Le Rivotril autorisé en injectable depuis le 28 mars. © Pixabay

Le 28 mars, un décret autorisant l’utilisation du Rivotril, sédatif utilisé pour les soins palliatifs, a insurgé une partie de la population et de la classe politique, protestant contre une potentielle légalisation de l’euthanasie. Pourtant, ce médicament n’est pas plus dangereux qu’un autre sédatif, mais pose la question de la pénurie de médicaments.

« L’idée que cela légalise l’euthanasie est une ineptie », explique le Docteur Bernard Devalois, directeur du Centre de Recherche Bientraitance et fin de vie de Bordeaux.

Pour Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, cette décision vient « d’une pénurie du Midazolam, médicament le plus souple utilisé pour les soins palliatifs. Les gens ont pris ce décret pour de l’euthanasie mais il y a des personnes très âgées à qui nous ne pouvons pas imposer une assistance respiratoire. » Pourtant, il existe d’autres sédatifs comme « le Valium, plus facile à utiliser, rappelle le docteur Hamon. Nous nous demandons pourquoi le Rivotril est mis en avant. » L’incompréhension des médecins face à cette décision ne cesse depuis le début de la crise : « Je prône depuis 3 semaines un autre produit que le Rivotril, qui est un produit de troisième intention », insiste Bernard Devalois.

Il précise que ces personnes fragiles ne sont pas « réanimatoires, qu’elles n’auraient pas bénéfices à être réanimées. » Selon les données de terrain, il explique que « la mortalité chez ces personnes, de plus de 80 ans, est de 80% si on leur fait subir une réanimation. Si on leur administre un traitement purement symptomatique, le taux de mortalité est inférieur à 30% ».

Entre acharnement thérapeutique et tentation d’achèvement

« Mettre une assistance respiratoire à ces patients, c’est un acharnement thérapeutique », avertit le Dr Hamon. En termes de pronostic vital, la décision de faire une réanimation équivaut à « leur laisser moins de chance de mourir dignement, estime le Dr Devalois. Il est plus judicieux de leur administrer un traitement symptomatique. La réanimation n’est pas la seule solution pour ces personnes pluri-pathologiques ».

Le réel risque selon lui est le désespoir que peuvent rencontrer les soignants dans les établissements où ces soins sont obligatoires mais non garantis comme les EHPADS : « Sans aucun accès à des soins de soulagement, j’ai peur qu’il y ait recours à des agissements de tentations d’euthanasie. Face à quelqu’un qui souffre, si nous n’avons aucun moyen de le soulager, nous risquons d’avoir des soignants qui décident de prendre un oreiller. La tentation d’achever quelqu’un ne peut se poser dans une société civilisée comme la nôtre, cela me paraît anormal de ne pas avoir de stock suffisant », s’insurge Bernard Devalois. 

Une pénurie de médicament qui entraîne un mésusage 

La pénurie de médicaments que connaît la France actuellement a des conséquences pour les patients. Et pour les personnels hospitaliers et autres soignants qui se retrouvent souvent à devoir manipuler des molécules qu’ils n’ont pas l’habitude d’utiliser. « Il aurait mieux valu donner aux médecins non formés des produits simples comme le Midazolam et laisser des produits complexes aux médecins réanimateurs qui ont l’habitude de ce genre de traitement », explique le Docteur Devalois.

Il déplore que « tous les moyens soient mis en place pour sauver la vie » au détriment de « l’accompagnement et les soins palliatifs des gens condamnés ». Pour lui, « le fait de faire en sorte qu’une personne meure dignement est tout aussi important que d’empêcher de mourir ceux qui peuvent l’être ».

Les polémiques émergeantes de cette crise sont liées à un défaut de communication et à un manque cruel de moyens. Ces deux médecins ne comprennent pas comment une telle décision a pu être prise. Bernard Devalois considère que « ce décret est une mauvaise réponse à une bonne question. » Il ajoute se questionner sur la légitimité de cette décision. 

Jean-Paul Hamon dénonce une incompétence politique qui donne pour résultat ce genre de décision : « Il faudrait qu’il y ait des médecins dans les ministères parce que l’incompétence est terrible. C’est infernal, parce que soit on passe notre temps au Ministère pour les renseigner soit on arrête de travailler », alors que les médecins de son syndicat sont tous en exercice.

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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