Une ferme laitière. Crédit : Pixabay

L’industrie agroalimentaire, sévèrement touchée par la crise sanitaire, doit faire face à une demande constante. Après la pandémie et les mesures de confinement, les producteurs redoutent une crise écologique.

Marguerite est maintenant au chômage technique. Apprentie fromagère dans une usine laitière du Puy-de-Dôme, elle touche 100% de son salaire durant le confinement. Pour s’occuper, elle confectionne chez elle un Saint-Nectaire, « pour continuer son apprentissage et ne pas perdre la main ». 

Le magasin de son usine est fermé mais un système de drive avec des commandes en ligne est mis en place : « L’usine doit rester ouverte pour transformer le lait, sinon nous pénaliserions tous nos producteurs de lait en arrêtant notre activité, et donc nos collectes ».

Des mesures d’hygiène sont mises en place pour protéger les 50 à 60 salariés de l’équipe : « Quand ils arrivent à l’usine, on leur donne un masque et une paire de gants par personne pour la journée. On avait une pénurie de masques au début mais comme les équipes sont réduites on s’y retrouve ». Le vrai problème c’est la distanciation sociale : elle est impossible à respecter quand il s’agit de porter un plateau de fromages de 60 kg.

« La crise actuelle est moins dangereuse pour l’industrie du lait qu’une crise climatique par exemple. Les gens continueront de consommer du fromage et des produits laitiers, donc l’activité reviendra à la normale. Par contre, le prix du lait va chuter drastiquement après la crise, ce qui est le plus inquiétant pour l’avenir », confesse Marguerite.

Des petits producteurs en difficulté

Les petits producteurs seront les plus défavorisés puisque les aides de l’État sont proportionnelles à la grandeur du terrain et du cheptel. Les plus grosses fermes reçoivent donc des aides plus importantes. Il restera encore les charges à payer et la nourriture pour les bêtes — en sachant que la FNSEA récupère 45% des bénéfices d’un producteur.

Mais c’est aussi la qualité du lait qui est en jeu. Comme l’explique Marguerite : « La nourriture que l’on donne aux bêtes a un impact sur sa qualité. Si les producteurs achètent des aliments de moins bonne qualité, alors elle va baisser. Or, si la qualité du lait baisse, les revenus des producteurs vont chuter aussi. Un producteur peut vendre son lait 250€ les mille litres comme 380€ dans la même usine, dépendamment de la qualité du produit. »

Le prix du lait va encore chuter puisqu’il est devenu très compliqué de le collecter et de le transformer. « On continue notre collecte auprès d’une trentaine de producteurs AOP du Puy-de-Dôme, mais on suspend notre collecte auprès de Sodiaal », explique Marguerite. De sorte que son usine n’a pas à gaspiller du lait en le jetant aux égouts « comme peuvent le faire certaines laiteries dans le Cantal et l’Aveyron ».

À cause de la faible activité des usines laitières, une pénurie des produits laitiers — et en particulier de la crème et du beurre — est à craindre. En revanche : « il n’y aura pas de pénurie pour le lait de consommation, puisque les producteurs continuent la production bien que leurs revenus diminuent ». Une chute des prix qui pourrait entraîner une paupérisation de tous les petits producteurs.

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Diplômé de l'École Normale Supérieure en philosophie contemporaine, cherche à comprendre pour mieux informer.

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