© Charles Deluvio

Donald Trump a annoncé la suspension de sa participation au budget de l’OMS. Selon le président américain, l’organisation a commis « trop d’erreurs » et n’est pas « fiable » dans sa gestion de la pandémie du Covid-19. Certains y voient une façon pour Donald Trump de se déresponsabiliser.

« Ce n’est pas moi, ce sont les autres. » Cette phrase aurait pu être prononcée par Donald Trump mardi 14 avril. Le président américain a en effet décidé de geler les cotisations que le pays verse à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pour lui, « si l’OMS avait fait son travail et envoyé des experts médicaux en Chine pour étudier objectivement la situation sur le terrain, l’épidémie aurait pu être contenue à sa source avec très peu de morts. » Donald Trump a ajouté que pour l’OMS : « La Chine a toujours raison. » Cette annonce intervient dans un contexte où le président est mis en cause dans la mauvaise gestion de la crise sanitaire. Pour certains observateurs, Donald Trump pointe du doigt l’OMS et la Chine, déjà critiqués sur la scène internationale, afin de masquer ses propres erreurs.

Tout commence le 24 janvier 2020. La Chine confine une grande partie de la région de Hubei, épicentre de l’épidémie. Le président américain félicite alors son homologue chinois : « La Chine a travaillé très dur pour contenir le coronavirus. Les Etats-Unis apprécient grandement ses efforts et sa transparence. Tout fonctionnera bien », écrit-il sur Twitter. Pourtant déjà à ce moment-là, la rumeur a enflé et certains médecins de la République populaire signalent dès décembre des cas de pneumonies atypiques. Ils sont arrêtés par les autorités chinoises. Selon Le Monde, l’OMS avait déjà eu vent de ces rapports.

Un soutien à la Chine pas indéfectible, le 31 janvier Donald Trump prend la décision d’interdire aux avions en provenance de Chine et des autres pays les plus touchés par le virus d’atterrir sur le sol américain. En réaction à cette décision, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS lui adresse une brimade : « C’est le moment de la solidarité, pas de la stigmatisation », en ciblant la fermeture des frontières américaines. 

Presque 3 mois après l’apparition du virus en Chine, Donald Trump continue de parler de « virus chinois » comme s’il avait une nationalité. L’épidémie a pourtant tracé sa route sur cinq continents. Le président tarde à prendre de réelles mesures. Après l’Europe, les Etats-Unis deviennent l’épicentre de l’épidémie devant la Chine et l’Italie avec plus de 70 000 personnes contaminées dont un tiers à New York à la fin du mois de mars. 

Donald Trump, sous le feu des critiques, préfère ne pas se remettre en question et accuse l’OMS dans une diatribe publiée sur Twitter le 7 avril : « L’OMS reçoit d’énormes sommes d’argent des Etats-Unis, estime-il. Et ils ont en fait critiqué mon interdiction de voyager au moment où je l’ai faite. Et ils avaient tort. Ils se sont trompés sur beaucoup de choses. Ils avaient beaucoup d’informations tôt et ils semblent être très centrés sur la Chine. » Une semaine plus tard, la sanction tombe : le président américain gèle les cotisations américaines à l’OMS.

Trump et Tedros Adhanom Ghebreyesus fortement critiqués

Donald Trump de plus en plus critiqué sur sa mauvaise gestion du « virus chinois », trouve un bouc émissaire : l’OMS. C’est l’avis de Richard N. Haass, ancien président du Comité des affaires étrangères du Sénat des États-Unis : « L’OMS est une agence défectueuse, constate-il sur Twitter, seulement parce que les grandes puissances, y compris les Etats-Unis, permettent qu’il en soit ainsi. Ses échecs n’expliquent pas nos propres mauvaises performances. »

Le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus n’est cependant pas en reste. Il est mis en cause pour avoir fermé les yeux sur la censure de la Chine. On lui reproche aussi d’avoir tardé à déclencher l’urgence sanitaire et d’avoir vanté « la réactivité » du gouvernement chinois. Cette réaction molle a « donné le signal que l’épidémie n’était peut-être pas aussi grave », selon Joe Amon, professeur en santé mondiale à l’Université de Drexel eux Etats-Unis, interrogé par l’AFP. Pour l’instant la décision est une suspension mais si les Etats-Unis, qui fournissent 17% du budget, quittent définitivement l’organisation, l’avenir de l’OMS est plus que jamais incertain.

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