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Le président Hassan Rohani a annoncé un déconfinement progressif. Et ce alors que le coronavirus frappe encore en Iran, le pays le plus touché du Moyen-Orient. Une décision dangereuse que le pays a été contraint de prendre.

Le 20 mars, correspond au jour de l’an persan. Dans la nuit, à une heure, une minute et une seconde, la nouvelle année commence et avec elle vient une période de treize jours durant laquelle tout s’arrête. Les commerces, banques et restaurants ferment leurs portes, afin que chacun puisse célébrer ces fêtes en famille.

Il aura fallu attendre cette période pour que le gouvernement annonce les quelques faibles mesures de restriction qui ont été mises en place, alors que des rumeurs sur un début d’épidémie dans le pays naissaient déjà en janvier. Seuls les lieux considérés comme « essentiels », soit moins de 20 % des commerces, restent ouverts et les déplacements demeurent libres à l’intérieur des régions. Les frontières sont fermées et de nombreuses recommandations sanitaires sont transmises à la population.

Une forme d’auto-confinement s’était déjà installée chez ceux qui le pouvaient, mais pour la majorité de la population, en situation économique précaire, un arrêt du travail est impossible. Un économiste iranien, qui a souhaité garder l’anonymat, prend pour exemple Snapp, une application de VTC. Elle emploie 300 000 chauffeurs et est numéro un du pays. « Avant l’épidémie, je l’utilisais presque quotidiennement, et les chauffeurs me demandaient systématiquement de les payer en liquide. Quand je leur demandais pourquoi, ils m’expliquaient qu’ils ne pouvaient pas se permettre d’attendre 24 heures, le temps que l’application leur verse la course. Ils avaient  immédiatement besoin d’argent. Imaginez leur situation, sans aucun client sur une longue durée. »

Le président Hassan Rohani a déclaré la reprise progressive des activités « à faible risque » dans l’ensemble du pays dès le 11 avril. La région de Téhéran fait exception puisqu’elle attend ce samedi 18 avril. De nombreuses craintes ont immédiatement émergé face aux risques qu’engendre l’arrêt des mesures, mais selon le chef d’Etat : « Il n’y a pas le choix. »

Le pays le plus touché par le virus au Moyen-Orient s’expose ainsi à une possible deuxième vague épidémiologique, mais le gouvernement, pense que les mesures d’arrêt ne peuvent durer. Il est coincé entre une crise sanitaire aux conséquences probablement terribles, et une crise sociale et politique dont le risque s’avérerait encore plus élevé :

 « Si l’activité économique ne reprend pas, une augmentation des violences est à prévoir et la misère qui existe déjà fera bien plus de morts que le COVID-19. On ne peut pas maintenir le confinement par ce qu’il n’y a pas d’argent magique ici », ajoute l’économiste. 

Une économie sous sanction

La porosité de l’économie iranienne résulte en partie des sanctions massives imposées par les Etats-Unis. L’animosité entre les deux nations naît le 4 novembre 1979, lorsque l’ambassade américaine à Téhéran est envahie par 400 étudiants partisans de la révolution islamique. Ils exigent l’extradition du Shah d’Iran, l’ancien chef d’Etat Mohammad Reza Pahlavi alors exilé à New-York, afin que ce dernier puisse être jugé. 52 diplomates américains sont alors pris en otage au sein de l’ambassade et utilisés comme moyens de pression.

Le président Jimmy Carter refuse totalement, et les diplomates restent enfermés 444 jours. Le récit des quelques étudiants tenant tête à la première puissance mondiale sera vécu comme une humiliation. En représailles, les sanctions économiques se multiplient. La première d’entre elles est le gel d’actifs Iraniens, d’une valeur de 12 milliards de dollars par les Etats-Unis. En 1995, un embargo sur le pétrole, dont dépend l’économie iranienne, sera décrété et plus tard durant la même année, Les mesures de restrictions se durciront avec la volonté iranienne de développer un programme nucléaire. En 2015 un accord est négocié entre l’Iran, les cinq pays du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies et l’Europe. Les sanctions économiques sont levées en échange de fortes restrictions sur l’activité nucléaire iranienne, qui est réduite à un usage exclusivement civil.

Avec cet accord, l’Iran récupère une partie de ses avoirs, gelés dans des banques internationales. Ça et la faiblesse estimée du « pire deal jamais effectué » comme l’appelle Donald Trump font que les Etats-Unis se retirent des accords en mai 2018. Ils rétablissent ainsi les sanctions dans la continuité de ce que le chercheur spécialiste de l’Iran Thierry Colville appelle une stratégie de pression maximum :

« Leur idée c’est vraiment de détruire le plus possible l’économie iranienne. Ils ont interdit à quasiment l’ensemble du monde entier de commercer avec le pays. »

L’embargo touche principalement le pétrole, qui représente 80 % des exportations nationales. Il semble assez efficace puisque le nombre quotidien de barils vendus a été divisé par dix entre début 2018 et 2020, privant ainsi l’Etat de 40% de ses recettes budgétaires. Le Fonds Monétaire International (FMI) évoque une inflation de 46%, et une baisse du produit intérieur brut de près de 10% entre 2018 et 2019. 

Une aide nécessaire

Face à ces mesures, le pays est incapable de maintenir une quarantaine, tout en aidant financièrement sa population. Pour lutter contre le virus le pays a besoin de moyens. Le président Hassan Rohani l’a bien fait comprendre en déclarant : « J’exhorte toutes les organisations internationales à assumer leurs responsabilités ». Il demande ainsi au FMI de débloquer une aide d’urgence de 5 milliards de dollars.

Une première depuis 1962, où Téhéran avait touché pour la dernière fois un prêt, avant de devenir une République islamique en 1979. Toutefois, même si l’Iran fait partie du FMI et malgré la promesse de l’institution d’aider tous ses membres dans lutte contre l’épidémie, l’aide n’est pas garantie.

En effet, l’administration Trump s’est déclarée contre cette aide et devrait vraisemblablement imposer son droit de veto. Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo a prétexté que l’Iran utiliserait toute aide économique pour développer un programme nucléaire et soutenir des milices irakiennes.

Le chercheur Thierry Coville contredit ce raisonnement, en déclarant notamment que si le pays ne peut maintenir un confinement malgré les risques pour sa population, on ne peut envisager que cet argent soit nécessaire à la gestion de la crise :  « Les Etats-Unis ne peuvent pas annoncer qu’ils s’opposent à une aide humanitaire, mais dans le cadre de leur stratégie de pression, ils ne laisseront jamais ce prêt avoir lieu. »

Le pays ne peut de plus pas importer de matériel médical, bien que les embargos américains n’impactent officiellement pas les échanges de médicaments ou de ressources humanitaires. 

En juin 2014, BNP Paribas a été sanctionnée par les Etats-Unis, en partie à cause du financement de transactions avec l’Iran. Pour ne pas se voir retirer leur licence américaine, qui autorise un établissement bancaire à échanger avec le pays, le groupe a été contraint de s’acquitter de la somme de neuf milliards de dollars. Une punition qui se montre suffisante pour dissuader les banques de financer des aides vers le pays. Confrontés à de tels risques il est plus simple de cesser toutes transactions. 

L’organisme INSTEX a été développé comme une alternative par la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il veut contourner les interdictions américaines en organisant des échanges sous forme de troc.

Fondé en janvier 2019, il aura fallu attendre plus d’un an pour qu’une première transaction ait lieu, il y a deux semaines. Des ressources médicales ont été envoyée au pays persan, et bien qu’une poursuite de ces échanges soit à souhaiter l’Europe s’illustre encore une fois par sa lenteur.

Les mesures américaines, ont détruit peu à peu l’économie iranienne, et aggravent aujourd’hui la crise sanitaire que traverse le pays en le coupant de toute aide. Une situation qui promet de perdurer comme le déclare Thierry Coville : « L’Iran souffre et la crise se poursuivra au moins jusqu’aux prochaines élections américaines… »

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Etudiant en deuxième année de journalisme à l'ISCPA je suis à la recherche d'un stage d'une période de trois mois en presse écrite.

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