Crédit : Karsten Bergmann de Pixabay

Dans les rues d’Hambourg, le calme règne, alors qu’à quelques pas, sur les rives du fleuve, les Hambourgeois rient deux par deux. L’épidémie est sur toute les lèvres même si le confinement se fait presque oublier.

Sur les rives du Dove Elbe, il n’est pas rare de croiser un sportif ou un promeneur. Flânant sur les chemins, certains prennent même le temps de pique-niquer. Après une journée passée au soleil, Pierre, Hambourgeois depuis 7 ans, regagne son chez lui. Seuls quelques kilomètres séparent la ville de ces prairies. Mais entre les deux, le paradoxe est grand : « D’un côté, j’ai passé la journée dehors, le long du fleuve, où j’ai croisé beaucoup de monde (…) de l’autre, pour rentrer, j’ai traversé le centre-ville, je suis passé par Hammer Landstraße, un des axes majeurs de la ville, qui était complètement désert », raconte Pierre.

Cet expatrié vit au nord-est de la ville, dans l’historique quartier juif de Grindel. Mais en ce moment, les rues sont calmes. Entre les villas de style Tudor et les manoirs d’avant-guerre, les quelques cafés traditionnels trouvent porte close, comme la synagogue Hohe Weide ou les musées des sciences de l’université d’Hambourg qui présentent d’ordinaire une jolie collection de pierres précieuses, de minéraux et de squelettes. A l’image de ce quartier, toute la ville d’Hambourg semble figée. Du quartier rouge, où les Beatles sont déjà passés, au grand quartier des entrepôts, « l’épidémie a métamorphosé la ville très rapidement en ville fantôme ». 

Toutefois en Allemagne, le confinement peut prendre différentes formes selon les landers. La Bavière par exemple a tout de suite adopté le modèle français alors que la ville-état d’Hambourg a préféré un confinement plus souple. « Les autorités ont souhaité faire confiance aux habitants et leur laisser leur autonomie », affirme Pierre. Au final, selon lui, « c‘est un confinement social plus qu’un confinement physique », puisque tout est fermé :  « Rien ne m’empêche d’aller me balader mais je ne peux rien faire. » 

Un confinement plutôt souple mais sensiblement respecté par les Hambourgeois : « Il y a une vraie prise de conscience », confirme Pierre. D’autant que peu de recommandations ont été mises en place : le respect d’1.50 mètre de distance et l’interdiction d’être plus de deux. 

Une campagne de dépistage massif 

L’Allemagne n’a pas adopté un confinement strict, pourtant, elle compte nettement moins de morts du Covid-19 qu’en France ou en Italie. Le pays est fortement touché par l’épidémie avec actuellement 127 854 personnes infectées, mais il compte en revanche un taux de mortalité de 1 %. Selon Pierre, c’est en raison de « la préparation du système hospitalier allemand avant la crise. On a nettement plus de lit ou d’hôpitaux par habitant qu’en France (…) c’est aussi grâce au dépistage massif, dès qu’on a un doute, on fait un test et les personnes positives sont strictement confinées (…) les autres restent en liberté. »

Alors que 12.000 tests sont pratiqués en France, en Allemagne, c’est six à sept fois plus, avec un total de 500.000 tests par semaine. Très tôt, dès la fin du mois de janvier, une campagne de dépistage massif a été menée afin d’anticiper le nombre de malades. L’idée étant de tester à grande échelle toutes personnes suspectées d’être infectées ainsi que leurs proches. 

De plus, en Allemagne, ce sont les médecins de ville qui pratiquent les analyses biologiques (prises de sang ou analyses d’urine). Il est donc plus facile de se faire dépister. Le pays a aussi de l’avance sur l’analyse des échantillons. Alors qu’il y a dans le monde seulement 900 machines destinées au traitement des tubes, l’Allemagne en possède une centaine. Dépister va donc plus vite et le pays compte même accélérer la cadence avec la création de nouveaux tests, plus efficaces. Un nouveau processus qui à terme, devrait permettre au pays de réaliser 200 000 tests par jour.

Le pays dispose aussi d’un système hospitalier plus à même d’accueillir les malades : l’Allemagne comptait à l’origine plus de 25 000 lits en réanimation et a augmenté sa capacité à 40 000 lits désormais. Pour l’instant, les hôpitaux sont loin d’être pleins.

Le port d’Hambourg dans la tempête

Face à la crise, l’activité économique diminue partout : Pierre qui travaille dans l’aéronautique, est en télétravail depuis plus d’un mois maintenant car « l’activité baisse ». Il a aussi pu constater que « les échanges dans le port sont ralentis même s’il y a toujours quelques bateaux car ça reste une porte d’entrée pour les marchandises dans le nord de l’Europe ».

Hambourg, troisième port européen, risque donc d’être touché de plein fouet par la crise économique résultant de la pandémie. Alors que le port connaît une hausse de son trafic (ferroviaire et maritime), sa forte amitié commerciale avec la Chine pourrait lui coûter cher.

Theo Notteboom, professeur en économie et gestion portuaire et maritime à l’Université de Shanghai, a tenté d’évaluer le degré de vulnérabilité des ports européens à la crise liée au coronavirus. Selon lui, les scénarios sont mauvais : les ports allemands (dont Hambourg) sont parmi les plus concernés par la déstabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales. Entre les usines désertées, les vols d’avions-cargos annulés et les escales de bateaux ajournées par la plupart des grandes compagnies, c’est le fonctionnement de toute l’industrie mondiale qui est perturbé. A Hambourg, pour atténuer les effets de la pandémie, les compagnies commencent déjà à revoir leur calendrier, à l’instar de THE Alliance qui a diminué ses traversées, en réponse à la baisse de la demande du marché due à la propagation du virus.

Mais pour le directeur général adjoint d’Hafen Hamburg Marketing (HHM), l’association qui représente la place portuaire : « Il est impossible d’être précis concernant les répercussions du coronavirus sur les volumes échangés avec la Chine. » 

L’Allemagne n’est pas prête de relâcher ses efforts contre le coronavirus, « Ça doit faire 5 ou 6 semaines maintenant mais on ne sait pas quand ça va s’arrêter », affirme Pierre. Le pays envisage toutefois la levée progressive des restrictions, sans doute d’ici le 19 avril prochain.

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