Ehpad situé à La Charité-sur-Loire (Nièvre)

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, l’interdiction des visites extérieures, la fin d’activités communes et surtout l’isolement en chambre ont été annoncées au sein des EHPAD pour limiter la propagation du virus. L’épidémie touche particulièrement les personnes âgées, la gestion de ces établissements est donc au centre des attentions.

La question est épineuse et aurait émergé trop lentement, trop tardivement dans le débat public au fur et à mesure que les chiffres des morts ont été diffusés. Sous couvert d’anonymat, le maire LREM d’une ville moyenne avoue : « C’est plus simple d’envoyer rapidement des masques dans les hôpitaux que dans les 7400 Ehpad sur tout le territoire. » L’élu estime que le gouvernement n’a pas fait preuve de la transparence nécessaire dans ces périodes : « Il y a des questions à se poser, au début on parlait des décès dans les hôpitaux mais jamais ceux dans les maisons de retraite. On commence seulement à en parler depuis quelques jours, il n’y a aucune considération, on oublie nos anciens ». Cela pose des questions éthiques, morales et soulève des tabous sur l’accompagnement des personnes âgées.

Éric Ciotti (député LR Alpes-Maritimes), estime qu’il faut faire front contre le gouvernement dans sa gestion de la crise. L’élu se dit « choqué et en colère face au refus d’hospitaliser des personnes atteintes dans les Ehpad », faisant référence aux différentes polémiques concernant la non-prise en charge de patients trop âgés par le Samu. Il regrette également une mise en place désordonnée des tests de masse : « Ce n’est toujours pas fait de façon systématique », et pour cause puisque le premier dépistage massif sera mis en place dans le département du Haut-Rhin à partir du mardi 14 avril.

La crise a démultiplié les difficultés d’un secteur en tension permanente depuis des années. Afin d’illustrer les maux déjà existants, pensons aux grèves de 2018 alors apparues pour dénoncer le manque de personnel et des conditions de travail indignes. Des revendications alors balayées à l’époque, mais pourtant, les personnels d’EHPAD, les aides-soignants pour la grande majorité, restent totalement impliqués. Dans certains EHPAD, le personnel a décidé de se confiner avec les pensionnaires pour ne pas risquer d’importer le virus de l’extérieur. Tous estiment qu’il n’y a pas assez de monde en temps normal, alors aujourd’hui… Les équipes souffrent d’autant plus au sein de structures non adaptées pour faire face à une telle crise.

Un personnel toujours mobilisé

En première ligne face à l’épidémie de coronavirus depuis plusieurs semaines, le personnel soignant au sein des EHPAD tire la sonnette d’alarme. Mélanie Salles, jeune infirmière en poste depuis 2 ans au sein de l’EHPAD La Bastide, situé en Haute-Garonne est inquiète quant à l’évolution de la situation : « Démunie, impuissante », c’est le ressenti de cette jeune infirmière de la région toulousaine. Des mots forts certes, mais qui ne font pas douter : « On ne doit pas perdre la face pour que les résidents soient les plus sereins possible. » Des résidents désormais « seuls, abandonnés, incompris. Certains estiment avoir assez vécu et préféreraient risquer d’avoir le coronavirus afin de voir leurs proches. On a le sentiment qu’ils demandent à finir leurs jours dignement. »

Une situation difficile à vivre quotidiennement, d’autant plus que l’organisation de travail a été chamboulée, « surtout à cause du confinement en chambre. » La panique est aussi présente lorsque des résidents rentrent à l’EHPAD après avoir été hospitalisés : « ils sont évidemment confinés comme les autres mais nous devons mettre la tenue complète comme s’il s’agissait d’une personne positive, en l’absence de tests pour les cas asymptomatiques », précise Mélanie.
Les consignes sont aujourd’hui claires pour tous les employés, à défaut d’être rassurantes : « En ce qui me concerne, les consignes sont : port de masque obligatoire tout au long de la journée. Dès l’entrée dans l’EHPAD, nous prenons notre température, mettons notre masque et nous nous lavons les mains, même fonctionnement à la sortie. Il est également essentiel de se laver les mains évidemment tout au long de la journée », explique l’infirmière.

Des tests mais …

Le gouvernement a annoncé lundi qu’une campagne de dépistage massif serait lancée progressivement dans les EHPAD dans le but de « regrouper les cas positifs au sein de secteurs dédiés dans ces établissements pour éviter la contamination des autres résidents », particulièrement vulnérables face au Covid-19. Ce dépistage, « systématique dès qu’il y a un cas authentifié, sera progressivement déployé sur le territoire, en lien avec les collectivités territoriales, en premier lieu les départements, qui feront appel à la réserve sanitaire pour faire des prélèvements », a détaillé mardi le ministre de la santé Olivier Véran à l’Assemblée nationale.

De son côté, le Professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, plaide pour qu’on dépiste « la totalité des gens dans les EHPAD sans attendre le premier cas » car « la moitié de ceux qui sont infectés ne présentent pas de signes. » A noter qu’à ce jour, les établissements ne peuvent tester que les trois premières personnes suspectées de Covid-19. Sur ce point, Mélanie est dans l’attente : « Je trouverai ça bien mais encore faut-il avoir des tests. Pour ma part j’ai 7 tests pour 80 résidents. Ne sont testées que les personnes symptomatiques. » Elle fait également part de sa crainte quant à la réalisation de ces tests, très complexes à manipuler sur certains patients : « Comment enfoncer un coton tige au fond du nez d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer sans la traumatiser ? »

Des établissements bientôt dépourvus

Des interrogations légitimes en cette période inédite pour une infirmière qui se sent néanmoins soutenue par sa hiérarchie : « Tout le monde met la main à la patte pour le bien-être des résidents, de la DRH à la secrétaire. » Tout en soulignant que l’établissement dans lequel elle travaille fait partie d’un groupe. L’accès à plus de moyens, financiers et humains est ainsi facilité. En effet : « Les infirmières des centres qui ont fermé à cause de la crise actuelle sont maintenant disponibles pour venir nous aider. » Un soutien qu’elle reçoit donc de sa direction mais pas du gouvernement, qui, dans sa gestion des stocks n’est pas à la hauteur.

Le manque de moyens commence fortement à se faire ressentir : « Depuis une semaine, les gants doivent être utilisés vraiment quand il est impossible de faire autrement car il existe une potentielle rupture de stock. » Comme dans de nombreux établissements, la soignante redoute de ne pas avoir accès à toutes les protections nécessaires : « Concernant les surblouses pour les personnes suspicieuses, même si elles sont jetables on les réutilise parce qu’on nous en donne au compte-goutte. » Ces pénuries de masques ou autres surblouses de protection sont extrêmement inquiétantes à ce stade de la crise, étant donné que les pouvoirs publics ont lancé les grandes manœuvres il y a déjà quelques semaines.

Malheureusement, les établissements, en dépit de la bonne volonté et de l’abnégation du personnel soignant, n’arriveront certainement pas à gérer une telle crise sans disposer de réels moyens financiers, mais surtout humains.

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