L'économie du secteur événementiel touché de plein fouet par la crise sanitaire © Alice Gondonneau

C’est un coup dur pour les festivals et le milieu de la nuit. Emmanuel Macron l’a annoncé, leurs portes devront rester closes jusqu’au début de l’été. En attendant une date butoir du gouvernement sur la réouverture de ces lieux festifs, les assurances se font discrètes et semblent ne pas prêter une grande attention sur la détresse de ses clients du secteur de l’événementiel.

Le président de la République a annoncé lundi 13 avril l’annulation des festivals jusqu’à la mi-juillet, tout comme la fermeture des bars et des clubs. Un « plan spécifique » sera mis en place dans les prochains jours par le gouvernement pour aider financièrement le secteur de la culture et de l’événementiel. Pour préciser cette mesure, le ministre de la Culture, Franck Riester, a annoncé la création d’une « cellule d’accompagnement des festivals de 2020. » Un début de réponse encore vague qui refroidit une partie des organisateurs de festivals et de professionnels de la nuit.

Les Solidays, les Eurockéennes de Belfort, le festival d’Avignon … L’annulation de ces rassemblements musicaux a provoqué une inquiétude et une amertume de la part des festivaliers, surtout sur la question des remboursements des billets : « Nous essayons de voir avec les différents acteurs du festival, quelles possibilités vont être proposées aux détenteurs de billets pour la suite des évènements », explique Faustine Vasse, directrice de production de l’association Owidel pour le festival Bobital. 

Les frais déjà engagés par ces manifestations culturelles posent également problème car les risques financiers sont bien réels. Les contrats passés avec les artistes, les techniciens, l’équipe des festivals et les différents partenaires seront à revoir, voire annulés. « Cette année blanche va être compliquée pour notre association, car notre festival est notre seule activité économique. Avec cet évènement nous pouvons payer notre salaire et financer d’autres projets sur l’année », conclut Faustine Vasse. Egalement sur le banc de touche : les artistes, car une partie de leurs revenus proviennent de ces rassemblements estivaux.

Il y a aussi un brouillard stagnant sur les manifestations culturelles qui doivent avoir lieux après mi-juillet, comme les Vieilles Charrues pour le 16 juillet.  Les organisateurs ne savent toujours pas s’ils doivent prendre des mesures dès maintenant pour éviter d’organiser un évènement fantôme. Certains festivals ont quant à eux décidé de reporter leurs dates. De plus, il n’y a aucune certitude que les artistes internationaux soient disponibles pour cette nouvelle édition, à cause de la fermeture des frontières. À titre comparatif, des pays comme le Canada et le Danemark ont déjà pris des mesures d’annulation de ces rassemblements pour toute la période estivale.

Le manquement des assurances

Depuis l’arrivée du Covid-19, les assureurs sont plus que réticents à dédommager les pertes financières des secteurs événementiels. La fédération française des assurances (FFA) a fait valoir que « les assureurs couvrent des risques et pas des crises systémiques. » Un argument qui laisse perplexe, car selon une enquête menée en interne par l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie, 98% de leurs adhérents n’ont reçu aucune compensation de leur part pour le dédommagement de leurs pertes financières. « Il y a un manquement des compagnies d’assurances, précise Rémi Calmon, directeur exécutif du syndicat national des milieux festifs Sneg&co. En l’occurrence, nous sommes sur le registre de la perte d’exploitation, sauf que dans le Code des assurances, on ne prend en compte que les états de catastrophes naturels et technologiques, et non pas ceux de catastrophe sanitaire. »

Pourtant, le directeur général de la FFA, Jean-Laurent Granier, a stipulé qu’un fonds de solidarité de 200 millions d’euros a été débloqué pour les petites entreprises et les indépendants. Cette mesure budgétaire est vivement critiquée par l’ensemble des syndicats de l’événementiel, car le montant établi n’est pas en adéquation avec les pertes encourues actuellement. « La FFA a exprimé le fait que couvrir la perte d’exploitation au regard du premier mois de confinement créait un dommage aux alentours de 50 à 60 milliards d’euros. Les 200 millions proposés ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan », déplore Rémi Calmon. De plus, le Sneg&co exige que le ministère de l’Economie mette une pression sur les assurances afin qu’elles puissent remplir a minima leur rôle sur les pertes d’exploitation. Malgré une situation inédite et des mesures sanitaires à ne pas négliger, dans l’histoire, l’événementiel et la culture se retrouvent à la place du grand sacrifié. 

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