Un DJ dans un club vide © Brodie Vissers

En attendant une réouverture qui s’annonce tardive, de nombreux clubs organisent des live stream de DJs sur les réseaux sociaux. Une manière de garder le lien avec le public et montrer une autre facette du monde de la nuit.

Pas de clubs ouverts avant l’automne 2021. Ce sont les recommandations de deux médecins respectés : Ezekiel Emanuel conseille l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et Gerald Haug, le gouvernement d’Angela Merkel. Selon eux, il faudrait attendre 18 mois afin d’éviter de relancer une épidémie de Covid-19. En France, le ministre de la Culture, Franck Riester, est resté aphone concernant le sort des boites de nuits et rien n’indique une réouverture prochaine. Pour les acteurs du milieu, il est évident que les boites de nuits feront partie des derniers lieux à rouvrir au public.

Afin de rester actifs et promouvoir la scène musicale, de nombreux clubs et collectifs organisent des DJ sets sur des plateformes de streaming. La recette fait mouche depuis le début du confinement, certains streams comptabilisent des millions de vues et permettent de lever des fonds vitaux pour ce secteur durement touché par la crise du Covid-19. La formule est simple : un club vide et un(e) DJ filmé, le tout diffusé en direct sur les réseaux sociaux.

Les clubs alternatifs, le Zoo, la Gravière et le Motel Campo à Genève ont tenté l’expérience. Ils ont lancé, en partenariat avec la webradio wav33 ainsi que le magasin de disques Bongo Joe, la série de streams « Résidences Sonores ». Pour George Sims, programmateur au Zoo, ces streamings sont une occasion pour faire découvrir la face cachée du clubbing : « Le but de ces streams, c’est de faire tourner les artistes mais aussi les autres acteurs de la vie culturelle auxquels on pense moins, comme les programmateurs », estime-il. 

Les sets sont filmés en immersion dans le club, la musique proposée est variée et s’éloigne du registre du monde de la nuit : « Les sessions se déroulent en fin d’après-midi, c’est plutôt de la musique d’écoute. Ce n’est pas forcément des mix de club parce que le public écoute cette musique chez lui », rapporte-il. Tous les jours des sets sont proposés au public sur les pages Facebook des différents clubs de « Résidence Sonores ».

En Allemagne, c’est Unitedwestream qui s’est affirmé comme « le plus grand club numérique à votre domicile », selon ses fondateurs. Ce collectif regroupe des clubs mythiques de Berlin comme le Sisyphos, le Trésor ou le Ritter Butzke. Ce collectif, né à la suite du confinement débuté le 13 mars en Allemagne, compte sauver les emplois du secteur grâce au financement participatif. En partenariat avec Arte, le collectif propose chaque jour plusieurs streams de DJs internationaux.

Des Boiler Room aux “Cloud Raves” chinoises

L’origine de ces sets à écouter chez soi n’est cependant pas nouvelle. On peut citer par exemple les Boiler Room, véritable institution du monde de la nuit née en 2010 à Londres. Durant le confinement, la formule prend une ampleur nouvelle lorsque le club TAXX à Shanghai organise sa première « Cloud Rave ». Des DJs se succèdent sur le thème « Disco Cloud » pendant toute la nuit du 8 février. Le live, qui se déroule sur la plateforme de streaming Twitch a réuni en tout 70 000 personnes. Il a permis de lever 91 000 euros grâce aux donations du public.

Un mois plus tard, lorsque le confinement paralyse les clubs français, c’est au tour du Sucre à Lyon de reprendre la formule avec la première « Internet Rave ». Pour ses organisateurs, « c’est aussi une manière de maintenir un lien entre les DJs, l’équipe du Sucre et le public, dans une période où il est bon de se serrer les coudes », explique Pierre Zeimet, l’instigateur de ces soirées, car la réalité de l’après-Covid hante le milieu. Le collectif Bar-Bars, interrogé par Trax Magazine, estime qu’entre « 30 à 40 % des bars et clubs pourraient disparaître définitivement à l’issue de la crise. »

Pour Philippe Cohen Solal, DJ et co-fondateur de Gotan Project, chaque crise est vectrice de créativité : « Il va y avoir de nouveau formats de diffusion de la musique, des échanges. Peut-être que le clubbing va se réinventer. Peut-être que les gens vont rester chez eux avec des appareils de réalité virtuelle, suppose le DJ habitué des mix en streaming. Je me demande artistiquement quel type de musique va sortir de tout ça », conclut-il, optimiste.

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