Un jardiniste arrose des plantes © Joe Zlomek

Depuis une semaine, le terme d’autosuffisance est omniprésent dans la presse. Cette idée, très présente dans les milieux de l’extrême gauche mais aussi de l’extrême droite n’est toutefois pas nouvelle. Elle traduit cependant la crainte de nombreux citoyens de subir une pénurie sur les biens primordiaux.

Depuis quelques semaines, le mot est sur toutes lèvres. Autosuffisance des médicaments, de l’énergie, de matériel médical ou encore alimentaire. Pas plus tard qu’hier dans le Figaro, Michel Roth, le ministre allemand des affaires étrangères évoquait « l’autosuffisance sanitaire pour l’Europe. » Au Québec, la crise du Covid-19 a relancé le débat sur l’autosuffisance alimentaire. L’Italie, quant à elle, rêve d’une autosuffisance de masques qu’elle peine à mettre sur pied.

Emmanuel Macron a aussi évoqué le sujet lors de la visite d’une usine de masque le 31 mars : « Il nous faut aussi, et à mes yeux aujourd’hui avant toute chose, produire davantage en France, sur notre sol. Produire parce que cette crise nous enseigne que sur certains biens, certains produits, certains matériaux, le caractère stratégique impose d’avoir une souveraineté européenne. »

Le thème est cher aux écologistes, aux altermondialistes, aux militants de la décroissance mais aussi à certaines doctrines protectionnistes. L’autosuffisance fait donc désormais partie du lexique de sortie de crise. La raison peut s’énoncer en un seul mot : dépendance. Qu’elle soit alimentaire, énergétique ou médicale, elle s’accorde mal avec la sortie de crise qui risque de pousser les pays à se replier sur eux-mêmes.

L’autosuffisance n’est pourtant pas un mot qui est souvent associé aux politiques néolibérales en vogue avant le Covid-19. Alain Frachon, éditorialiste au Monde, explique que les idées de la gauche reviennent au premier plan : « Les ‘règles’ changent. On étudie des politiques jusque-là considérées comme suicidaires – un endettement public hors limites – ou farfelues – le revenu minimum universel – ou encore passéistes – la recherche d’une certaine autosuffisance dans les domaines de la santé et de l’agroalimentaire. »

Pour Bernard Fevry, conseiller du président de la société d’encouragement pour l’industrie nationale, la recherche de l’autosuffisance alimentaire est indéniable : « Les grandes tendances liées à l’évolution des modes de consommation alimentaire que l’on observait déjà depuis quelques temps se sont accélérées, confie-t-il à LSA hier. Les choix de consommation prennent aussi une dimension citoyenne : on consomme local afin de soutenir les producteurs locaux, on redécouvre ainsi la qualité des produits fermiers, les produits de saison, l’avantage des circuits courts. »

L’alimentation, l’autosuffisance contre un changement de mode de vie ?

Selon les chiffres de l’INSEE, en 2016 la France a importé environ 40% de sa consommation en denrées alimentaires, en boissons et en production à base de tabac. D’après France Info, il s’agirait concrètement de 20% de l’alimentation des français. Le magazine Society a publié hier un sondage qui montre que 58% de Français désirent consommer plus local et 28% cultiver eux-mêmes leurs propres fruits et légumes.

Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Économie et des finances, a d’ailleurs autorisé « la vente des semences et de plants potagers considérés comme un achat de première nécessité » depuis le 1 avril. Selon un jardiniste de la région de Nantes, les jardineries sont prises d’assaut depuis cette annonce : « Plus personne n’arrive à faire face aux commandes, tout le monde veut planter des légumes. C’est vrai que c’est aussi la saison et les gens profitent d’avoir le temps », explique le professionnel qui ouvre son magasin selon un « arrangement presque légal. »

A l’échelon le plus extrême de l’autosuffisance, certains n’ont pas attendu le Covid-19 pour produire leur nourriture eux-mêmes. C’est le cas de Greg Lamy, qui vit en autosuffisance depuis 5 ans avec sa femme. Cet enseignant pour adultes a décidé de racheter une ruine dans l’Allier, afin d’élever une trentaine d’animaux, de s’occuper d’un verger et d’un potager. Le couple est aidé ponctuellement par des volontaires contre de la nourriture.

Pour lui, la crise actuelle de l’autosuffisance ne se conçoit que comme une décision personnelle, et non comme une politique publique : « On connaît les limites du capitalisme, pour nous l’autosuffisance c’est retrouver une raison de vivre, le goût des choses, affirme-t-il. Je crois en la démocratie et je suis pour l’éducation, c’est pour ça que je parle aux médias. Avant, on nous prenait pour des fous et des marginaux mais maintenant on a de plus en plus de gens qui nous contactent parce que c’est la mode. Mais il faut comprendre que pour être insensible à des crises comme le Covid-19, il faut tout changer. »

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