Agnès Buzyn aura été la première à dire tout haut ce que la classe politique française pensait tout bas: les élections municipales 2020 ont été une « mascarade ». Le gouvernement, en choisissant de maintenir les élections municipales, a condamné électeurs et candidats à un sort incertain. À ce jour, le maintient du premier ou du second tour n’a toujours pas été confirmé. 

Sans surprise, les élections du 15 mars auront été marquées par un taux record d’abstention. Estimé à 56%, contre 36,45 en 2014, il représente l’échec de la communication du gouvernement. Le président et son Premier ministre n’auront pas réussi à convaincre les électeurs de se rendre aux urnes. Accomplir son devoir républicain ou protéger sa santé ? Pour beaucoup d’électeurs, ce dilemme s’est avéré délicat. Les personnes âgées, à risque mais attachées à leur devoir républicain, ont constitué une large partie de l’électorat. Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont ainsi oscillé, plusieurs jours durant, entre renforcement des mesures sanitaires et incitation aux votes. Retour sur une communication à l’origine de l’hésitation des électeurs.

Le 12 mars, le chef de l’exécutif prend la parole. Au cours de son allocution, il annonce la fermeture des écoles et universités, mais le maintien des élections municipales car « rien ne s’oppose à ce que les Français se rendent aux urnes ». Cette déclaration, appuyée par des rapports scientifiques, ne suscite pas encore la crainte. Il ne faudra pourtant attendre que deux jours pour la crise sanitaire soit ancrée dans le quotidien des habitants.

Le 14 mars au soir, veille des élections municipales sur le territoire, le Premier ministre Édouard Philippe annonce le stade 3 de l’épidémie. Les « bars et commerces non essentiels » sont donc fermés. Et la disparition de leurs brasseries fait l’effet d’une prise de conscience brutale pour les citoyens. Cette communication de Matignon vaudra l’abstention d’une partie des Français. Le chef du gouvernement incite ces derniers à sortir pour aller faire leurs courses et voter le lendemain, mais le mal est fait et cette deuxième partie de phrase n’est plus prioritaire dans l’esprit national. L’échec est désormais prévisible. 

Aller acheter des pâtes oui, aller voter non

Eric, 60 ans, vote depuis 1981. Le 15 mars, il ne s’est pas déplacé dans son bureau de vote : « Je n’ai pas compris pourquoi, sans masque ou protection, on nous disait d’aller voter… alors que le lendemain tout le pays était confiné », témoigne-t-il. Un choix difficile ? « Non, même pour les présidentielles je n’y serais pas allé, ils auraient dû annuler les élections. »

Constat partagé par Charlotte Rocher, directrice de campagne de Pierre Liscia, et candidate à ses côtés dans le 18ème arrondissement de la capitale. Assesseur dans un bureau de vote, elle a été touchée par le coronavirus dès la semaine suivante : « Dans mon bureau, aucune condition d’hygiène n’a été respectée. Cela a été angoissant toute la journée: si je n’avais pas été assesseur, je ne serais pas allée voter », confie la candidate.

Une situation indirectement imposée par le choix du gouvernement de maintenir les élections. Charlotte considère d’ailleurs que « plus insuffisante, je pense que la communication du gouvernement a été contradictoire, en maintenant les élections envers et contre tout. »

Pourtant, ce choix ne semble pas résulter seulement du gouvernement mais d’une pression initiée par le président LR du Sénat. Selon Le Figaro, Gérard Larcher aurait affirmé à Emmanuel Macron  que « si vous reportez les élections municipales, alors je dirai publiquement que je suis totalement opposé à ce report. »

La campagne, suite mais à quand la fin ?

C’est une question que tous se posent depuis que le gouvernement a annoncé le report du second tour des élections municipales le lundi 16 mars. Charlotte Rocher s’interroge: « Est-ce que les candidats vont être prêt à courir le risque d’un second tour, alors que le premier a déjà été si chaotique ? » 

Édouard Philippe a d’abord mentionné un second tour des élections prévu à la fin du mois de juin, avant de se raviser face à l’ampleur de la crise sanitaire française. Puis a été discutée la possibilité d’une fin de campagne à l’automne. Quoi qu’il en soit, cette situation interroge sur la constitutionnalité de ces élections. Quelle légitimité pour des candidats élus par une faible portion la population ?

Or, les candidats élus à la majorité au premier tour ont déjà été institués. Ce n’est que dans les 5 000 communes où cette majorité n’a pas été atteinte qu’un deuxième tour devra se tenir. Face à cette situation inédite, plusieurs candidats ont déjà demandé l’annulation du premier tour et le report des deux tours électoraux.

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Étudiante en journalisme à l'ISCPA, je m'intéresse particulièrement aux affaires politiques et internationales. Je suis active sur Twitter (@AngelaLebreton) et LinkedIn (Angela Lebreton).

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