La République Démocratique du Congo va recevoir 365 millions de dollars du Fond monétaire international (FMI). @MONUSCO

Déjà affectées par de nombreuses épidémies, les autorités de la République Démocratique du Congo craignent une nouvelle catastrophe humanitaire. Le système de santé du pays d’Afrique centrale, est mis à rude épreuve. 

Le docteur Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique annonçait le 10 mars 2020 : « Alors que la République démocratique du Congo semble sur le point de mettre fin à sa pire épidémie d’Ebola sur son sol, c’est si triste d’apprendre que le nouveau coronavirus menace la santé de ses citoyens. »

Ce jour-là, alors que le pays avait été épargné du Covid-19 depuis les premiers mois, le premier cas est détecté dans la capitale du pays, Kinshasa. Aujourd’hui, bien que la pandémie n’ait pas explosé en République démocratique du Congo (RDC), la menace s’est développée. On décompte à cette heure, 267 cas dont 22 décès et 23 guéries selon les chiffres de l’Union africaine. Des chiffres probablement en-deçà de la réalité puisque l’accès au test, comme ailleurs dans le monde, est très limité.

« La situation actuelle dans le pays est assez préoccupante. La propagation ne va pas s’arrêter, le nombre des cas positifs va augmenter. Peut-être aussi ceux des décès. Mais, si vous comparez actuellement avec la situation de catastrophe en Europe et aux Etats-Unis, l’Afrique subsaharienne a pris la situation en mains », explique Sophie(1)*, une virologue, scientifique et spécialiste en laboratoire congolaise membre de la commission en charge de la gestion du Covid en RDC.

Sur la forme, le système de santé de la RDC semble bien organisé. Le pays est divisé en 26 provinces. En plus de cette décentralisation, son système national sanitaire est découpé en 515 Zones de Santé (ZS). Délimité par le ministère de la Santé et de l’Intérieur, il permet de répondre plus stratégiquement aux besoins de chaque communauté. Une unité opérationnelle prend en charge 100 000 à 150 000 habitants. 

« Les services de santé du pays n’ont pas la capacité de faire face [à la pandémie], cela risque d’être catastrophique pour la population », annonce Benoît Munsch, directeur de CARE en République démocratique du Congo sur le site de l’ONG. Un sentiment partagé par Sophie : « Seul, le système sanitaire de la RDC ne peut pas affronter l’épidémie du Covid-19. Il manque considérablement de moyens. »

Les 393 hôpitaux généraux de référence du pays restent insuffisants pour apporter les soins nécessaires à une population de plus de 80 millions d’habitants. A titre de comparaison, en France, la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) recense plus de 3 000 établissements de santé, dont 1 300 établissements publics. D’après les statistiques de l’OMS, les chiffres sont alarmants. La RDC compte moins d’un médecin pour 10 000 habitants et 11 infirmières ou sages-femmes sur la même échelle (2)*. En France, le nombre s’élève à 32 médecins et 114 infirmières ou sages-femmes pour 10 000 habitants(3)*.

Autres chiffres marquants en RDC, huit lits d’hôpital sont disponibles pour 10 000 personnes. Toujours à titre comparatif, la France en dispose de 65 à une échelle identique. « Nos personnels de santé souffrent d’un manque cruel de moyens pour accomplir leur mission », déclare Martin Fayulu, principal opposant lors des élections présidentielles de 2018 en RDC. Au niveau économique, les dépenses de santé courantes par habitant en dollars s’évaluent à 19,4 $ (17,83 €) en RDC, contre 4 379 $ (4 023,61 €) en France. En RDC, seulement 7% du PIB est alloué au secteur de la santé.

« La gestion de la crise est très mauvaise. Ils ont essayé de recopier le modèle de l’Europe »

A l’heure actuelle, l’épidémie est présente dans 6 provinces : Kwilu, Ituri, Sud Kivu, Nord Kivu, et Kinshasa, centre de l’épidémie. Une vaste majorité des cas confirmés de covid-19 sont enregistrés dans des zones urbaines avec de fortes concentrations démographiques. La Province de Kinshasa possède une très forte densité, avec 577 habitants au km2 due à une intense concentration des infrastructures économiques, scolaires, universitaires, politiques, administratives et sanitaires. Les longues années de conflit et la dégradation des conditions de vie en milieu rural ont provoqué un exode rural massif. D’ailleurs, 94,2% des personnes infectées viennent de la province de Kinshasa. « Pour le moment la stratégie est de faire le maximum pour ralentir la propagation du virus dans la ville de Kinshasa et dans le reste du pays. Il faut aussi surveiller, de manière très stricte les cas et leurs contacts dans la capitale, et dans les provinces déjà touchées », explique Sophie.

Pour contenir l’épidémie, le chef d’Etat Félix Tshisekedi, a mis en place de nombreuses mesures. Les dispositions ont été prises à tous les niveaux : les établissements scolaires fermés, les rassemblements de plus de 20 personnes prohibés, le port du masque de protection conseillé (malgré les pénuries), la fermeture des magasins non essentiels, et enfin, l’accès limité aux ports et les aéroports, uniquement réservés à des fins commerciales. Toutes les frontières sont fermées et dernièrement, Kinshasa est restée isolée du reste du pays. A défaut de ne pas voir de tests, toute personne suspecte est investiguée. Si elle représente un risque, elle se voit placer en quatorzaine avec un suivi régulier. « Personnellement, j’ai trouvé le système de surveillance épidémiologique très bien organisé. Il y a un rapport hebdomadaire de surveillance des maladies en RDC qui est présenté au ministère de la Santé. Les acteurs ont été formés pour définir le cas suspect d’une maladie. Le délai d’apparition d’un cas suspect [de la rougeole, choléra, Ebola, variole, poliomyélite, ou covid-19] et la notification aux autorités sanitaires du pays est sensiblement raccourci. » 

Martin Fayulu, quant à lui, critique avec virulence la gestion de la crise sanitaire dans son pays. « L’état de délabrement avancé de notre pays, l’insécurité à l’Est (du pays), l’absence de leadership et la faillite de nos institutions accentuent les difficultés que nous avons à faire face à la menace du Covid-19. » Une jeune femme de 24 ans vivant dans la commune de Bandal à Kinshasa, émet de nombreux doutes et s’interroge, elle aussi au sujet de la gestion de la crise. « Ils ont essayé de recopier le modèle de l’Europe. Cependant, en France, le gouvernement soutient les ménages avec des aides. Alors qu’en RDC, rien de cela existe. Les gens vivent au jour le jour. Certains vendent des mouchoirs pour survivre. Le confinement est impossible pour nous. Sans ressources, on ne peut pas se nourrir. »

La République Démocratique du Congo se trouve à la 217ème place du classement mondial avec un Indice de Développement Humain (IDH) de 0,459. Cet indice prend en compte l’espérance de vie, l’accès à l’éducation et le PIB par habitant. L’Inform Global Risk Index (Index de Risque Global), initiative conjointe des Nations unies et de la Commission européenne, a identifié la RDC comme un pays « à très haut risque » face à l’épidémie. Et pour cause, les conflits et épidémies qui se sont succédés ont plongé le pays dans une grande pauvreté. Selon les dernières prévisions de la Banque mondiale, le taux d’extrême pauvreté serait d’environ 73 % en 2018 en RDC. « La plupart des pays figurant sur cette liste sont déjà en situation de crise humanitaire et d’insécurité alimentaire. Ajoutez à cela la pandémie de Coronavirus et ce ne sont pas seulement les systèmes de santé qui ne pourront pas faire face, mais l’ensemble des infrastructures et services de base », alerte Sally Austin, directrice des opérations d’urgence de l’ONG CARE.

Depuis janvier 2019, sévit actuellement en RDC la plus importante épidémie de rougeole au monde. L’épidémie a déjà touché plus de 310 000 personnes et fait plus de 6 000 morts. Par ailleurs, 3 400 personnes ont été infectées par Ebola et près de 2 200 sont décédées. La virologue Sophie, se veut optimiste : « Les épidémies d’Ebola ont permis à l’état de bien se préparer à la situation d’urgence sanitaire. Toutes les mesures qui ont été mises en place, et améliorées selon l’évolution des anciennes épidémies, sont aujourd’hui utilisées et adaptées pour gérer la pandémie actuelle de COVID-19. » 

1)Le nom a été modifié
2) 5 832 médecins et 93 326 infirmières ou sages-femmes sont dispatchés en République Démocratique du Congo
3)212 337 médecins et 745 485 infirmières ou sages-femmes au total en France

+ posts
+ posts

Etudiante en journalisme, je recherche un stage de 3 mois dans une rédaction de presse française.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici