WFP © Aurelia Rusek

Le Covid 19 gagne peu à peu du terrain sur le continent africain. Les cas de contamination explosent et la grande majorité des pays ont confiné leurs populations. Mais à la crainte d’une propagation plus importante s’ajoute la peur d’une pénurie alimentaire massive. 

L’insécurité alimentaire au Sahel gagne du terrain. Un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur la situation de près de 4 millions de personnes. Elles ne savent pas d’où viendra leur prochain repas. Mais la crise annoncée ne se limite pas au Sahel, tout le continent africain risque d’être touché. Tiphaine Walton, la porte-parole française du Programme alimentaire mondial affirme : « Il y a certains pays qui sont déjà très vulnérables, on assiste habituellement plus de 90 millions de personnes avec de l’aide alimentaire (vivres, coupons alimentaires…). Nous souhaitons maintenir ces opérations à destination des populations les plus vulnérables, dans des pays faisant face à des crises d’ampleur sécuritaire ou liées au changement climatique. »

Il n’est donc pas question pour le PAM de laisser pour compte les populations aidées jusqu’à présent. Tiphaine Walton met en garde : « Pour le moment nous avons les réserves de commodités. La grande question est comment cette crise va impacter leur transport.  La fermeture de certaines frontières ou le travail au ralenti dans certains ports risquent de fortement perturber l’acheminement des aides. Les pays enclavés ont déjà des économies fragiles. Ces pays sont dépendants de l’aide humanitaire mais aussi des importations qui doivent arriver jusqu’à eux. Nous allons donc prépositionner des stocks tampons de nourriture et de coupons alimentaires autour des pays que l’on estime particulièrement à risque. » Le problème ne se limite pas aux importations, la baisse des exportations risque également d’avoir de fortes conséquences sur les revenus de certains pays : « Des pays comme le Congo ou l’Angola dépendent fortement de leurs exportations et risquent de perdre des revenus. Tout ceci donne un mélange de problèmes qui risque de déstabiliser fortement le continent. »

Mais ce n’est pas tout, la fermeture des écoles risque d’avoir des conséquences sur la malnutrition des enfants. La porte-parole de la PAM explique : « On a de gros programmes de cantines scolaires à l’année. Cela permet d’encourager une meilleure nutrition, de garantir à ces enfants au moins un repas par jour et d’être donc plus attentifs à l’école. Ce qui nous inquiète beaucoup, c’est que 12 millions d’enfants ne reçoivent plus les repas scolaires dans les écoles que l’on soutient. Nous sommes donc en contact avec les gouvernements locaux afin que les rations qui étaient destinées aux écoles soient livrées chez eux. Afin que leurs familles soient aussi nourries. »

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La crise économique risque d’engendrer la pénurie

Une crise économique majeure touche déjà l’ensemble du monde. L’Afrique ne sera malheureusement pas épargnée. El hadj Alione Diouf, commissaire aux Enquêtes Économiques et enseignant en Économie internationale à l’École supérieure polytechnique de Dakar affirme : « Les conséquences du Covid sur l’économie du continent peuvent être désastreuses si le confinement et la crise perdurent. En effet beaucoup de secteurs vitaux de production sont en cessation d’activité. Le tourisme, véritable pourvoyeur de recettes (45% du PIB dans certains pays comme le Cap-Vert) est très touché. Des pays comme l’Égypte, le Kenya, et d’autres ressentent déjà les effets négatifs de l’affaissement du tourisme et des transports. Les pays exportateurs de pétrole ne se réjouissent pas de l’affaissement des prix du pétrole car leurs budgets deviennent déficitaires, et leur capacité à assurer la sécurité alimentaire s’affaiblit gravement. Les fermetures d’usines et le confinement du secteur informel laissent sans emploi des millions de personnes. Une situation qui accroît la précarité des ménages. L’affaissement grave des recettes fiscales et douanières augmentent les dettes publiques des pays africains. Dont la vulnérabilité s’est intensifiée par la sécheresse, les invasions de criquets et les instabilités politiques. »

Quant à la baisse des importations et des exportations, Mr Alione Diouf n’est pas optimiste : « Certains pays africains importateurs de produits alimentaires, qui connaissent des baisses drastiques de recettes budgétaires éprouveront des difficultés à assurer leurs importations. Les marchés agricoles mondiaux sont des marchés d’excédents et spéculatifs. Et certains pays adorent mener des politiques commerciales, de restrictions quantitatives des exportations pour s’assurer des stocks de sécurité alimentaire. Ce qui risque de provoquer des pénuries alimentaires. Mais ce n’est pas tout, la chute des exportations de noix de cajou par exemple […] constitue des pertes de revenus énormes pour les producteurs sénégalais, guinéens, gambiens, libériens et sierra-léonais… Dans les régions productrices, le cajou constitue la principale source de revenus des producteurs et de l’économie régionale. Il en est de même pour le cacao, quand on sait que la Côte d’Ivoire et le Ghana contrôlent presque 60% de la production mondiale. Cela cause aussi d’énormes pertes de recettes et de revenus dans les milieux ruraux de ces pays. Évidemment, la solution idéale pour les pays producteurs de cajou et de cacao est de transformer structurellement leurs économies en […] transformant industriellement ces matières premières agricoles. »

Interrogé sur les conséquences de la fermeture des écoles, l’économiste répond : « La fermeture des écoles qui distribuent des repas scolaires est une très mauvaise nouvelle sous plusieurs angles. D’abord sur le plan de l’éducation qui est l’investissement le plus précieux en Afrique. Ensuite sur le plan alimentaire, car en général, la malnutrition sévit dans certaines régions surtout rurales, les bidonvilles, ou les périphéries des zones urbaines où prévaut une grande précarité. C’est un facteur aggravant de la précarité sanitaire chez les enfants. »

L’évolution de la situation économico-sanitaire en Afrique doit être observée de près, autrement, les populations les plus vulnérables risquent de sombrer dans la famine. 

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