Tubes de tests sérologiques en laboratoire. © Pixabay

Lors de l’allocution télévisée du Président Emmanuel Macron hier soir, il était question de la prolongation du confinement, mais aussi d’une stratégie de dépistage. Après les tests PCR, par prélèvement nasal, le gouvernement veut mettre en place les tests sérologiques. Mais à quelles conditions ?

« Nous réalisons environ entre 150 000 tests PCR par semaine », annonçait le ministre de la Santé, Olivier Véran, au micro de RTL. Il rappelle de la sorte les préconisations de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, en date du 16 mars dernier. Il recommandait une stratégie de dépistage à grande échelle : « Nous avons un message simple à tous les pays qui combattent le Covid-19 : testez. On ne peut pas stopper cette pandémie si on ne sait pas qui est infecté. »

Le gouvernement semble changer de cap en ce qui concerne les tests de dépistage : « L’objectif est d’être capable de tester aujourd’hui dans les EHPAD les publics les plus fragiles, les personnes hospitalisées, les soignants, et demain, dans tout le pays, d’être capable de tester systématiquement toutes les personnes qui présentent des symptômes et pensent être malades », indique Olivier Véran à RTL.

Le plus gros risque du test PCR est celui d’un faux négatif. Selon l’ancien ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, ce risque concerne « 30 % des tests négatifs réalisés. » Pour cette raison, à l’étude aujourd’hui, un nouveau type de test sérologique, plus sûr et qui permet ainsi d’élargir le nombre de personnes dépistées. Consistant en une simple prise de sang, le test révèle ou non la présence d’anticorps développés en réaction à la présence actuelle ou passée du virus.

Pour l’instant, le Centre de Référence National (CNR) n’a toujours pas validé la mise en place de ces tests : « Actuellement les laboratoires ont la capacité de faire 100 000 tests PCR par jour, et dès que le CNR aura validé la qualité des tests sanguins, ils pourront réaliser 2000 tests sérologiques par jour et par laboratoire. En sachant qu’il y a environ 900 laboratoires en France », explique Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France.

Il ajoute : « Est-ce que le même problème qui s’est posé pour les masques va se poser pour les tests ? Est-ce que c’est une réelle capacité, nous verrons. Mais la machine est lancée, avec retard. » Il ajoute que « cela pourrait être une stratégie de déconfinement » et insiste sur le fait que le gouvernement a tardé à mettre en place cette campagne de dépistage : « Ce qu’il fallait faire au début. »

Promesse présidentielle en demi-teinte

En dépit de la prise de conscience gouvernementale de l’importance du dépistage du virus, le président continue de réserver les tests uniquement pour les personnes malades à la sortie présumée du confinement. « Le 11 mai, nous serons en capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et les Français, cela n’aurait aucun sens. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin », a-t-il déclaré.

Pourtant, les professionnels de santé sont clairs, il faut dépister tout le monde, symptômes ou non. « D’autant plus avec une pathologie où plus de 80% des contaminés peuvent avoir des symptômes bénins voire être asymptomatiques. C’est important que toutes les personnes puissent être testées », rappelle Jean-Paul Hamon.

La guerre des chiffres est présente, même en pleine crise sanitaire. Le dépistage sérologique massif pourrait faire exploser le nombre de contaminés. Nombre bien en dessous de la réalité actuelle, au vu du faible nombre de dépistages enclenchés et de la nature-même de ce virus, pouvant passer inaperçu chez certains patients.

Le dépistage à grande échelle semble pourtant porter ses fruits, en Corée du Sud et en Allemagne, où le taux de mortalité est extrêmement bas : respectivement 0,7 % pour l’un et 0,2 % pour l’autre. Contre presque 10 % en France, selon les derniers chiffre de l’OMS. Pour Philippe Douste-Blazy : « À partir du moment où l’on sait dépister une maladie, il faut dépister au maximum. »

Une décision bienvenue du président, mais qui pose plusieurs interrogations laissées sans réponses. Quelle sera la réelle capacité des tests, comment cette stratégie de dépistage sera mise en place sur l’ensemble du territoire ?  

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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