Crédit : Emer Iglesias de Pixabay

La capitale du Sénégal tourne au ralenti depuis maintenant plus d’un mois. Beaucoup d’entreprises et de commerces ont fermé quand le gouvernement a décrété l’état d’urgence. Les Dakarois sont toutefois encore nombreux dans les rues même si l’épidémie de coronavirus commence à faire peur.

« L’heure est grave », a annoncé le président Macky Sall, le 23 mars dernier. Au Sénégal, l’état d’urgence a été décrété depuis maintenant trois semaines afin de limiter au maximum la propagation du coronavirus. Le pays a fermé ses frontières et a mis en place des mesures drastiques auxquelles les Sénégalais doivent désormais s’habituer. « Le gouvernement a décrété un couvre-feu, c’est-à-dire qu’entre 20h et 6h du matin, personne n’a le droit de sortir, par contre la journée, les gens vaquent à leurs occupations », explique Baba. Restaurateur à Dakar, il raconte aussi qu’à cause de l’interdiction de se rassembler, de nombreux lieux ont fermé : « Restaurants, hôtels, boîtes de nuit, plus personne ne reçoit de clients (…) ça concerne aussi les mariages, les baptêmes, tout est annulé (…) même les mosquées sont fermées, les gens prient chez eux. » 

Partout à la télé, à la radio, dans les rues, une communication a été mise en place afin de sensibiliser les Sénégalais. « Ils ont impliqué des artistes comme Youssou N’Dour, des lutteurs pour être sûr de toucher un maximum de personnes », raconte Sidy. D’après ce jeune Dakarois, tout le monde sait maintenant ce qu’est le coronavirus, et les quels sont les gestes barrières à adopter.

« Les gens ne se sentaient pas concernés »

Cependant, Dakar peine à respecter les nouvelles règles qu’on lui impose. Au début, « les gens ne se sentaient pas concernés », dit Sidy. Avec seulement 299 cas, le Sénégal s’est senti relativement épargné par l’épidémie. « On n’a pas pris au sérieux ce virus (…) on a eu la grippe et le paludisme, on a déjà pris de l’hydrochloroquine, alors dans nos têtes, on se pensait immunisé », déclare Baba.

Pour contraindre les populations à respecter les mesures, les forces de l’ordre ont été déployées dans les rues de Dakar. Durant les premiers jours du couvre-feu, des policiers ont toutefois usé de moyens discutables sous prétexte de lutter contre l’épidémie. « Au début, les gens sortaient sans raison valable, alors les policiers les punissaient en leur faisant faire des flexions ou répéter ‘à 20h je dois être chez moi’, ils te maltraitent un peu », décrit Baba. A Dakar, de nombreuses vidéos sont relayées sur les réseaux sociaux, où l’on voit des policiers donner des coups de matraques à des passants ou des automobilistes. Des pratiques normalement interdites et dénoncées par de nombreuses associations, même si maintenant, « tout est rentré dans l’ordre ».

Le couvre-feu ne peut de toute façon pas être respecté par tous. Malgré un réel dynamisme économique, la pauvreté et l’exclusion persistent au Sénégal. Ainsi à Dakar, « une bonne partie de la population vit du travail informel », explique Sidy. Une affirmation confirmée par Baba : « Beaucoup vivent au jour le jour, chaque matin, le chef de famille doit sortir pour aller régler des affaires pour que sa famille puisse manger. » Artisans ou commerçants ambulants… beaucoup sont obligés de se lever pour aller gagner de l’argent. Des milliers d’enfants et de jeunes sont aussi à la rue, vivant de mendicité et de petits larcins. Dans certains quartiers à l’image de Pikine, le respect du confinement est aussi difficile. Surpopulation, pauvreté, insalubrité, manque de transports, ou encore chômage rendent la périphérie de Dakar explosive et relègue le coronavirus au second plan.

Les Sénégalais commencent toutefois à mesurer la gravité de la crise et l’ambiance change : « on regarde bien ce qui se passe à l’étranger », affirme Baba. Une petite psychose commence même à s’installer car « les gens commencent à avoir peur (…) on répète que pour que l’instant, on gère les malades, mais quand ça va dégénérer, on ne pourra plus faire face ». La prise de conscience s’est surtout faite quand Pape Diouf, l’ancien président de l’Olympique de Marseille, est mort à Dakar. Tous ont compris que personne n’était à l’abri du virus.

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