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Face à la désorganisation de la filière laitière causée par la pandémie de Covid-19, le ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume a appelé dimanche l’Union européenne à prendre des mesures « urgentissimes » pour aider le marché laitier. 

La fermeture des marchés, des cantines collectives et des restaurants a entraîné une sous-consommation de lait. Les producteurs continuent d’en produire, mais comme le stockage est interdit par l’Union européenne et les exportations, qui représentent normalement 40% de la collecte laitière française, sont au plus bas, certains éleveurs doivent donc jeter le lait invendu. Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, a pris le problème à bras le corps. Dans l’émission dimanche en politique, il a affirmé : « Il est hors de question que l’on jette du lait […]. Je demande que l’Union européenne bouge et prenne des décisions très fortes, et je ne lâcherai pas. Lorsque je vois un éleveur jeter du lait, ça me hérisse le poil, pour le producteur parce qu’il […] ne trait pas ses vaches tous les matins, tous les soirs pour le jeter. »

Le ministre a demandé à l’Union européenne, dès le premier jour, l’autorisation de stocker du lait ainsi qu’un soutien au marché laitier. Sa demande est pour l’heure, restée sans réponse. Il faut noter que le secteur se relève à peine de la crise laitière de 2015. Les prix avaient, à l’époque, fortement chuté en raison de la fin des quotas laitiers et de la politique agricole commune. Les revenus des éleveurs avaient donc déjà subi une forte baisse. 

Les circuits courts, le remède miracle ?

Cette crise ne touche pas l’ensemble du secteur agricole de la même façon. Selon Yolande Moulem, la coordinatrice nationale de l’Association nationale des producteurs laitiers fermiers, les producteurs, qui produisent leurs laits dans leur ferme et qui les transforment directement sur leur site, sont plutôt épargnés. Elle affirme : « Il y a environ 75% de nos producteurs qui sont en vente directe. Ils sont sur des systèmes de circuit court, donc moins impactés. » Cependant, au début de la crise, les producteurs en circuit court ont été très affectés par la fermeture des marchés. Fort heureusement ces derniers ont rapidement été rouverts grâce à des dérogations préfectorales. 

La fermeture des restaurants et des établissements de restauration collective a également eu un impact. Mais il est nuancé : « Il est très rare que les producteurs aient un seul mode de commercialisation. Ils ont en souvent 2/3 : des ventes à la collectivité proche des chez eux, à la ferme, à la supérette locale… Cette pluralité a permis de limiter leurs pertes de revenus. » 

Elle déplore cependant : « Une hétérogénéité terrible dans la filière, entre ceux qui vendaient principalement aux restaurants et aux collectivités, et les autres. » 

Certains de leurs producteurs ont quand même dû faire des stocks, sans pour autant savoir s’ils seraient vendus un jour : «. Ils verront pendant l’été s’ils arrivent à les écouler. Mais si les stocks ne sont pas vendus il faudra jeter la marchandise. » Les comptes se feront « à l’automne, une fois que la saison touristique et les grands marchés d’été seront passés. »

Les craintes sont semblables pour Pascal Touste, directeur de la SICA, une « communauté́ de producteurs de lait bretons, fiers et indépendants. »

Ils travaillent aussi en circuit direct : « On ne sort pas de produits spéculatifs. On vend, on a un lien direct avec les producteurs et les consommateurs. Nous sommes quasi épargnés par cette crise, mis à part sur la crème où nous avons un problème de stock et il y a une forte spéculation des prix, donc ils diminuent. Mais le modèle de multinationale qui produit pour produire va craquer, c’est une évidence. »

Il analyse la situation française d’un œil affûté : « Le gros problème de la France, est que nous sommes excédents en lait tout ça parce que quelques industriels se mirent dans leur volonté d’être compétitifs avec des produits industriels à l’export. C’est une chimère, il faut arrêter de produire pour exporter et déséquilibrer les marchés mondiaux. »

Quant aux mesures prises par Didier Guillaume, il affirme qu’elles seront bénéfiques ponctuellement, mais qu’il faudrait une remise en question globale : « Notre modèle économique, de société marchait avant. Il y aura un après, mais pour que l’après fonctionne il faut oublier le passé. Et le problème est franco-français. Le Français aura toujours du mal à remettre le modèle économique passé en question. »

Des mesures sont prises pour valoriser les circuits courts. La chambre d’agriculture de Normandie répertorie, par exemple les invendus des producteurs et communique leurs coordonnées à de nouveaux acheteurs. 

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