Philippe Douste-Blazy, lors d’une conférence de presse en 2014. © Jean-Marc Ferré / Flickr

Ministre de la Santé de 1993 à 1995 et à nouveau de 2004 à 2005, Philippe Douste-Blazy est d’abord cardiologue de formation. Ayant fait partie du comité scientifique, l’ancien ministre connaît les procédures d’essais cliniques et leur importance. Mais dans une crise sanitaire sans précédent, l’urgence médicale prime sur les réglementations médicales conventionnelles.

Philippe Douste-Blazy est à l’origine d’une pétition nommée « Ne perdons plus de temps ». Avec d’autres confrères, ils alarment sur l’utilisation nécessaire du traitement à l’hydroxy-chloroquine pour les patients atteints du Covid-19. Traitement autorisé si la détresse respiratoire se déclare. Soutien du professeur Raoult et déplorant les polémiques, le médecin explique ce qui l’a amené à penser de cette façon et à alerter le gouvernement. 

L’essentiel : Vous avez une position tranchée sur l’utilisation de l’hydroxy-chloroquine, pourquoi ?

Philippe Douste-Blazy : Il y a toujours débat en médecine entre urgence et prudence. Mais quand nous sommes en période de guerre sanitaire, il y a là une nécessité de rester, certes strict dans le protocole scientifique, mais aussi de réfléchir en médecin et soigner les patients coûte que coûte. Il y a eu 422 personnes qui sont entrées en réanimation hier. On est les seuls à avoir un débat pareil autour de l’hydroxy-chloroquine. Les Chinois ont été les premiers à connaître cette épidémie et ont un temps d’avance. Ils ont vu que l’hydroxy-chloroquine, in vitro, était un médicament qui faisait baisser la charge virale. 

 Et en France, nous avons le Professeur Didier Raoult qui préconise ce traitement ?

Didier Raoult est extrêmement reconnu. On ne peut pas dire que ce n’est pas un grand chercheur. Il sait que l’érythrocine, molécule très répandue, est un antibiotique prescrit lors d’infections respiratoires. Elle est connue aussi pour avoir un effet antiviral, que l’on peut associer à l’hydroxy-chloroquine. Il s’est aperçu que la charge virale tombait en cinq jours. Nous savons que 80% des patients développent des formes bégnines, 15% des pneumopathies et 4,2% vont en réanimation. Raoult ne se voyait pas dire aux patients : « vous allez être dans un groupe de contrôle, placebo. » A la suite de cette polémique, cette molécule est présentée comme un poison alors que c’est un médicament connu depuis 70 ans, donné des milliards de fois. Il n’a jamais posé problème sauf pour des patients ayant des troubles du rythme cardiaque ou un taux de potassium bas.

Uniquement dans ce cas-là ? 

Oui. L’érythrocine aussi peut provoquer des complications cardiaques rares et avant de donner le traitement du Pr. Raoult, l’association hydroxy-chloroquine et érythrocine, il faut faire des électrocardiogrammes. En regardant les données épidémiologiques de Santé Publique France, l’agence sanitaire d’Etat, nous voyons bien qu’il y a eu dans les Bouches du Rhône, un taux de mortalité bas pour le moment, comparé à d’autres régions. La stratégie de Raoult est claire : dépistage massif puis traitement, expliquant ce taux de mortalité si bas. 

Comprenez-vous les réticences d’autres médecins ou spécialistes face à l’utilisation de ce traitement ?

Nous comprenons les inquiétudes, mais dans cette situation, je me sens obligé, en tant que médecin d’agir, donc j’apporte mon soutien. Le 26 mars, le ministère de la Santé signe un décret ne réservant le traitement, avant réservé à tout le monde, qu’aux personnes qui sont atteintes d’une forme sévère de Covid-19, en détresse respiratoire grave où il y a eu une pneumopathie.

Comment cela se fait qu’on attende ce moment critique ?

Je ne comprends pas. Sachant que les autorités sanitaires chinoises et Raoult disent que c’est trop tard. Il y a un essai clinique, le Discovery, dans lequel il n’était même pas prévu d’inclure l’hydroxy-chloroquine. Grâce à la pression que nous avons exercée, elle a fini par être intégrée à l’essai. Ce dernier comporte des formes sévères de Covid-19, c’est donc évident que le traitement ne fonctionne pas, il faut l’administrer dès le diagnostic.

On a du mal à comprendre ce nouveau discours vis-à-vis de la chloroquine, qui d’un coup est devenu dangereux. Comment expliquez-vous cela ?

Si l’on trouve un autre médicament, il sera nouveau. Mais au moment de le commercialiser en des millions d’exemplaires, il vous faut encore plusieurs mois. Alors que l’hydroxy-chloroquine, on en a et que cela ne coûte pas cher, contrairement aux antiviraux. 

Est-ce que cette différence de prix n’expliquerait pas, selon vous, que l’on ne mette pas ce traitement en place ?

Non, pas au niveau du conseil scientifique, ce sont des gens honnêtes et compétents. Ils ne sont pas mêlés à des affaires de conflit d’intérêt. Par contre d’autres personnes qui apparaissent sur les différents plateaux de télévision, je ne sais pas. 

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Étudiante en journalisme, avec une licence en Science Politique, je cherche à comprendre ce(ux) qui m'entoure(ent)

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