Un essai clinique baptisé « Coviplasm » a commencé en France, avec le lancement d’une campagne de prélèvement de plasma sanguin sur d’anciens malades du Covid-19 © Philippe Hugues / AFP

« Coviplasme » : la nouvelle piste thérapeutique lancée mardi 7 avril par l’Etablissement français du sang (EFS), pourrait s’avérer être une solution à la crise. Et ce, parmi la centaine d’essais actuellement menés dans le monde.

Une lueur d’espoir surgit pour lutter contre le COVID-19 grâce au plasma sanguin. L’objectif de cet essai est de tirer bénéfice des anticorps que les personnes guéries produisent, pour se défendre contre le nouveau coronavirus. Le plasma est la partie liquide du sang qui contient des anticorps, aussi nommés immunoglobulines, utilisés pour détecter et neutraliser les agents pathogènes. Certains sont présents à la naissance, d’autres sont fabriqués lorsque le corps est confronté à ces antigènes. L’injection du plasma dans le sang permet donc de renforcer les défenses immunitaires contre le SARS-Cov-2.

Elle aiderait ainsi des patients en début de maladie à lutter contre le virus. Hervé Seitz, biologiste moléculaire à l’Institut de génétique humaine du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) de Montpellier, l’explique : « Le plasma pourrait reconnaître les cellules infectées par le coronavirus et les détruire. » Il poursuit : « C’est une piste très prometteuse, par rapport aux essais précédents, qui sont des médicaments pour d’autres maladies, comme la chloroquine, alors que là, c’est vraiment spécifique au SARS-Cov-2. » 

L’idée d’utiliser du plasma de personnes convalescentes pour le transfuser aux patients malades n’est pas nouvelle. « Les tout premiers essais remontent aux années 1920 avec la grippe espagnole », a indiqué Pascal Morel, directeur médical de l’EFS, dans l’Est Républicain. Durant la Seconde Guerre mondiale, le docteur Charles R. Drew, chercheur et chirurgien américain, a développé cette technique, en supervisant le programme du Blood Plasma for Great Britain. Ce projet consistait à collecter du plasma sanguin à grande échelle, destiné à la Grande-Bretagne. Grâce à lui, les médecins britanniques puis ceux des forces alliées sont parvenues à sauver des milliers de vies. Ce traitement a également eu des résultats concluants contre d’autres maladies infectieuses, comme le SRAS, et des formes de grippes graves, telle que la grippe H5N1.

Prélèvements non sans risques 

Des prélèvements ciblés sont prévus en Ile-de-France, dans le Grand-Est et en Bourgogne-Franche-Comté, auprès d’environ 200 patients guéris depuis au moins quatorze jours. Selon un communiqué commun de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), l’Etablissement français du sang (EFS) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le plasma recollecté sera, dès mardi prochain, injecté à 30 patients souffrants du Covid-19.  Pour l’instant, sur la base du volontariat, chaque donneur se verra prélever 600 millilitres de plasma. Ce qui permettra de mettre à disposition 600 unités de 200 millilitres de plasma pour l’essai clinique chez les malades. Tous les patients qui ont eu des symptômes du Covid-19 pourront donc faire un don, même s’ils n’ont pas fait l’objet d’un test de dépistage.

Parmi les effets indésirables pour les personnes transfusées, des risques d’œdème pulmonaire, accumulation brutale de liquide dans les poumons, sont pris en compte. Mais aussi, l’hémovigilance, c’est-à-dire la surveillance de la présence d’éventuels agents pathogènes dans le plasma des donneurs, susceptible d’apporter une infection au patient. L’EFS précise sur son site internet les conditions d’inscription aux personnes qui souhaitent participer à la collecte : ces dernières doivent répondre à des critères classiques (compatibilité du groupe sanguin, etc.) des donneurs de sang et également avoir développé une forme symptomatique du coronavirus, sans être passé en réanimation. 

Le biologiste moléculaire Hervé Seitz l’exprime : « Il faut insister sur le fait que c’est la première piste. Contrairement aux médicaments, les déplacements à l’hôpital sont une contrainte, ça prend du temps, contrairement à une simple pilule à avaler. » Les premiers résultats de l’essai clinique sont attendus dans quinze jours. Le plasma thérapeutique pourrait bien être une des solutions pour traiter les cas les plus graves de la crise sanitaire.

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Diplômée d’un DUT information-communication, je poursuis mes études en deuxième année de journalisme.

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