Des infirmières de l’hôpital privé des Peupliers à Paris. © Thomas Coex / AFP

Depuis une semaine, plusieurs services de santé français manquent de surblouses. Certains industriels et artisans ont cependant décidé de leur venir en aide. Les professionnels de santé critiquent néanmoins le gouvernement dans sa gestion de la pénurie.

« Pour faire face au manque, on convertit les sacs-poubelle en surblouses. Vous faites un trou pour la tête, deux trous pour les bras et voilà. Dans les hôpitaux de la 5ème puissance mondiale, les soignants sont couverts de sacs-poubelle. » plaisante tristement Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers. En effet, depuis quelques jours certains services de santé français font effectivement état d’un manque de surblouses pour leurs équipes. Forcé de trouver des alternatives, le personnel soignant a mis en place des solutions provisoires qui sont loin d’être idéales. Les professionnels appellent à passer à une “économie de guerre sanitaire” afin de mobiliser toutes les industries qui ne leur viennent pas encore en aide.

« Les surblouses servent à protéger l’infirmier lorsque qu’il fait des soins. Elles évitent que les soignants aient des contaminants comme du sang ou des crachats sur la blouse que l’on garde toute la journée », explique Thierry Amouroux. Ces surblouses à usage unique sont donc nécessaires afin d’éviter que les infirmiers et les médecins deviennent des vecteurs de la maladie.

Toutefois, la situation a évolué depuis le 3 avril comme l’explique Marie-Pierre Martin, infirmière du Collectif Inter-urgence : « Certains hôpitaux ont changé leurs recommandations. Il est dit que les surblouses peuvent être utilisées pour plusieurs patients notamment en urgence. Mais le problème c’est que dans certains services, tous les patients ne sont pas atteints du Covid-19. »

Certaines notes internes préconisent aussi la réutilisation des surblouses en indiquant un programme de lavage précis. Ces surblouses ne sont cependant pas faites pour être réutilisées. « Les blanchisseries ont essayé avec plus ou moins de réussite mais elles se transforment souvent en boule », regrette Thierry Amouroux.

Certains artisans et industriels ont néanmoins déjà répondu à l’appel. C’est notamment le cas de Martine Pareau qui dirige son entreprise de retouche Muriel Couture à Plouaret en Bretagne. Elle déclare : « Normalement je faisais des retouches mais la maire de Pouaret m’a demandé de fabriquer des surblouses pour les EHPAD. » Cette artisane des Côtes-d’Armor travaille d’arrache-pied pour fournir 7 surblouses réutilisables par jour pour l’EHPAD de la commune, qu’elle vend 12 euros à la mairie. 

Pour cette couturière qui produit aussi des masques pour le centre, ainsi que pour les particuliers, l’entraide va de soi : « Je me dis que si j’étais malade, j’aimerais que l’on s’occupe de moi, il faut penser à son prochain. Mais il faudrait que le gouvernement fasse le nécessaire pour qu’il y ait des confections en France, c’est primordial. »

L’entreprise Schweitzer, basée à Ludres en Lorraine, a elle aussi décidé de se mobiliser. Elle a transformé sa production de sacs de congélation et de sacs-poubelle afin de fabriquer des surblouses. L’entreprise s’est engagée à en produire 24h sur 24h et 7 jours sur 7 pour le CHU de Nancy qui en utilise 10 000 chaque jour.

La réponse tardive des autorités

Certains soignants sont néanmoins très critiques sur la manière dont le gouvernement a géré cette pénurie. En cause, sa réponse tardive et sa réticence à transformer l’économie en “économie de guerre sanitaire” malgré un discours politique allant dans ce sens. 

« Il y a un problème de stock et de flux, s’exaspère Thierry Amouroux. Le problème de stock, c’est qu’il n’y avait pas de réserves stratégiques conséquentes. Le problème de flux, c’est que nous avons demandé depuis des semaines que l’on passe en économie de guerre sanitaire, c’est-à-dire que tous les industriels du textile se mettent à produire des surblouses, des masques et de tout ce dont on a besoin. »

La deuxième critique concerne la communication ambiguë des autorités et des instances, dirigées par le Ministère de la Santé. « Les recommandations ont évolué sur le papier, remarque Marie-Pierre Martin. Comme pour les masques et l’utilisation de certains médicaments, nous avons le sentiment que les discours ont été adaptés à la pénurie. »

Malgré l’appel à la mobilisation de la filière textile émis par le gouvernement le 7 avril, les soignants semblent découragés par la réponse des pouvoirs publics face à la crise du Covid-19 : « On voit qu’il y a un décalage énorme entre la technostructure et les besoins des professionnels de terrain, s’énerve Thierry Amouroux. Ils sont toujours dans l’idée de créer des normes mais il y a la guerre. Sur le terrain on manque de tout. »

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