solution retenue est la mise en place d’un revenu universel.

En Espagne, le gouvernement souhaite mettre en place un « revenu de quarantaine » pour une durée de trois mois. Une mesure destinée à limiter l’impact de la pandémie de Covid-19 sur l’économie espagnole. Le montant de ce minimum vital, qui permettrait d’aider les plus précaires à survivre à la crise, n’a pas encore été annoncé, mais selon le quotidien « El Pais », il serait de 440 euros.

Plus qu’un revenu distribué dans l’extrême urgence, cette aide serait la première pierre d’un tout nouveau système de partage des richesses. La ministre de l’Economie Nadia Calvino, souhaite qu’il « reste pour toujours et devienne un instrument structurel, un instrument permanent » et ce « dès que possible ». 

Avec plus de 10 millions de citoyens menacés par la  pauvreté et un tiers des enfants vivant sous le seuil, le pays était déjà victime d’une extrême précarité, et cette solution « était une nécessité avant la crise », estime le ministre aux Droits sociaux et président de Podemos, Pablo Iglesias.

Cette idée était une des promesses de la coalition de gauche au pouvoir. Formée en janvier, « l’Union sacrée » établie entre le président sortant, Pedro Sanchez et la gauche radicale Podemos, a dû précipiter un peu son programme. Plusieurs raisons motivent cette décision. 300 000 nouveaux chômeurs perçoivent actuellement 70 % de leur salaire mais nombreux sont ceux qui n’ont accès à aucune aide. La période les place dans une situation de précarité extrême, et il est important de trouver un remède au plus vite.

Pour Ruben Cabal, doctorant au centre de recherche sur l’Espagne contemporaine (CREC), il faut ajouter à cela une volonté politique. « Pablo Iglesias veut transmettre à sa population l’image d’un gouvernement qui lui vient en aide, pas comme en 2008 où le gouvernement s’est montré plus généreux avec les entreprises qu’avec le peuple… »

Qu’est-ce que le revenu universel ?

Revenu de base, revenu d’existence, revenu citoyen ou encore allocation universelle… Derrière tous ces termes se cache une seule idée : procurer à tous les citoyens d’un pays un revenu minimal, supérieur au seuil de pauvreté et ce, dès l’âge de la majorité. 

L’idée date du XVIIème siècle et a été reprise et approfondie par des courants de pensée très divers. En France, c’est notamment le socialiste Benoît Hamon qui en a fait un des éléments clés de sa campagne aux primaires de son parti politique. Avec le temps, le terme de revenu universel est devenu un mot-valise, qui recoupe différents courants de pensée. 

Pour ceux qui prônent un revenu universel « émancipateur » ce système est considéré comme le levier permettant de bénéficier de nos libertés les plus fondamentales. Cette ressource ne serait plus simplement un moyen de lutter contre la pauvreté, mais un véritable instrument d’émancipation sociale : « Peut-on penser que le travailleur qui est obligé de bosser le dimanche et de cumuler plusieurs emplois est quelqu’un de libre ? Non. La nécessité le rend prisonnier de cette dépendance sociale et économique », déclare un ancien responsable politique qui souhaite rester anonyme.

Le revenu universel se différencie des minima sociaux déjà existants par son absence de conditions d’attribution. En effet en France, un tiers des personnes pouvant bénéficier du RSA (revenu de solidarité active) n’en font pas la demande soit parce que les démarches sont trop complexes, soit par honte.  

Pour l’ancien homme politique, cette complexité serait d’ailleurs volontaire : « Le simple fait de demander à quelqu’un de pauvre de solliciter l’aide au guichet vous fait faire une économie. » Il est alors nécessaire de le mettre en place en tant que « droit inaliénable et inconditionnel » comme le définit Le Mouvement français pour le revenu de base.

L’autre vision de ce revenu, plus radicale, consiste en une alternative au capitalisme. Le « capital de départ » serait volontairement légèrement inférieur au seuil de pauvreté afin de pousser les individus au travail. Il aurait pour avantage de rationaliser des systèmes d’aides jugés parfois trop complexes et viendrait en appui d’un salaire.

Si l’Espagne est la première à mettre en place le revenu universel, de nombreux pays se sont subitement mis à en discuter. Au Canada, une aide de 2 000 dollars est versée à tous les individus, pendant la période de crise, et aux Etats-Unis, un chèque de 1 000 dollars sera envoyé aux adultes les plus précaires. Partout en Europe, la crise pousse les gouvernements à envisager le revenu universel comme bouclier social. 

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Etudiant en deuxième année de journalisme à l'ISCPA je suis à la recherche d'un stage d'une période de trois mois en presse écrite.

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