Selon la Réserve Fédérale américaine, le pire de la crise économique reste à venir / Wikimedia Commons

Alors que la contraction de l’activité économique américaine causée par le confinement est toujours plus forte, la Réserve fédérale (Fed) vient de livrer un rapport alarmiste. Les principales banques américaines, au cœur du système, ne sont pas épargnées, et se provisionnent pour résister à la crise.

Dans son Livre Beige publié ce mercredi (étude sur l’état de l’économie réalisée auprès des entreprises), la Fed tire la sonnette d’alarme. Après des semaines de ralentissement de l’économie qui ont vu le chômage exploser aux Etats-Unis (16,7 millions de demandeurs d’allocations supplémentaires), les économistes prévoient une récession pour 2020 et la Fed estime que « le pire reste à venir. » La Réserve fédérale se prépare aux temps durs, quelques semaines après avoir annoncé 2 300 milliards de dollars de prêts aux entreprises, et accordé un répit aux banques en abaissant ses taux d’intérêts et en rachetant les bons du Trésor américain qui pesaient sur elles (ndlr : les bons du trésor sont des emprunts émis par l’Etat fédéral auprès des banques privées).

L’impact de la crise sur les banques s’annonce plus violent que prévu. Profitant du marché actuel très volatile, certaines banques comme Goldman Sachs ont enregistré de très bons résultats dans le trading. Mais au niveau de la gestion d’actifs, toutes subissent de lourdes pertes (868 millions de dollars pour Goldman Sachs). Et les difficultés des ménages couplées à l’explosion du chômage laissent craindre des défauts de paiement de crédits, omniprésents dans l’économie étasunienne.

Provisionner pour prévenir

Bilal Chennoune, journaliste au Magazine des Affaires, tient à le rappeler : « L’économie américaine marche par crédits, les américains utilisent majoritairement des cartes de crédits et doivent rembourser leurs dépenses a posteriori. » Outre le credit score affecté aux détenteurs d’une carte de crédit, notation qui évalue leur viabilité financière, ce système implique que l’activité de certaines banques repose en grande partie sur les crédits à la consommation, à l’instar de JP Morgan et de Citigroup. Face à la conjoncture, Bank of America a accordé à ses clients un report de leurs mensualités de prêts pouvant aller jusqu’à trois mois. Mais la situation n’est pas viable sur le long terme.  Rappelons que la consommation des ménages représente 70 % du PIB du pays.

Anticipant l’effondrement à long terme, les banques se provisionnent. JP Morgan, première banque américaine en termes d’actifs, a annoncé 8,3 milliards de dollars de provisions, après une chute de 69% de son bénéfice au premier semestre. Bank of America, moins exposée aux cartes de crédits, a provisionné 4,8 milliards de dollars, pendant que Citigroup a vu son profit plonger de 46,6% après une provision de 7 milliards de dollars. Mieux vaut prévenir que guérir. « Quand la bulle a éclaté en 2008, les banques n’ont pas pu financer leurs besoins et ont dû être sauvées parce qu’elles avaient refusé de faire des provisions, aujourd’hui elles sont plus prudentes, notamment vis-à-vis de l’opinion publique », estime Bilal Chennoune.

Tension générale

Contrairement à la crise des subprimes qui a mené à l’éclatement de la bulle spéculative immobilière en 2008, la crise actuelle se généralise à l’ensemble des places bancaires. Bilal Chennoune l’explique : « En 2008, un ou deux acteurs énormes ont sombré et ont collatéralement emmené les autres, malgré leur bonne santé financière. Aujourd’hui, tout le monde est sous tension et si un acteur sombre, cela peut être catastrophique. »

De concert, neuf grandes banques étasuniennes (Bank of America, Bank of New York Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Morgan Stanley, State Street et Wells Fargo) ont annoncé ce dimanche la suspension de leurs programmes de rachat d’actions jusqu’en juillet. Par la suspension de ces procédés, qui consistent à racheter ses propres actions en circulation, donc à investir sur sa propre capitalisation pour augmenter la valeur de ses actions et en gonfler artificiellement les prix, les banques comptent conserver des fonds propres pour leurs clients et leurs provisions.

Alors qu’au pays de l’oncle Sam, les pertes humaines liées au Covid-19 s’élèvent désormais à plus de 30 000 morts, les risques et la crise économiques restent encore difficilement évaluables sur le long terme. Les banques, elles, naviguent à vue.

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Titulaire d'une Licence de Science Politique et actuellement en seconde année de Master journalisme à l'ISCPA Paris.
Journaliste chez LMedia - EcoReseau Business depuis mars 2019.

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