Le quartier de Trastevere depuis le Tibre - Crédit : DenisdeVillers de Pixabay

Plus personne n’ose franchir le Rubicon. Comme le reste de l’Italie depuis plusieurs semaines, Rome est en quarantaine. Habituellement bouillonnante, la ville Eternelle semble aujourd’hui abandonnée. Les touristes ont déserté les lieux, les Romains, eux, sont tutti a casa.

Le silence règne de l’autre côté du Tibre. Trastevere, quartier bouillonnant à l’ouest du vieux Rome, est désormais désert depuis plusieurs semaines maintenant. Seules les cloches de la Basilique Santa Maria mesurent le temps. Aujourd’hui, sur la piazza Santa Maria, plus personne ne vient s’assoir sur les marches de la fontaine. Marine vit dans ce « quartier historique et animé (…) c’est assez bizarre, voir triste, de le voir vide ». Les ruelles sinueuses et sombres cachent des maisons ocres aux façades décrépies, du linge suspendus aux fenêtres, des balcons chargés de lierre et des pavés irréguliers au sol. Un labyrinthe au charme pittoresque plus sinistre que charmant désormais.

Le très touristique Trastevere, avec ses nombreux magasins, bars et restaurants, a retrouvé son calme. « Au début, c’était déprimant, mais maintenant je m’y suis fait et j’apprécie », explique Marine. Dans le grand appartement qu’elle partage avec 5 colocataires, elle ne se sent pas vraiment à l’étroit, surtout grâce « à la terrasse sur le toit ». Au début par contre, « ça a été difficile à accepter (…) avec le recul, j’ai un peu l’impression d’être passée par quelques étapes du deuil, du déni en passant par la colère puis l’acceptation », s’amuse t-elle. Pour s’occuper, la jeune femme s’est mise à la cuisine : « Je fais mon pain, mon houmous, des gâteaux (…) j’espère pouvoir continuer à cuisiner quand tout reviendra normal. »

Pour passer le temps, certains préfèrent la musique : « il y a quelques semaines un habitant a sorti les platines et a mis la musique à fond », dit Marine. Mais les Romains n’ont pas le cœur à la fête car « le pays va se remettre difficilement de cette crise (…) beaucoup de gens travaillent dans le tourisme, un secteur qui sera mis à mal pendant des mois », affirme Marine. Le Colisée, les musées, les forums, depuis début mars, tout est fermé. Les hôtels, les restaurants et les cafés ont suivit 10 jours plus tard. Les touristes ont fuit depuis que la ville a été placée sous couvre-feu. Désormais, seuls les magasins d’alimentation et de santé sont ouverts.

Au Nord du quartier, au Vatican, la Basilique Saint-Pierre a elle aussi fermée ses portes. A quelques jours du dimanche de Pâques, il y a normalement des milliers de pèlerins amassés place Saint Pierre. Mais cette année, il n’y aura personne. La semaine dernière, le Pape a d’ailleurs présidé une messe sur le parvis désert de la basilique. Un office au ton grave, où le souverain pontife exhortait le monde a revoir ses priorités et à renouer avec la foi face à « la tempête » épidémique. La pluie résonnait alors sur les pavés d’une place nue.

Des mesures drastiques

Dans une Italie sous cloche, de nombreuses interdictions ont été mises en place. A Rome, ce sont près de trois millions de personnes qui se retrouvent enfermés dans leur ville. La population n’est pas autorisée à sortir de chez elle, sauf pour aller travailler, faire ses courses ou se soigner. « J‘essaye d’optimiser mes déplacements au supermarché », explique Marine qui s’organise différemment désormais : « Je me prévois des recettes sur la semaine, c’est plus facile pour gérer son stock. » Dans les supermarchés, il est devenu obligatoire de porter des gants à usage unique, il faut respecter une distance de sécurité d’au moins un mètre dans les files d’attentes et il est demandé de faire ses courses deux fois par semaine maximum.

Il est probable que le port du masque devienne obligatoire dans la capitale, comme c’est déjà le cas dans le nord de l’Italie. Une habitude de toute façon déjà prise par beaucoup. Marine « en porte un à chaque fois (…) comme la majorité des gens ».

Pour s’assurer du respect des règles, les forces de l’ordre arpentent les rues. Des contrôles « assez fréquents », selon Marine qui poursuit en expliquant que « comme en France, il faut avoir sa déclaration lors de chaque déplacement (…) si on l’oublie, il est possible de la faire lors du contrôle ». Si le déplacement est injustifié, « on peut être sanctionné et payer une amende », rajoute t-elle. Une sanction qui peut aller jusqu’à 206 euros et trois mois de détention.

Les Romains suivent toutefois les règles avec beaucoup de discipline, malgré l’arrivée des beaux jours. Chaque soir, ils attendent les bilans des services de santé. Malgré des chiffres rassurants, il « serait irresponsable de tout ré-ouvrir maintenant », d’après Marine. Hier, il était question que le confinement se termine le 13 avril, aujourd’hui, le premier ministre Giuseppe Conte a annoncé son prolongement jusqu’au 3 mai. La meilleure solution selon lui :« Restons distants aujourd’hui pour nous embrasser demain. »

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