En confinement, les femmes risquent d’être empêchées de faire les démarches nécessaires pour interrompre une grossesse non désirée à temps. Notamment à cause restrictions des déplacements, mais aussi par manque de moyen et de personnel des centres pratiquant l’IVG à proximité. Pourtant, l’IVG fait partie du droit des femmes à disposer de leur corps et de leur sexualité.

Une femme sur trois, aura recours une fois dans sa vie à l’interruption volontaire de grossesse. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, et Marlène Schiappa ont voulu assurer le respect de ce droit. Ils ont annoncé que les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont considérées comme des « interventions urgentes » et que, par conséquent, « leur continuité doit être assurée ».

Dr Trignol-Viguier, médecin au centre d’orthogénie du CHU de Tours, membre de ANCIC affirme
clairement : « Dans mon service à Tours je n’ai pas observé une baisse du nombre de femmes demandant une IVG, mais il demeure, quand je discute avec mes confrères, une réduction de l’activité, c’est certain. » 

Le docteur Trignol-Viguier craint « qu’il y ait des femmes sous emprise [de leur mari], des jeunes filles dont les parents ne vont pas comprendre, pourquoi elle a besoin de sortir alors que ce n’est pas autorisé. Il est certain que des femmes ne soient pas en capacité d’obtenir un diagnostic de grossesse ou bien qu’elles soient dans l’incapacité de se déplacer ».

Le gouvernement a assoupli la loi pour autoriser la téléconsultation afin que les femmes puissent obtenir une IVG médicamenteuse. « Nous on n’a pas attendu le gouvernement pour prendre des mesures », affirme-t-elle. « Pour faire de la téléconsultation, les patientes doivent avoir internet, un ordinateur.
Ce n’est pas à la portée de tout le monde. A Tours, nous avons choisi la voie téléphonique qui plus accessible. »

En France, le délai de recours à l’avortement chirurgical à l’hôpital est de douze semaines de grossesse, soit quatorze semaines d’aménorrhée (la date des dernières règles). Pour une IVG médicamenteuse le délai est de cinq semaines.

Dans une tribune du Monde, un collectif d’association et de médecin alertent que ce droit est mis à mal. Ce collectif réclame notamment que les délais soient étendus. La loi permet dans des cas très précis d’organiser une IVG tardive avec un comité professionnel de validation, solution qui selon eux « consomme des ressources hospitalières déjà insuffisantes en cette période ». Ils demandent donc « à titre exceptionnel » de pouvoir réaliser des aspirations jusqu’à seize semaines d’aménorrhée (soit quatorze semaines de grossesse). Un amendement de la sénatrice Laurence Rossignol (PS, députée de l’Oise) qui proposait d’allonger de deux semaines le délai autorisé l’IVG instrumentale a été rejeté. Le gouvernement a prouvé qu’il pouvait prendre des mesures rapides dans la période épidémique que nous connaissons. Laurence Rossignol s’indigne à ce propos dans un tweet : « Ce qui me choque, avec le rejet de cet amendement, c’est qu’on accepte de déroger au code du travail pour s’adapter à la crise sanitaire, alors qu’on estime impensable d’aménager la loi sur l’avortement pour assurer les IVG. »

Le ministre de la Santé Olivier Véran, a insisté pendant les questions au gouvernement du 1er avril que l’IVG médicamenteuse devait être privilégiée en cette période de crise sanitaire. Mais Dr Trignol-Viguier met en garde : « Il ne faut pas qu’on oblige les femmes à faire des IVG médicamenteuses sous prétexte que c’est possible. Il faut que les femmes aient encore le choix d’avoir une aspiration si elle le souhaite. On confronte la femme a un visuel, des saignements ou des douleurs qu’elle n’est pas prête à avoir. »

Un accès difficile bien avant la crise sanitaire

« On fait comme on peut, on s’organise avec les moyens du bord », indique Ghada Hatem, médecin et présidente de la maison des femmes de Saint Denis. Les capacités ont été augmenté pour les avortements sous anesthésie locale, car les blocs opératoires de tous les établissements ont été transformés en salles de réanimation. Des partenariats ont été organisé avec des structures privées pour la prise en charge des avortements sous anesthésie générale.

Dans une infographie du monde datant de 2019, le ministère de la Santé a admis qu’il n’existait pas de « zones blanches » en termes d’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), mais qu’en revanche « des territoires sont en tension dans la majorité des régions ». 47,9% des femmes de l’Ain ont recours à une IVG en dehors du département.

Pratiquer l’IVG devient un acte militant chez certain médecin. Par précaution, ils font valoir leur droit de conscience. Dans la Sarthe, l’hôpital du Bailleul a dû interrompre son activité d’orthogénie en janvier car, trois médecins ont fait valoir leur « clause de conscience »,  qui leur permet de pratiquer de faire des IVG. Après l’intervention du gouvernement, la reprise était prévue début octobre.

Luna Laferiere

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Etudiante en journalisme, je recherche un stage de 3 mois dans une rédaction de presse française.

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