Une chaîne d'assemblage de l'usine Ford de Kansas City (USA) - Ford Motor Co

Alors qu’un début de déconfinement est officiellement envisagé pour le 11 mai, la question du travail supplémentaire est déjà instillé dans le débat public.

C’est le MEDEF qui, par la voix de son président Geoffroy Roux de Bézieux, lance le premier pavé dans la mare. « Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire », affirme le président du syndicat patronal dans les colonnes du Figaro.

Rapidement, cette injonction est reprise par plusieurs élus de droite, mais aussi dans le gouvernement par Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Ballottée dans les sondages depuis le début de la crise, chaque intervention du président est attentivement écoutée. Hier soir, le discours était toujours à l’héroïsation du personnel soignant, auquel il est promis une revalorisation du travail, mais en fond, l’avertissement de la crise économique à venir présage déjà de l’austérité à venir. « Tout sauf licencier » avertit la ministre du travail, Muriel Pénicaud.

Hier : « Travaillez, mais ne prenez plus votre voiture »
Aujourd’hui : « Restez chez vous, mais allez travailler »

Depuis le mois dernier, toutes les chaînes de production automobiles sont à l’arrêt. Celles qui, comme Valeo, ont d’abord tenté de garder leurs usines en fonctionnement ont fini par les stopper avec la chute de commandes. « Nous avons pris la décision de redémarrer notre production en deux équipes de façon progressive à compter du 21 avril, convaincus que les mesures sanitaires mises en place nous permettront de nous remettre en ordre de marche avec nos trois équipes le plus rapidement possible. » C’est par l’intermédiaire d’un communiqué adressé à ses salariés que l’usine Toyota de Valenciennes entre dans la danse. Dès la semaine prochaine, 2 000 des 4 500 salariés devraient reprendre le travail. Un discours contradictoire se dessine : « jusqu’au 11 mai restez, chez vous » affirme le président, mais « reprenez le travail dès la semaine prochaine » répondent les employeurs et les représentants du patronat.

Pour les salariés de l’usine Toyota, la question ne se pose pas. « On s’oppose à la réouverture du site [avant la fin du confinement], les bagnoles, ce n’est pas une priorité. » affirme Daniel Raquet délégué CGT. « Quand vous travaillez à 1 500 ouvriers en même temps avec une production de 380 véhicules par jour, c’est quasiment impossible de respecter la distanciation requise. (…) C’est mettre en danger les salariés et leurs familles. Toyota nous propose des masques pour se protéger. Cependant, ils ne devraient pas être distribués à des ouvriers automobiles, mais plutôt au personnel soignant et tous ceux qui sont en première ligne aujourd’hui et qui en manquent. »

Derrière les discours, une politique en pointillée

Le 1er avril, 500 soignants du CHU d’Anger signaient une lettre ouverte adressée au ministre de la Santé Olivier Véran, pour dénoncer ce manque de moyens de protection. Catherine Rochard, signataire, est secrétaire générale départementale de FO-Santé « [En relançant des usines automobiles] on multiplie le risque de contamination et ça se répercute sur les services de réanimation. L’intérêt du confinement, c’est justement de préserver le système hospitalier qui n’est plus en capacité de répondre au besoin. Il n’y a pas deux poids, deux mesures, on ne peut dire ‘on confine, mais en même temps, on laisse des usines produire des voitures’ »

Autre inquiétude : l’utilisation de décret pour offrir aux entreprises « la possibilité [dans les secteurs jugés nécessaires à la sécurité de la Nation et à la continuité de la vie économique et sociale] de déroger à la durée légale de travail, qu’elle soit quotidienne ou hebdomadaire. (…) Cette mesure fait partie des premières qui vont permettre de faire payer aux salariés la crise actuelle. » Le souvenir de la crise de 2008 n’est pas loin pour les salariés et ne laisse pas de doute sur l’issue du déconfinement : la croissance doit repartir, même s’il faut laisser du monde derrière.

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