Un vaccin n’est pas attendu avant le printemps 2021 © Pieter

60 essais en Chine, 49 aux Etats-Unis, 26 en France : toute la planète se lance à corps perdu dans la quête d’un vaccin contre le coronavirus. Néanmoins, il faudra prendre son mal en patience avant qu’un sérum ne voie le jour.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’a rappelé lundi : « Seul un vaccin pourra arrêter la transmission du virus », qui a fait près de 115 000 morts à travers le monde. L’horizon, à terme, reste de vacciner une proportion avoisinant 60% de la population mondiale, seuil estimé de l’immunité collective. Dans cette course effrénée au remède au Covid-19, institutions, universités, laboratoires et industriels travaillent main dans la main pour accélérer leurs recherches.

Pas une semaine ne se déroule sans l’annonce d’un nouvel essai clinique. La France en déclare actuellement 26, juste derrière la Chine (60) et les Etats-Unis (49). Parmi les innombrables essais en cours aux quatre coins du globe, le projet Discovery met particulièrement en émoi la communauté scientifique. Mené depuis le 22 mars dans sept pays européens, il doit réunir la bagatelle de 3 200 patients, dont 800 en France. Quelque 540 patients français, atteints d’une forme sévère de la maladie, ont déjà été enrôlés au sein de 25 centres hexagonaux. Sont testés quatre antiviraux : le remdésivir, le Kaletra, l’interféron bêta et l’hydroxychloroquine, ajoutée in extremis dans l’essai sous la pression médiatique. Les premiers résultats sont attendus pour fin avril.

Un autre essai clinique international regroupant les quatre mêmes molécules a également été lancé par l’OMS. Baptisé Solidarity, il englobe près de 70 pays. Le remdésivir met en ébullition la communauté scientifique. Déjà testé dans l’essai clinique fédéral américain, il a fait montre de résultats encourageants selon une étude non comparative du New England Journal of Medicine : sur 53 patients traités, près de 68% ont présenté une amélioration clinique.

Raymond Lévy, pharmacologue dans le 17e arrondissement de Paris, salue cette « coopération inédite. » Il estime que cette effervescence « est la seule manière de découvrir un vaccin dans les plus brefs délais. La compétition existe toujours il est vrai, mais elle est résiduelle. Je la qualifierais d’émulation, car l’objectif final est l’intérêt collectif. »

L’année la plus longue

Malgré une ruée tous azimuts des scientifiques vers le précieux sésame, leurs efforts risquent fort de ne pas être récompensés de sitôt. Fin mars, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a estimé qu’une période d’un an pourrait s’écouler avant qu’un vaccin ne soit disponible en quantité suffisante et mis sur le marché. Une éternité au regard d’une situation qui s’aggrave de semaine en semaine, eu égard aux chiffres alarmants relayés par les autorités américaines.

Dans l’attente de la découverte du remède, la stratégie de l’immunité collective peut-elle être raisonnablement envisagée ? Préconisée en premier lieu par le premier ministre britannique Boris Johnson au début de l’épidémie, elle se révèle à double tranchant. Le risque d’une hécatombe chez les personnes les plus fragiles n’est pas à exclure. En France, selon les dernières simulations du ministère de la Santé, le taux de contamination oscille entre 10 et 15%. Un chiffre à des années-lumière des 60% requis pour prémunir les citoyens.

Pour Raymond Lévy, l’immunité collective n’est pas un rempart infranchissable contre la maladie : « Il faut entre 21 et 28 jours pour que l’organisme, une fois malade, développe des anticorps. Une étude chinoise affirme que certains patients atteint du Covid-19 ne seraient même pas immunisés, et pourraient développer au bout de quelques jours de nouveau la pathologie, renchérit le pharmacologue. A l’heure actuelle, il est impossible d’estimer la durée d’immunité du vaccin. L’on pourrait devoir se faire vacciner tous les deux mois contre le coronavirus car notre production d’anticorps serait moindre. »

Un constat partagé dans les colonnes du Quotidien du médecin par Fréderic Tangy, chercheur au CNRS : « Il est probable que chez tous les gens qui ont été infectés, l’immunité dure 3 à 6 mois. Si elle durait moins, ce serait exceptionnel pour un virus de ce genre. » Mais l’anarchiste coronavirus de 2020 ne semble rien vouloir faire comme les autres.

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Etudiant en journalisme à l'ISCPA, je suis à la recherche d'un stage de trois mois au sein d'une rédaction de presse française ou espagnole.

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