Les publications scientifiques posent questions. © ip-watch

Le monde scientifique est aujourd’hui concentré autour d’un débat portant sur les recherches concernant un traitement de lutte contre le Covid-19. Une bataille qui se joue principalement en coulisses, dans les différentes revues scientifiques mondialement reconnues. Mais sont-elles fiables ?

Le système des publications scientifiques cache parfois de fortes collusions avec l’industrie. Les scientifiques publient en premier lieu pour être reconnus par leurs pairs et accéder à des postes prestigieux dans les plus grandes universités et laboratoires. Ainsi, les enjeux liés à la publication d’un article peuvent être considérables. Le « Google Scholar Citations » est le site de référencement des publications scientifiques, organisé par chercheur et par année. Cet outil devient ainsi le CV public de chaque scientifique. Il s’agit principalement d’articles très longs, souvent supérieurs à 10 pages, censés refléter la réalité de leurs travaux.

Ces publications ne sont pas lues par les recruteurs, et c’est ici que le bât blesse. Ce travail est soumis à des relecteurs, spécialistes du domaine scientifique, afin de contrôler la qualité de la publication. Les personnes qui conduisent ces relectures n’ont, le plus souvent, pas accès à l’ensemble des données ni aux méthodes de tri des données. Ces dernières ne sont pas publiées, et surtout par manque de temps. Le « peer review », ou « relecture par les pairs », ne vérifie que la cohérence méthodologique globale de l’étude elle-même alors que le diable, comme chacun sait, se cache dans les détails. Par exemple, en théorie, un article ne peut être soumis que dans une seule revue. Dans la pratique, étant donné le délai de publication souvent très long, et les bénéfices qu’il en ressort, les mêmes publications -à peine modifiées- sont finalement publiées dans différentes revues.

Pour ce qui est du financement, la publicité n’est pas au menu. Il est préférable pour ces revues scientifiques de rester discrètes tant les bénéfices peuvent être impressionnants. En 2014, l’une des plus grandes maisons d’édition scientifique du monde, Elsevier Mason, n’engrange pas moins de 7 milliards d’euros. Ces dernières sont financées par les puissants groupes pharmaceutiques qui sous-traitent leurs études cliniques à des chercheurs gracieusement payés par le biais de différents moyens. Elle finance notamment les études visant à mettre au point des médicaments ou des vaccins, mais également les formations du personnel médical et des étudiants en médecine.

Quand il y a un doute, il n’y a plus de doute

Pour Vincent Verschoore, spécialiste de la communication scientifique, il est légitime de se poser des questions « dès lors que les études sont de petite taille, quand les échantillons sont petits, quand il y a un plus grand nombre et moins de présélections des relations étudiées, quand il y a plus de flexibilité dans le design, les définitions et les méthodes d’analyse, ou encore quand il y a plus d’intérêts financiers. »

L’expert ajoute que le monde scientifique est totalement conscient de la situation, citant le Dr Marcia Angell, docteur médical et ancienne éditrice en chef du New England Medical Journal, journal médical réputé : « Il est simplement devenu impossible de croire en grand-chose des publications en matière de recherche clinique, ou de dépendre de l’avis de médecins dignes de confiance ou de guides médicaux de référence. Je n’ai aucun plaisir à arriver à cette conclusion, atteinte lentement sur deux décennies en tant qu’éditrice du domaine scientifique. »

Ainsi, Vincent Verschoore est aujourd’hui convaincu qu’il existe « actuellement une prise de conscience, par les professionnels, de l’étendue du problème de la plausibilité des études dites scientifiques », mais regrette que ce ne soit « pas encore le cas pour le grand public ni pour les instances institutionnelles qui nous ressortent la formule ‘des études montrent que…’ pour justifier tout et n’importe quoi. »

Pour autant, ces publications scientifiques ne sont pas complètement inutiles. Les hypothèses proposées peuvent être dignes d’intérêt et certaines mériteraient d’autres recherches, plus précises et approfondies. C’est la méthodologie qui est ici remise en cause. Si elle s’avère fausse et mal menée, elle ne peut servir de fondement à d’autres actions.

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