Nora BERRA, Secrétaire d’Etat chargée des Aînés, en visite dans un Ephad en 2010 © Flickr

Les personnes âgées vont-elles rester confinées jusqu’en 2021 ? C’est la solution évoquée par Ursula von der Leyen la présidente de la Commission européenne. Les associations tirent cependant la sonnette d’alarme sur l’effet dévastateur qu’aurait un confinement prolongé sur les seniors.

Les personnes âgées devront rester confinées plus longtemps que le reste des Français. C’est le président de la République qui l’a confirmé hier dans son allocution : « Je demande aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, […] de rester, même après le 11 mai, confinées. » Pour l’instant, il ne va pas aussi loin que la présidente de la Commission européenne, qui affirmait dans les colonnes du journal allemand Bild espérer qu’un vaccin voit le jour d’ici « la fin de l’année », avant d’ajouter : « Je sais que c’est difficile et que l’isolement pèse, mais c’est une question de vie ou de mort. […] Sans vaccin, il faut limiter autant que possible les contacts des seniors. » 

La réticence des professionnels 

Les associations de personnes âgées ainsi que les professionnels des Ehpad sont vents debout contre cette proposition. Claudette Brialix, la présidente de la fédération nationale des associations et amies des personnes âgées et de leurs familles assure : « C’est une méconnaissance totale des personnes âgées. On ne peut pas les forcer à cette quasi-incarcération. Il faut voir au niveau humain ce qu’une telle mesure représente. » Les conséquences risquent d’être graves, aussi bien sur le plan psychologique que physique. La présidente de FNAPAEF évoque la « discrimination » constante des personnes âgées avant d’ajouter : « Les laisser confiner va générer d’autres pathologies : Pour qu’une personne âgée vive, il faut qu’elle soit stimulée et qu’elle ait de l’affection. Sans cela, elle va perdre l’appétit et l’issue est malheureusement certaine. » 

Selon elle, d’autres solutions sont envisageables comme la mise en place de visite pour les résidents : « Pas plus de deux personnes par famille, afin d’apporter le soutien moral suffisant pour que la souffrance qui est la leur, ne les emporte pas complètement. »

Madame Brialix souhaite également que les personnes âgées responsables aient leur mot à dire et « qu’elles puissent choisir ou non, de prendre des risques assumés ».

Elle dénonce le fait que le gouvernement n’ait pas pris de décision en concertation avec les associations ou bien les familles : « Nous n’avons jamais été consultés. Les choix ne peuvent se faire sans discussions, que ce soit à l’échelle locale et nationale, de façon à ce que les difficultés remontent au sommet de l’Etat. »

L’avis est partagé par Maryse Gautier Leghlid, présidente de L’Association de solidarité Familles et Amis des Personnes accueillies dans les Ehpad de la ville de Paris : « Le confinement prolongé des personnes âgées va engendrer d’énormes problèmes comme des dépressions, des suicides… Cette situation sera tellement angoissante qu’elle ne sera plus maîtrisable, au covid succéderont tous ces problèmes vitaux. Il n’est t pas possible de séparer les personnes âgées de leurs familles pendant des mois, on va avoir énormément de décès indirect en raison du confinement. » Pour la présidente de l’association, il faudrait des dépistages « massifs et réitérés car un seul dépistage par personne n’est pas suffisant au vu du délai d’incubation ». Quant à la question du manque de test, elle ajoute : « Je pense que nous avons les capacités pour faire les tests il suffit juste de mettre l’argent là où il faut. »

Corinne Gligorijevic, secrétaire médicale et responsable des admissions à l’Ehpad Diane Benvenuti de Montreuil porte le même message : « Dans notre Ehpad comme dans les autres, un déconfinement en décembre serait inenvisageable. Je ne suis pas médecin mais certains résidents ne le supporteraient pas, cela reviendrait même à les achever. Pour l’instant, il faudrait attendre de voir comment la situation évolue, et pourquoi pas, autoriser plus tard certaines visites familiales. Mais on ne peut pas les confiner jusqu’en décembre, ce serait de la folie ! » 

En Suède, où pourtant, les règles de confinement n’ont toujours pas été décrétées, les personnes âgées sont elles aussi soumises à cette même règle : le gouvernement suédois a interdit l’accès aux maisons de retraite. 

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