Source: Gouvernement.fr

35% de personnes ayant été confinées en Chine au mois de février souffrent aujourd’hui d’une forme de détresse psychologique. Anxiété, dépression, ou comportements compulsifs: Le confinement n’est pas sans risque sur la santé psychologique des populations.

Sur près de 50 000 habitants, répartis dans 36 provinces de la Chine confinée, plus d’un tiers ont constaté les conséquences psychologiques de deux mois d’enfermement. Ces chiffres, tirés de la revue « General psychiatry », témoignent de la réalité des effets psychologiques du confinement. Ceux-ci  sont d’ailleurs corrélés à la durée et l’intensité de l’isolement.

« The Lancet », revue médicale britannique, a également présenté le travail d’un groupe de chercheurs sur ce même sujet. Le bilan de l’étude, qui compare la crise du covid-19 à d’autres épidémies, est sans appel: un confinement de plus de dix jours augmente significativement les risques de stress post-traumatique parmi les populations concernées. 

Source: Enquête COCONEL, 31mars – 2 avril 2020. Le diagramme reflète le pourcentage de personnes à ressentir des signes de détresse à cause au confinement, selon leur sexe et leur âge.

Marie Barbou, docteur en psychologie spécialisée dans le stress post-traumatique, estime que l’exposition à un tel choc dépend « des ressources de chacun et du fonctionnement psychologique de la personne ». Par exemple, « les personnes fragiles, avec des traitements en cours, peuvent connaître de véritables symptômes anxieux, mais les personnes déjà isolées ressentent moins l’effet de contraste lié au confinement ».

Elle confirme toutefois que le risque de stress post-traumatique existe car il est « rare, à l’âge adulte, de n’avoir vécu aucune situation difficile, sans qu’en résulte forcément un traumatisme ». Une situation que le confinement vient raviver, créant une faille émotionnelle propice au développement d’une anxiété qui peut perdurer après le retour à la vie normale. 

Santé publique France rappelle ainsi que, si le stress post-traumatique ne peut être caractérisé qu’après un délai d’un mois suivant le traumatisme, ses effets peuvent durer jusqu’à plusieurs années.

Des effets psychologiques immédiats

« The Lancet » caractérise également divers symptômes psychologiques instantanés, tels que les troubles de l’humeur, du sommeil, ou la confusion. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre de renom, rappelle cependant au magazine « L’Obs » que le confinement « n’a pas les mêmes conséquences pour tous, selon les facteurs de protection psychique qui ont pu être acquis » ou non.

Olivier Coldefy, expert en psychologie et en criminologie auprès du ministère de la Justice,  confirme que c’est « l’isolement, lié à un sentiment d’insécurité contextuel, qui peut réactiver des souvenirs anciens et donc questionner la réalité de l’acquisition d’une stabilité » chez les personnes sensibles.

Cette analyse est partagée par l’étude de « The Lancet », qui constate que les jeunes entre 16 et 24 ans, les personnes les moins diplômées, ou les femmes, sont plus exposées aux effets négatifs du confinement sur leur santé mentale. 

Ces effets sont également particulièrement dangereux dans la sphère intrafamiliale. L’enfermement y augmente le risque de violences en renvoyant « au cadre tristement classique du déroulement des violences conjugales et familiales: un huis clos et  une impossibilité, physique ou psychique, de faire intervenir un tiers », explique Olivier Coldefy.

Il analyse également plusieurs données pouvant aggraver ce risque comme « la consommation d’alcool, la rupture avec l’extérieur, ou le laisser aller dans l’enfermement ».

La nécessité d’un accompagnement psychologique

Le gouvernement et les associations ont mis en place diverses lignes téléphoniques d’aide psychologique. Les auteurs de violences conjugales, leurs victimes, les enfants victimes de violences familiales, ou les personnes isolées, peuvent ainsi bénéficier d’une assistance téléphonique.

Olivier Coldefy considère néanmoins que cet accompagnement devra se poursuivre après le déconfinement. Un suivi qui devrait selon lui bénéficier d’un « soutien médiatique afin d’encourager les personnes affectées par le vécu du confinement à se saisir de cette opportunité ».

Source: Twitter. Les experts en psychologie relaient les outils de soutien pour les personnes en situation de détresse ou d’isolement.

Marie Barbou partage cet avis. Alors qu’elle poursuit ses consultations par téléphone, elle constate que si ses patients « ne présentent pas forcément de symptômes, ils ont tous ressenti une agitation et une tentative de reprise de contrôle sur la situation ». 

Une fois le confinement levé, nombre de personnes pourraient connaître un « comportement maniaque », basé sur la fausse impression que « cette liberté retrouvée, leur accorde tous les possibles ». Or, « le retour à la normale ne sera qu’une illusion », le gouvernement ayant rappelé qu’il sera progressif.

Dès lors, les effets psychologiques du confinement peuvent être inquiétants, alors que celui-ci vient d’être prolongé de quatre semaines supplémentaires.

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Étudiante en journalisme à l'ISCPA, je m'intéresse particulièrement aux affaires politiques et internationales. Je suis active sur Twitter (@AngelaLebreton) et LinkedIn (Angela Lebreton).

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