Les accusations arrivent de toute part. © Pixabay

Appels incessants, délation entre voisins, réquisition des chasseurs pour contrôler la population. Les pires comportements humains peuvent surgir en pleine crise sanitaire, au moment où la solidarité serait de mise.

Les standards des gendarmeries et des commissariats sont surchargés. De plus en plus de personnes s’improvisent justiciers en appelant leur commissariat pour dénoncer leurs voisins qu’ils ont vu sortir à plusieurs reprises.

Une initiative individuelle malsaine

Devant faire face à ce comportement, la police s’organise : « Il y a une augmentation réelle de ce genre de comportement. Il y a différentes délations, celle où des équipes sont envoyées par la salle de commandement en cas d’attroupements à risques, et la délation de voisinage, qui elle n’est pas prise sur le fait et reste sans suite », explique un policier de l’Orient, membre du Syndicat Pro Police. Il rappelle surtout que « cela est relié au numéro 17, via l’appel d’urgence, réservé uniquement aux urgences et non pas pour ce genre de dénonciations ou pour savoir si les gens peuvent sortir leur chien. »

Malgré une volonté punitive, ces personnes omettent que leur voisin peut avoir reçu une dérogation pour continuer d’exercer leurs fonctions : « J’ai un ami apiculteur qui a une dérogation pour s’occuper de ses abeilles, il m’a dit que son voisin avait appelé la gendarmerie pour le dénoncer », raconte le policier.

Pour lui, ces comportements s’expliquent par « la peur de l’autre », mais aussi par « une forme de frustration des gens obligés de rester chez eux alors que le voisin peut sortir. C’est toujours malsain de toute façon », conclut-il.

Les préfets montrent l’exemple

En plus des dérives individuelles, les préfets de certaines régions prennent, eux aussi des initiatives peu citoyennes. Comme celui de Seine-et-Marne, Thierry Coudert, qui avait jusqu’à aujourd’hui, demandé le renfort des chasseurs auprès des gendarmes pour « signaler aux forces de l’ordre les infractions liées au contexte de confinement », dans le traité datant du 3 avril dernier. Après une indignation sur les réseaux sociaux et une fragilité juridique certaine, le préfet a retiré son décret expliquant à Marianne que « le libellé était mal écrit. »

Pour le membre du syndicat de Pro police, c’est une aberration : « Chacun son métier, nous avons tous nos spécificités. La sécurité intérieure du pays, c’est la police. Les chasseurs, leur travail est de réguler les populations d’animaux sauvages, pas de contrôler les gens pendant le confinement. »

Les principaux concernés sont également d’accord sur leur rôle au sein de la société : « Ce n’est pas normal, nous ne sommes pas des gendarmes. Nous chassons les animaux, nous ne chassons pas les humains, ce n’est pas notre boulot », déclare Maxime Oguero, chasseur dans le Jura. Il ne comprend pas le réel intérêt de cette décision, d’autant plus que pour lui : « Il risque d’y avoir encore plus d’anti chasseurs après ce genre de décret.  Je n’ai pas été contacté encore dans la région mais si je le suis, je n’irai pas », par peur d’être encore plus mal perçu par la population. La seule explication plausible étant pour lui un déficit en personnel du côté des forces de l’ordre pour réaliser les patrouilles dans les espaces forestiers : « Je pense que c’est aussi du fait que dans certains cantons ils n’ont pas assez de gendarmes donc ils font appel aux chasseurs », explique-t-il.

Des dérives émergentes ?

Ce type de comportements, qu’ils relèvent d’un faux civisme personnel ou d’un contrôle d’État liberticide, ne sont pas réellement nouveaux. Ils ont toujours été présents dans la société mais sont exacerbés pendant des moments de crise, surtout sanitaire.

« Les crises sont un accélérateur, cristallisent les actions déjà présentes, comme la délation. Ces mécanismes s’exacerbent, ce n’est pas nouveau dans la société », explique Célia Miralles, historienne spécialisée dans la gestion sociale des épidémies.  Le domaine de la santé « justifie beaucoup de choses, comme priver les gens de leurs libertés individuelles, chose intolérable normalement. Mais nous acceptons pour la santé de tous. » Elle explique que la santé est « un pouvoir énorme pour faire passer tout et n’importe quoi, d’un point de vue individuelle et étatique » et permet « un accroissement légitimé du contrôle de la population pour des raisons d’union nationale. »

Elle complète en expliquant le phénomène de délation : « il y a une recherche de coupables, avec une culpabilisation des malades et la volonté de discipliner les gens. L’idée est de trouver un bouc émissaire, de dénoncer ceux qui n’ont pas le comportement adéquat pour le bien de la nation. Faisant de vous une personne utile qui lutte contre des personnes irresponsables. »

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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