En 2019, 49 % des volumes de poissons pêchés en France proviennent d'exploitations durables contre 15 % il y a 20 ans, selon lIFREMER.

La réduction du trafic maritime pendant la crise du Covid-19 a généré la pensée d’un éventuel repeuplement de la biodiversité aquatique. Alors que le secteur pêche encaisse difficilement cette « période creuse », la vie sous-marine connaît une accalmie temporaire.

Les professions inhérentes à la pêche souffrent depuis le début du confinement d’un déficit budgétaire conséquent, en France. Les pertes économiques ne relèvent pas seulement de la vente de poissons, mais également d’une baisse drastique des ventes de matériels de pêche. Le bilan est encore difficile à dresser pour Gérard Peroddi, président de la Fédération française des pêcheurs en mer (FFPM) : « Nous pourrons faire le bilan l’année prochaine en rapprochant les deux périodes 2019-2020 et, là, nous nous rendrons compte de l’impact sur l’activité économique de notre corporation. »

Pour le moment, les poissons à disposition sur les marchés proviennent essentiellement de l’aquaculture, mais la pêche professionnelle conserve une activité, bien que fortement réduite, nécessaire à la survie de la profession. Face à l’effondrement de la demande, en partie causé par la fermeture des restaurants, le secteur de la pêche connaît une chute radicale des prix. Les consommateurs hésitent également à acheter du poisson frais, malgré les affirmations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), précisant que les produits de la pêche ne présentaient aucun risque de transmission du Covid-19.

En guise de soutien financier, les Fonds européens pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) ont revu « à la hausse la part prise en charge par l’Union européenne (passage de 50 % à 75 %) et rendant le mécanisme rétroactif au 1er février », précise le Comité national des pêches dans un compte-rendu des mesures de l’Union européenne dévoilées le 2 avril. Le FEAMP est prêt à s’engager « jusqu’au 31 décembre en cas de besoin. »

Selon un rapport de l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) de 2019, 23 % de la population aquatique serait surpêchées. Court-on le risque d’assister à une reprise intensive de la pêche à la sortie de la crise du Covid-19 ? Gérard Peroddi a rappelé l’existence de quotas régissant les captures, notamment celles relatives aux thons rouges et aux bars : « Concernant notre activité, qui est dirigée à 75 % vers le thon rouge, des quotas sont à respecter. S’il y a des débordements, ils seront très vite réglés. » Mais le président de la FFPM s’inquiète d’autant plus de la durée de la crise qu’il craint de voir s’étendre sur l’année. « Quand est-ce que nous pourrons repêcher et, surtout, de quelle façon allons-nous pouvoir repêcher ? »

Une aubaine pour la biodiversité aquatique ?

Pour Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, un « repeuplement » reste un bien grand mot. Si la durée du confinement peut paraître long pour certaines activités, elle se révèle « bien trop courte pour permettre un repeuplement ». La présence des baleines ou des dauphins près des côtes ne suggère qu’une absence de « pressions » liée au trafic maritime. « Ils sont un peu plus proches, un peu plus visibles, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’ils sont plus nombreux. » De plus, l’idée illusoire d’un repeuplement crée le risque, à la sortie du confinement, de « rattraper le retard qui a été pris ».

« A ce stade, il est de toute façon très difficile de mesurer l’impact sur la vie marine en termes de reproduction. » La présidente de Sea Shepherd France ne constate qu’une difficulté à écouler les stocks de poissons pêchés, ce qui « n’incite pas forcément les pêcheurs à sortir ». 

Cependant, l’intérêt de ce confinement serait de montrer que « le poisson n’est pas si vital ». Lamya Essemlali met en lumière la surconsommation de poisson qui entraîne la haute fréquence des mers. Sans pour autant dénigrer l’impact conséquent de la pollution, elle soutient que « la première menace qui pèse sur les océans, c’est la pêche » en lançant l’alerte sur la distinction entre pêche artisanale et industrielle. « Le navire-usine, c’est flagrant, c’est monstrueux », mais le surnombre de « petits bateaux de 12 mètres » n’est pas à ignorer. Dans le Golfe de Gascogne ou en Méditerranée, ils sont « des centaines » à arpenter les côtes. La Méditerranée est, par ailleurs, la mer « la plus surpêchée au monde et la plus polluée ». 

Des illusions dangereuses

92 % des bateaux pêchant en Méditerranée font moins de 12 mètres. « Ils ont pillé la Méditerranée », s’insurge la présidente de l’organisation. « C’est la pêche locale qui l’a détruite. » Elle s’explique en dénonçant les méthodes de pêche, notamment les moins responsables et respectueuses de la biodiversité marine qui relèverait de « l’écrasante majorité », par exemple étendre un filet sur des dizaines de kilomètres par jour, provoquant la capture de dauphins. « Pêche locale ne veut pas dire pêche sélective ou pêche durable. » La pêche sélective, c’est une pêche moindre et non mécanisée. 

La définition même de la pêche artisanale se retrouve largement controversée. Lamya Essemlali dénonce les chalutiers mécanisés dont la pêche est considérée comme artisanale. « Quand vous avez des treuils, des moteurs en surcapacité, des dizaines de kilomètres de filet dans la mer, ça n’a rien d’artisanal. » Des filets favorisant la capture accidentelle d’espèces protégées et interdites à la pêche ciblée, comme le requin. « Et, après, on les retrouve sur les étals des poissonneries » puisqu’il est impossible de savoir s’il a été remonté vivant ou non. Dans le dernier cas, la vente est légale.

Tous les pêcheurs ne sont toutefois pas dans le même bateau : « Il y a ceux qui sont dans le déni, qui ne pensent qu’au commerce et il y a ceux qui n’ont seulement pas la vision globale, qui ne se rendent pas compte. On a une vision de la pêche qui est complètement biaisée. » Les poissons sont finalement perçus par la plupart comme « une production ». Les adeptes d’une pêche plus sélective ne représentent que 2 % des pêcheurs en France. Lamya Essemlali déplore l’absence de surveillance des mers malgré les nombreuses règles et le manque de sanctions. Elle espère que la crise engendrera une prise de conscience collective afin de se diriger vers une pêche bien plus raisonnée.

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Etudiante en deuxième année de journalisme, je suis à la recherche d'un stage de trois mois dans une rédaction de presse.

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