Le président français Emmanuel Macron, son épouse Brigitte Macron et la secrétaire d'État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel sont accueillis par Yann Bucaille-Lanrezac, fondateur et président du « Café Joyeux ». Ils inaugurent ce nouveau café qui emploie des personnes handicapées mentales ou cognitives, avenue des Champs-Elysées à Paris, le 9 mars 2020. Yoan VALAT, AFP

10 millions de Français handicapés et 8 millions de proches aidants s’adaptent chaque jour aux conséquences de la crise sanitaire. La période pandémique accentue les difficultés qu’ils affrontaient déjà au quotidien. Pour certains dont les troubles sont complexes, l’adaptation à la vie en confinement est délicate.

Enfants, adolescents ou adultes, les personnes handicapées vivent difficilement les situations de confinement et de crise, comme leur famille. Les personnes diagnostiquées handicapés mentaux ont tendance à paniquer et à générer de plus en plus de crise. Ce qui rend le quotidien plus pénible au sein du foyer.

Olivier s’occupe de son fils Lucas, reconnu comme hyperactif (TDAH) avec un retard mental :  « Quand on a un adolescent handicapé, c’est plus compliqué parce qu’il faut leur donner des repères. Sa journée est réglée et c’est tous les jours à peu près pareil. Les premiers jours de confinement n’ont pas été trop compliqués car ils ressemblent à un week-end mais rapidement ça devient difficile. »

 « Ce n’est pas évident » d’après Martine Dutoit directrice de l’association Advocacy Ile-de-France.  « D’autant plus que les informations qui circulent font augmenter les délires. Les aidants se doivent d’être là pour faire redescendre cette pression simplement par le contact. »

De son côté, «Lucas a arrêté de faire la bise à sa mère qui est soignante. Il se lave les mains à chaque fois qu’il rentre à la maison », décrit Olivier.  « Quand je lui ai tout confisqué et qu’il ne se calme pas alors, pendant ces crises je l’invite à marcher à l’extérieur, mais même dehors il appuie frénétiquement sur la sonnette pour rentrer. »

Alors que la socialisation est d’ores-et déjà difficile pour les handicapés, le confinement accentue leur isolement dû à la distanciation sociale. Olivier encourage son fils à contacter tous les jours ses amis sur les réseaux sociaux :  « Il faut continuer à entretenir les relations avec eux. » conseille Martine Dutoit. Olivier a arrêté partiellement son activité de kinésithérapeuthe et d’othéopathe pour s’occuper pleinement de Lucas.

Près de 350 000 personnes handicapées vivant au sein de structures d’hébergement ont dû s’adapter à des consignes strictes de protection sanitaire.

Frédéric Wojtkowiak, chef de service dans la résidence Jean-Jacques Fairise, un foyer de vie dédié aux personnes en handicap intellectuel, a anticipé la crise sanitaire. Comme 150 000 enfants et adultes en situation de handicap vivant dans des externats ou accueils de jour, il a renvoyé les résidents de cette structure chez eux, sans abandonner leur suivi psychologique. Seuls les résidents en internat sont restés dans l’établissement. Désormais, les aides soignants sont les seuls autorisés à entrer et sortir de la résidence.

Dans les hôpitaux psychiatriques, le personnel hospitalier tente d’établir des mesures de sécurité sanitaire mais la tâche est quasi impossible d’après Marie Odile, infirmière à EPSR (Établissement public de santé mentale de La Réunion). Leur service a été adapté pour  accueillir des cas infectés ou en confinement pendant 14 jours. «Les patients habituels n’arrivent pas à intégrer les espaces d’un mètre, le lavage des mains. Il faut tout le temps leur rappeler. Ou à l’inverse, ils vont se clouer dans leur chambre, ils refusent de manger par peur d’avaler ce qu’on leur donne et vont développer encore plus de crise. » Les visites  sont désormais interdites : les patients se rebellent et ont déjà tenté de fuguer. Le personnel soignant au service psychiatrie est lui aussi soumis au danger de contamination : « Dans le cadre de la médecine générale, tu sais que ton patient est tranquille dans sa chambre. Alors qu’en psychiatrie, même si tu as un masque, des gants et une blouse, on ne peut pas obliger le patient à respecter les distances. Surtout quand on est à dix sur lui, qu’il nous griffe ou qu’il nous crache dessus ».

Le personnel comme les personnes handicapées se sentent abandonnés

Selon une enquête Ifop réalisée pour l’APF auprès de 2 534 personnes handicapées et 933 proches, seules 6 % considèrent que la situation des personnes handicapées s’est améliorée depuis le précédent quinquennat et 11 % se disent satisfaites de l’action du chef de l’État.

À l’inverse, 83 % estiment que ses engagements de campagne n’ont pas été tenus, et 89 % ne lui font pas confiance pour que les difficultés des personnes handicapées soient mieux assimilées dans la société.

Le secrétariat chargé des personnes handicapées en collaboration avec le ministère de la Santé a pris quelques mesures pour accompagner les aidants, soignants, et les personnes en handicap par le biais de services téléphoniques. Les aides de l’Etat n’ont pas été supprimées, plus encore, les allocations de la CAF ont été versées en avance. Mais d’après Martine Dutoit « Ceux qui étaient déjà en difficulté pour obtenir des interlocuteurs sont encore plus en difficultés. » Aujourd’hui les foyers qui se battaient avant la crise du coronavirus pour obtenir de l’aide, voient leurs espoirs au point mort. Martine Dutoit s’inquiète notamment sur l’après-confinement. « Pour le moment, on a vu des appels à projet par la Fondation de France mais on ne voit pas trop l’horizon. »

Luna Laferiere

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Etudiante en journalisme, je recherche un stage de 3 mois dans une rédaction de presse française.

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