Un réfectoire vide © ejibe

Depuis le début du confinement, certaines familles modestes peinent à offrir des repas équilibrés à leurs enfants. Ces parents comptaient notamment sur la gratuité des cantines scolaires. Le ministre de l’Agriculture a annoncé que l’Etat allait aider les foyers les plus modestes.

Un réfectoire vide © ejibe

En France, et encore plus à Paris, le prix des cantines scolaires est dégressif. Il est calculé par rapport aux revenus des parents, afin de permettre au plus grand nombre d’en bénéficier. Certaines familles à bas revenus paient entre 0 et 1 euro par repas et par tête. Pour nombre d’entre elles, cela représente un allégement budgétaire non négligeable. Cependant, avec le prolongement du confinement, certains ménages n’arrivent pas à garantir des repas équilibrés et en quantité suffisante chaque jour et pour toute la famille. Ils se replient donc sur des produits de basse qualité et font quelquefois sauter certains repas à leurs enfants. Depuis 2018, plus de 6.7 millions d’enfants mangent chaque année dans les restaurants scolaires français.

Pour Rodrigo Arenas, le président de la Fédération des Conseils des Parents d’Élèves, la crise actuelle amène à repenser les cantines scolaires : « Pour nous, cela montre bien que l’Etat n’assume pas son rôle qui consiste à combattre les inégalités. De nombreuses collectivités ne parviennent pas à mettre le même montant afin de garantir de la nourriture saine pour tous les élèves », regrette le président. « Le problème, c’est que les familles à bas revenus peuvent toujours rogner sur deux choses essentielles : la nourriture et la santé. »

Au point de presse à la sortie du Conseil des ministres du mercredi 8 avril, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume s’est exprimé sur le sujet : « Evidemment, cela change pour les familles les plus modestes puisque le coût d’un repas à la cantine revient peut-être à 2 ou 3 euros. Lorsque que l’on mange à la maison, cela coûte plus cher, même si nous savons que les familles modestes font déjà très attention. » déclarait le ministre. « Bien sûr, le gouvernement travaille là-dessus, même s’il faut que cela se fasse avec les collectivités locales, les communes, les départements et les régions », a-t-il ajouté.

Le rôle des collectivités locales

Pour les écoles, de l’élémentaire à la primaire, ce sont les municipalités qui gèrent la mise en place des repas scolaires. Les départements et les régions sont quant à eux responsables des cantines au sein des collèges et lycées. Ils peuvent donc décider des prix, des menus ainsi que des fournisseurs des différents établissements. Les communes ne reçoivent pas d’aides de l’Etat pour l’organisation des restaurants dans les écoles. 

À Bobigny par exemple, les repas scolaires sont entièrement gratuits dans toutes les écoles élémentaires. Ces mesures coûtent chaque année 3,5 millions d’euros. Cette somme correspond à la contribution et l’adhésion au Syndicat Intercommunal pour la Restauration Collective (Siresco). Dans cette ville, qui compte plus de 53 000 habitants, cela représente environ 3400 enfants qui disposent de repas gratuits chaque année.

Abdeslam Berrouane, le directeur de cabinet à la mairie de Bobigny, avoue qu’aucun vrai plan d’aide d’urgence n’a été prévu pour ces familles : « Comme pour les vacances scolaires, nous ne pouvons pas se substituer aux parents. Nous avons cependant mis en place un standard pour les personnes fragilisées », explique le directeur de cabinet.« Les services sociaux ou les associations d’aide aux plus démunis comme le CCAS ou les banques alimentaires de la ville fonctionnent comme à l’accoutumée. Les personnes qui sont en grande difficulté peuvent venir nous voir, nous étudions la situation de la famille et en fonction de cela, il y a des aides alimentaires disponibles », précise-t-il.

Néanmoins, les conséquences de la crise pour ces familles aux revenus modestes ne sont pas qu’alimentaires. Selon Francette Popineau, secrétaire générale du syndicat des enseignants du primaire, le Snuipp-FSU : « La cantine permet aux enfants de manger à la même heure, ce qui est important pour la santé et pour l’organisme. Elles possèdent un rôle de socialisation. Elles permettent de fournir des repas équilibrés grâce à une variété de produits de bonne qualité. La cantine a donc un rôle fort qu’il ne faut pas oublier, explique-t-elle. Je suis d’ailleurs étonnée que l’on ne parle de cela que maintenant. Nous savons qu’il y a 3 millions d’enfants pauvres en France, ce n’est pas une découverte, ce sont des mesures que l’on aurait dû mettre en place immédiatement. »

Pour un membre du Secours Populaire anonyme, le problème est en réalité plus global : « De nombreuses familles qui bénéficient de la gratuité des restaurants scolaires venaient déjà nous voir avant le coronavirus. Ces personnes étaient déjà dans des situations de précarité dramatique », soupire-t-il.

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